un hymne à ta beauté
Il lui faut, à mon âme,
cette longue indécision,
cette halte du temps,
ce prisme de l’instant
sur lequel mon esprit
ricoche et bondit
hors de lui
tel l’oiseau ivre
de l’écume du ciel.
Oui, « l’écume du ciel »,
le noir est parti et l’éther
est une vaste plaine lisse
qui me dit le lieu
possible de
mon être,
entre un flocon
qui arrive,
un flocon
qui part.
Sais-tu,
Toi-la-Divine,
combien c’est une joie
de saisir et, à la fois,
de ne rien saisir ?
Combien c’est un bonheur
d’espérer
et de désespérer ?
Combien c’est une félicité
de se sentir Soi
et Autre que Soi ?
Tout est dans l’attente,
la longue et sinueuse
attente des choses.
Nul n’étreint le rien
qui tend ses mains
vers l’Absolu,
l’Art,
l’Amour.
Tout est toujours
en retour de Soi et
l’attente est pur Don.
Pur Don de ce qui,
inaperçu,
vient à moi
et emplit
mes mains
de l’ombre
d’une Présence.
Toi-la-Divine,
je ne sais
quel est ton nom,
de quoi est tissée
ton essence,
si tes yeux sont
bleus ou mordorés,
si ton corps se cambre
sous le plaisir,
si tes doigts effleureront
un jour mon visage
pour en dessiner
les contours.
Je ne suis incliné
à moi-même
qu’à te deviner
penchée sur moi,
telle une Fée
bienfaisante.
Je t’imagine parfois
en mon théâtre intime.
La place est déserte.
Le portail de fer est fermé.
La haie dresse ses tiges dans
l’air transi de froid.
Les flocons,
une pluie de flocons,
une giboulée de flocons,
flotte entre Ciel et Terre.
Des flocons-messagers
qui tracent les lignes
de Qui-tu-es,
là sur ce banc de bois
qui porte encore la chute
de ton corps souple,
chaud, disposé
à la mesure
étroite de l’heure.
Ce banc si vide que,
pour un peu, il chanterait
un hymne à ta beauté
et alors, sur Terre,
tout se figerait,
et alors sur Terre
tu serais
la Seule
à vivre,
à sentir,
à aimer.
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