Les plus belles cimaises
"L'art est la mise en œuvre de la vérité.", nous disait le philosophe Heidegger dans "Chemins qui ne mènent nulle part". Ce qui veut signifier que nous ne pouvons nous arrêter, considérant l'œuvre, à un abord perceptif réalisé dans l'immédiateté, lequel nous installerait dans la pure sensation et nous y laisserait. Il n' y est jamais question de considérations formelles, telles la couleur, le contraste, la composition, et, conséquemment, le sentiment esthétique. Ce qui nous est proposé dès que l'art est atteint, c'est ce cheminement en profondeur qui donne lieu à la vérité d'un monde. De telle manière se révèle à nous, est rendu visible ce qui, habituellement, se soustrait à l'entendement. A savoir l'événement à partir duquel signifie, sous les traits de l'homme, son essentielle humanité. Cette belle photographie de Yaman Ibahim nous y invite avec une sobre élégance. Car l'élégance, à défaut d'être une simple vitrine que nous présenterions au monde, est cet espace d'invisibilité qui nous habite tous et que, seule une exigence de vérité, peut mettre en exergue. Les plus belles cimaises sont celles qui, dans la discrétion, ouvrent cette dimension. Nous ne saurions nous y soustraire qu'à nous oublier nous-mêmes en nous confiant aux ombres tremblantes et illusoires de la caverne platonicienne. Il y a mieux pour qu'un site authentique soit assuré à notre condition mortelle : celle de sa propre remise à ce qui brille de mille feux, aussi bien dans les œuvres d'art, aussi bien au centre de l'éther et qui s'appelle indifféremment, chef-d'œuvre; Idée du Bien. Hommes de raison, nous sommes appelés à connaître ce à quoi le sensible fait signe : l'être vrai qui transcende le réel et lui donne ses assises mondaines. Nous sommes tous, le sachant ou à notre insu, convoqués à une telle contemplation.
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