

Démon Gniak !
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Démon Gniak !
Gniak se retrouvait une fois de plus dans cette salle d’attente lugubre. Voilà des milliers d’années que l’on lui reprochait toujours les mêmes traits de sa personnalité :
-Vous n’êtes pas assez sérieux, Gniak !
-En enfer, les âmes doivent être torturées et non diverties, Gniak !
-En tant que démon, vous n’avez aucune compétence, Gniak !
Ils avaient raison, Gniak avait de l’humour et aimait le partager au grand dam de ses collègues de travail. Au lieu d’être torturées, avec lui, les victimes riaient de bon cœur. Il ne se sentait pas vraiment à sa place, mais il était un démon et il fallait faire avec.
Comme tous les ans, il avait reçu un message de la part du service des ressources inhumaines pour faire un point sur l’année écoulée. Mais cette fois, il avait réfléchi à donner une nouvelle impulsion à sa carrière.
Après une attente qui semblait interminable, la lourde porte s’ouvrit enfin et le DRI apparut sur son seuil :
-C’est à votre tour, Gniak, vous êtes le dernier entretien de ma journée alors finissons-en rapidement.
***
Gniak prit place dans le bureau et attendit droit comme un I le début de l’entretien. Le DRI le contourna en trainant des pieds, la mine basse et s’affala dans son fauteuil :
-Cette année est une fois de plus catastrophique, lâcha t’il entre deux soupirs. Vos supérieurs expriment un mécontentement grandissant vous concernant. Vous faites rire les âmes damnées et ce faisant, vous leur rendez leur post vie supportable. Elles craignent moins la douleur et la torture. Vos collègues se plaignent également beaucoup de vous et je vais devoir une fois de plus vous changer de service.
-Je n’ai pas eu beaucoup de succès jusque-là mais je pense avoir une idée qui pourrait tout changer.
-Surprenez-moi !
La mine blasée du DRI n’avait pas changé. Gniak prit donc son courage à deux mains pour annoncer son plan :
-C’est vrai, je ne peux m’empêcher de proférer des jeux de mots et autres calembours et la plupart du temps cela est contreproductif pour le travail que nous avons à faire ici. Mais peut-être que je m’adresse juste au mauvais public.
Le DRI s’enfonça encore plus dans son fauteuil, comme s’il voulait fusionner avec celui-ci. Il fit signe à Gniak de continuer.
-Si vous vouliez me confier des groupes composés de personnes hermétiques à l’humour et pour qui cela représenterait une torture d’entendre des plaisanteries à longueur de journée, je suis sûr que je pourrais offrir un service de qualité.
Pour la première fois depuis 5000 ans, Gniak voyait l’expression fatiguée et désabusée du DRI se modifier. Il semblait réfléchir sérieusement à la question. Au bout de quelques secondes de frottement de main et grattement de tête il reprit :
-Des gens sans humour, à qui pensez-vous ?
-Dans un premier temps, je pensais m’occuper des juges, des notaires et des comptables.
Gniak crut déceler une petite étincelle dans l’œil du DRI. Il semblait maintenant nourrir un vif intérêt pour cette nouvelle proposition.
-Cela pourrait effectivement marcher, reprit le DRI se surprenant lui-même à lancer de tels propos. De toute façon, vous jouissez d’une telle réputation que je ne pourrai vous replacer nulle part. Je vais donc prendre des dispositions pour que vous puissiez mener à bien cette petite expérience. J’attends de votre part la liste des ressources nécessaires à votre entreprise sur mon bureau sous 8 jours.
Gniak était fou de joie, il remercia le DRI en l’assurant qu’il ne serait pas déçu et sortit en trombe du bureau.
***
Gniak avait attaché une attention particulière aux préparatifs de son expérimentation et le temps était venu de se lancer. Il parcourait le CV de la première âme dont il allait s’occuper. Il s’agissait d’un huissier inflexible qui s’était occupé pendant plus de 40 ans de faire appliquer des décisions de justice. Il haïssait tout ce qui n’était pas règlementé et abhorrait l’humour sous toutes ses formes. Il constituait le cobaye parfait pour Gniak.
Quelqu’un toqua à la porte du bureau de Gniak et ce dernier accourut pour ouvrir. Sur le seuil, se trouvait un petit monsieur en costume tenant à la main un attaché-case.
-Où suis-je ? Demanda l’homme déboussolé.
-Vous êtes sur le point de démarrer une nouvelle vie.
-Mais j’aimais bien l’ancienne, que m’est-il arrivé ?
-Hmmm, j’ai lu dans votre dossier que votre tête avait heurté une table basse en marbre lors d’une saisie mais je n’ai malheureusement pas plus d’information.
-Et vous ? Qui êtes-vous ?
-Je m’appelle Gniak et je suis le démon chargé de votre accueil.
-Un démon ? Je suis donc en enfer ? Mais vais-je avoir droit à un jugement ?
-Si vous êtes ici, votre jugement a déjà eu lieu.
-J’ai des droits je le sais et je veux un avocat.
-Vous avez de la chance, nous sommes en enfer, pratiquement tous les avocats sont ici. Cependant, cela ne sera pas nécessaire. Il ne peut pas y avoir d’erreur.
-Je vais donc me faire torturer pour l’éternité.
-Je le crains.
-Je vais donc rôtir dans les flammes et subir des tortures physiques ?
-J’ai autre chose à vous proposer. Je vais vous laisser entre les mains expertes d’une personne que j’ai formée pendant de longues semaines.
Gniak se leva et accompagna l’huissier à travers un dédalle de couloirs. Ils s’arrêtèrent devant une porte sur laquelle on pouvait lire : Dame Nation.
***
L’huissier entra dans le bureau en suivant Gniak et prit place dans un fauteuil plutôt confortable. Dame Nation, terminait la lecture d’un document et se tourna vers lui :
-Je suis Dame Nation, succube de mon état et je vais m’occuper de vous. Détendez-vous, on dirait que vous êtes sur des charbons ardents.
-Vous avez l’art de la formule et qu’allez-vous me faire ?
-D’abord je voudrais apprendre à vous connaître, quelles étaient vos attributions ?
-Je notifiais les assignations et….
-Les assassinassions, très intéressant, vous entrez donc dans la catégorie des meurtriers.
-Non, en fait je suis huissier…
-Puissiez-vous dire la vérité !
-Non mais vous racontez n’importe quoi, j’exige de voir votre supérieur.
-Lucie ?
-Lucie qui ?
-Ben, Lucie Fer.
-Lucifer, ce n’est pas Satan ?
-Non, c’est sa tante.
La paupière droite de l’huissier commençait à s’agiter frénétiquement et sa respiration devint plus rapide. Gniak constatait que Dame Nation était très douée et qu’elle tenait son rôle à la perfection.
-Je ne comprends rien à cette histoire, reprit l’huissier. Vous semblez possédée.
-Vous aussi vous êtes possédé, c’est nous qui vous possédons.
-Je voudrais quitter cet endroit, y a-t-il un espoir ?
-Malheureusement, il n’y a que des espoirs.
-Je voudrais rester seul quelque temps.
-Pas de souci, nous pouvons vous installer dans une cage au-dessus d’une rivière de lave.
-Quelle sorte de cage avez-vous ici-bas ?
-Une cage enfer, bien entendu.
L’huissier se prit la tête à deux mains et des larmes roulèrent sur ses joues. Gniak sortit son chronomètre, la cible avait lâché prise en un temps record. Un sourire de satisfaction couvrit son visage. Il emmena l’homme brisé à l’isolement en l’informant qu’il reverrait Dame Nation quotidiennement. Il ne reçut que de longs sanglots en retour.
Avant de fermer la cage, Gniak se sentit le devoir d’enfoncer le clou :
-Vous êtes en enfer, il ne faut pas s’attendre à démons et merveilles.
***
Un an plus tard, Gniak se retrouvait dans la salle d’attente du service des ressources inhumaines mais cette fois-ci il rayonnait. Il savait que son expérimentation était un succès. La lourde porte s’ouvrit et c’est un DRI tout sourire qui se présenta à lui :
-Venez Gniak, venez me présenter vos résultats.
Gniak rejoignit son fauteuil, le DRI le dépassa en effectuant quelques pas de danse :
-Votre idée était totalement stupéfiante, entama t’il. Naturellement j’avais émis quelques réserves, mais les résultats vont au-delà de mes espérances. Cigare ?
-Non merci je ne fume pas.
-Je dois vous dire que votre idée d’analyser les points faibles des âmes pour les torturer plus efficacement nous a permis de mettre en place plusieurs structures adaptées. Nous avons maintenant un département qui diffuse des chansons paillardes en continu et qui marche très bien sur les mélomanes. Nous venons d’ajouter un secteur pour les informaticiens utilisant un réseau WiFi défaillant, je peux entendre leurs hurlements de détresse depuis mon bureau. Chaque semaine, nous avons de nouvelles propositions de torture, je n’ai jamais été aussi enthousiaste.
-J’en suis très heureux.
-Et vous pouvez. Bien entendu vous avez mérité votre augmentation.
-Ah, j’aurais donc plus d’âmes qui vont entrer dans mon département ?
-Oh que oui, et vous commencez tout de suite. A la suite d’un incendie dans une préfecture, vous allez accueillir 250 bureaucrates.
Gniak se pencha en arrière songeur. Au bout de quelques instants, il se redressa affichant un large sourire.
-Je sens que vous avez une idée pour leur souhaiter la bienvenue, lança le DRI avec l’intention manifeste d’en savoir plus.
-Oui, je vais commencer par leur faire remplir un formulaire !
-Un formulaire ?
-Oui, le formulaire A bis.
Photo de couverture libre de droits : https://www.pexels.com/fr-fr/photo/photo-de-flammes-2278646/

