Dossard 149 (CH1)
Les quarante ans d’Arlette.
Bien évidemment cette course a démarré six mois avant que je me lance sur les sentiers caillouteux du trail .
Ma prise de conscience et ma résolution pour me mettre à courir sont arrivées lors d’une soirée festive du mois de juillet.
Ma petite famille et moi nous avons été invité pour les quarante ans d’une amie.
Nous étions dans son jardin avec des amis. Les plus jeunes enfants gambadaient dans tous les sens, les adolescents à l'intérieur jouaient à des jeux de sociétés, ça c’est ce que les adultes semblaient croire , Je pense personnellement qu’ils s’amusaient de leurs pouces sur les petits écrans bleus des temps modernes.
Autour de la table, les parents , on partageait des moments de joie et de rire. L’ouverture des bouteilles s’enchaînait les unes après les autres et je peux dire que ce n’était pas du soda.
“Je te ressers”. Me dit mon ami Jules, le gérant du bar du village et l' époux de Arlette.
J’'allongeait avec maîtrise mon bras pour voir couler cet anis alcoolisé du sud de la France.
Entre deux verres , je pratiquais la roulade de cigarettes avec du tabac blond.
Un soir de fête où je mettais encore à l’épreuve mes poumons et mon foie.
La soirée battait son plein lorsque, tel un rideau se levant sur un nouveau spectacle, un grand drap blanc fut déployé sur le mur de la maison. Les yeux de tous se tournèrent vers cette toile vierge, bientôt animée. Un montage vidéo, surprise concoctée pour Arlette, la quarantaine fraîchement soufflée.
Les images défilèrent, un kaléidoscope de souvenirs. Des rires d'enfants, des regards complices, des larmes de joie... La vie d'Arlette s'étalait devant nous, un patchwork de moments heureux et de défis surmontés. Je me surpris à sourire, puis à avoir les yeux qui picotent. Les visages connus, les lieux familiers... Tout cela résonnait en moi comme un écho lointain.
Et puis, il y eut ces instants plus doux-amers, ces absences qui laissaient un vide. Des visages disparus, des sourires figés sur une photo jaunie. Ces images, si belles et si tristes à la fois, nous rappelaient la fragilité de la vie, le caractère éphémère de chaque instant. Nous étions tous touchés, chacun à notre manière, par cette célébration de l'existence.
Après cet ascenseur émotionnel , nous avons mis de la musique et nous avons dansé sur la terrasse en bois de mélèzes. Un verre dans une main et une cigarette dans l’autre je suggéra à mon ami Joseph autant alcoolisé que moi:
“Demain on met les baskets et on va courir.
_ Vas-y part avant, je te rattrape”. Me dit-il avec un air moqueur.
Je n’insista pas plus. Au fond de moi je ressentais ce besoin d’éteindre ce feu d'excès.
Quelques mois auparavant j'avais dû faire une escale dans le Pas de calais à Carvin exactement pour rendre visite à mon beau père malade . C’est en ce voyage où la montée en puissance de poumons enfumés et de foie noyé avait véritablement débuté.
Peu de temps après mon épouse me dit:
“On rentre:
_ Je bois encore un verre et j’arrive”; lui dis-je
Elle me connaissait par cœur et elle savait déjà que je ne m'arrêterai pas à ce dernier.
Elle décida de rentrer avec ma fille. La maison d’Arlette se situe à une centaine de mètres de chez nous.
La soirée d'anniversaire arrive à son terme, Joseph mon ami des parties de pétanque de soirée de poker et de soir de match au bar, me proposa de m’installer sur la terrasse de la voisine pour un petit verre de rhum.
Je ne sais toujours pas si c’est la tentation ou la démesure mais je n’ai pas refusé son offre.
Sur la petite place de la tour dans ce village des Alpes de hautes Provence, des chaises et tables en fer coloré nous nous sommes installés sous le lampadaire qui illuminait la place. Marlène la voisine, une jeune femme souriante et sympathique , nous a sortie son artillerie de rhum qui était loin d’impressionnait mon ami et moi. Un verre et puis deux , une clope et puis une autre , on rigole on fait des blagues et le temps déroule. Malgré mon esprit qui n’est plus très lucide, les gestes et les manières des mes deux acolytes me laissent doucement anéantir mes doutes.
Ne seraient-ils pas amants? Me dis-je.
"Joseph me tendit un verre rempli d'un liquide ambré. J'en bus une gorgée et sentis la chaleur se répandre dans mon corps. Marlène, assise en face de nous, riait à une blague de Joseph. Je la regardais, intriguée par la complicité qui semblait les unir. Leurs regards se croisaient souvent, chargés d'une tendresse qui me troublait. Un doute naquit en moi, sournois et tenace. Étaient-ils plus que de simples amis ? Je me souviens avoir pensé : "Ma compagnie les dérange , j’ai le sentiment d’être un élément perturbateur." Cette pensée me laissa un goût amer.
À l' instant suivant ils se sont embrassés me disant qu’ils avaient une confiance en moi pour garder le secret. Au fond de moi connaissant tous les entourages je me sentais pris au piège de devenir un potentiel alibi aux cachotteries des deux amants.
La lueur du matin commençait à apparaître, j’ai essayé avant de partir d’avoir des mots moralisateurs sur la situation que l’on avait présenté. Le chemin parcouru par les deux tourtereaux semblait acquis dans leurs esprits. Alors que les premiers chants des hirondelles résonnaient. j’étais pris d’une gène et je dis à Joseph:
“Il est temps que je rentre, je vais vous laisser tranquille.
_ Surtout ne dis rien à personne, même pas à Mel” me demanda t-il.
Mel est le diminutif que l’on donne à mon épouse.
Avec une voix timide je lui répondit:
“Ne t'inquiète pas”.
Je me suis levé pour rentrer chez moi, il était aux alentours de six heures du matin. Je marchais dans les rues du village , j’essayais de mettre un pied devant l’autre. Je titubais mais j’étais encore en capacité de me tenir debout tout seul.
Je fus pris par une contrariété, celle de ne pas être rentré à la maison avec ma femme au moment où elle me l’avait proposé. J’étais censé rentrer et lui cacher ce que je venais d’apprendre. L’esprit confus et saoul je savais déjà que cet engagement me serait impossible à tenir. Tant bien que mal, j’ai ouvert la porte de la maison , je m’appliquais à faire le moins de bruit possible pour ne pas réveiller les miens qui dormaient encore.
Pour libérer mon esprit avant d’aller me coucher auprès de ma douce, j’ai pris un post-it vert et j’ai écrit:
“Coucou ma vie, je suis rentré à 6h, je vais faire dodo on en parlera demain, gros bisou, je t’aime.”
Ce petit bout de papier était comme une piqûre de rappel pour dévoiler toute ma soirée à mon épouse.
Contribuisci
Puoi sostenere i tuoi scrittori preferiti


Commento (0)