Dans la pliure bleue de l’air
Sur la plaine de sable que rien ne vient troubler, Chemineau est assis dans la position de celui qui médite. On dirait une congère d’ombre à contre-jour du temps. C’est tout juste si un filet de vapeur sort de sa bouche, si les cils battent à intervalles réguliers, si la sclérotique fait sa lueur grise dans la perte des yeux. Il y a si peu à faire pour exister, ici, dans la pliure bleue de l’air. Tout ceci pourrait durer une éternité si ne s’allumaient, dans l’antre de la tête, quantité de légendes, myriade de fables, pléthore de souvenirs dont nul ne pourrait savoir d’où ils viennent, comment ils peuvent peupler les rêves du petit Sauvageon. Est-il saisi d’une connaissance immédiate ? Est-il omniscient, possédant en un seul empan de la conscience la pluralité des choses présentes, passées et futures ? D’où tient-il ces étranges images qui déferlent à la vitesse des marées dans le corridor de sa pensée ? Possède-t-il un savoir pareil aux résurgences d’eau dans les dunes du désert ? On croirait à une pure désolation et l’on a devant soi, soudain, des floraisons, des arabesques, des grappes végétales qui colonisent l’air, font leurs étonnantes symphonies. Une agitation intérieure plaquée sur du silence, de l’immobilité, peut-être du doute. Est-il VRAIMENT réel ce réel qui vient à l’encontre avec, dans ses basques, plein de fantaisies, de murmures, de revers chatoyants et de surprises à foison ?
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