La fin de mon monde.
Ce n'était plus une rue, un quartier, mais un monde. Un espace-temps propre, coupé du reste, de pluie de cendres et de presque nuit. Le malheur c'était abattu sur cette parcelle de mon existence. Mais il n'y avait plus rien. Personne ne pouvait dire d'où cela avait pu venir, ni ce que c'était. Nous savions juste que les choses ne seraient plus pareil. Pas plus d'une heure était passée depuis l'événement, depuis cette horreur, cet enfer qui nous était tombé dessus. Et pourtant dans le regard de chacun, une lueur, une petite chose était partie. Je ne savais pas quoi mais elle n'était plus là et je sus que le monde ne serait plus pareil.
La cendre continuait de tomber du ciel comme si les nuages avaient oublié qu'ils étaient fait d'eau. Je voulus m'adosser à un mur mais il n'y en avait plus. Et au loin, les ténèbres régnaient. Où que l'on regardait, la misère était là. Alors je me suis mis à marcher dans une direction, n'importe laquelle, puis à courir. Pour ne plus être là, pour ne plus rien voir, ne plus trembler. Mes poumons brûlèrent rapidement par manque d'exercice, mais je m'en fichais. Tout ce que je voulais, c'était partir d'ici. Mes pieds trébuchèrent sur le sol pourtant vierge, mais comment demander à un corps de faire parfaitement quelque chose dont il n'a pas l'habitude. Après le choc, les personnes autour de moi commencèrent à se poser des questions, à réagir, à crier, hurler, pleurer. Certains essayèrent de me retenir, de me tirer en arrière par mes vêtements déjà abîmés. Ces personnes formèrent petit à petit une foule, puis une masse, toujours en voulant me retenir. Mon cœur me faisait mal dans ma poitrine et une voix dans ma tête m'ordonnait de ne pas regarder en arrière. Ne jamais regarder en arrière. Je ne sentais plus mon corps, ce corps qui était devenu un amas de douleur. Ça brûlait, piquait, lançait, ma peau se déchirait sous les ongles de cette masse qui voulait m'engloutir, me garder. Mais pourtant, je ne sentais rien. J'étais comme anesthésié par la douleur, comme si j'avais atteint un stade que mon corps ne pouvait plus gérer. Je hurlais de me laisser, que je devais partir sans savoir pourquoi, mais qu'il le fallait à tout prix.
Puis une voix m'appela doucement, avec amour et tendresse. Et comme si un mur était apparu devant moi, sans vraiment le vouloir, enfin, je m'arrêtai. La voix m'appela de nouveau me demanda de la regarder, de me retourner. Le cœur lourd, le souffle coupé et dans l’incompréhension total, mon corps obéit, se tourna vers la voix et se figea d’effroi. D’une frayeur trop grande pour que mon esprit puisse réagir, pour que je puisse la contenir et en faire quelque chose. La masse de gens avez fini par former un être unique, monstrueux, dégoulinant d'une substance noire. Sans voir ses yeux, je sentais son regard sur moi. Doucement, comme au ralenti, de sa bouche gigantesque sortaient des bras et des amas de chair en décomposition. Et ces bras s’approchèrent de moi, m’enveloppèrent le corps avec une affection déconcertante et m'emmenèrent jusqu’aux abysses de sa gorge.
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