Le Complexe : chapitre 08
Le Complexe : chapitre 08
Le Complexe : chapitre 08
Réveille-toi !
Antoine ne se souvenait pas du choc contre le sol. Il ne se souvenait pas non plus d’avoir perdu connaissance. Sa seule réalité lorsqu’il ouvrit les yeux était Anaïs qui semblait le regarder de son seul œil encore valide, planté dans une moitié de visage presque méconnaissable. L’autre côté de sa tête gisait plus loin, affichant une orbite vide au milieu d’une bouillie sanguinolente. Il préféra refermer les yeux pour la revoir dans le cadre sur sa table de nuit, au petit déjeuner sur le port, à sa main dans la sienne.
— Respire Antoine, lui dit la même voix que celle qui avait fait taire Pauline et l’avait libéré de son emprise. Concentre-toi sur ta respiration et respire.
Antoine s’accrochait à cette voix, à ces mots. Elle avait quelque chose de réconfortant. Un enrobage sucré qui lui procurait une sensation d’apaisement étrange après les événements. Même la douleur dans son dos lui paraissait des plus supportable. À vrai dire, tout était plus facile quand on se laissait aller à seulement respirer. Ne rien faire d’autre, ne plus penser. Presque ne plus vivre et c’est peut-être ce qui était en train de se passer après tout. Était-il en train de mourir et d’inventer toute cette histoire tandis qu’il agonisait aux côtés d’Anaïs ?
— Tu pardonneras à ta sœur. Elle a été livrée à tous ces morts avant que je ne la trouve et on ne peut pas dire qu’ils lui aient inculqué de bonnes valeurs. On apprend vite à son âge, du côté des vivants comme de celui des morts.
Antoine se tourna vers la voix avant d’ouvrir les yeux.
— Qui es-tu ? articula-t-il faiblement.
— Je comprends que tu ne me reconnaisses pas. C’est douloureux quelque part, mais je comprends.
— Qui es-tu, bordel !
— Ton père.
Antoine accusait le coup. Ses yeux tournaient dans tous les sens pour tenter d’accrocher une bribe de souvenir. Quelque chose pour fixer un détail et traduire ce qu’il venait d’entendre. Il comprit qu’il était étalé de tout son long et que sa tête reposait sur les jambes croisées d’une sorte de représentation d’un homme qu’il ne connaissait pas.
— Non, articula-t-il.
— Non quoi, Antoine ?
— Toi t’es mort et je dois être en train de mourir, mais t’es pas mon père.
— Et qu’est-ce qui te fait dire ça ?
— Parce que ce connard est en taule et s’il était mort les gendarmes nous l’auraient dit.
— Ha, je suis en taule, déclara simplement l’homme en souriant.
— CQFD. Alo
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