AZALAÏ, UN CHEMIN VERS LA LUMIERE
Nour ne dort pas cette nuit. Elle reste immobile sur sa natte, regardant fixement le glissement des étoiles dans le ciel, le croissant de lune mangé par la nuit. Dès la première lueur de l’aube elle sort de sa hutte, s’appuie contre le mur de pisé. Peu à peu, autour d’elle, les autres cubes de terre s’éclairent, touchés par la lumière. Personne n’est encore levé alors que la tête du grand nim et ses feuilles sombres commencent juste à émerger de l’ombre. Pour Nour c’est un grand jour aujourd’hui. Elle vient d’avoir treize ans et va partir pour son premier voyage, le voyage vers l’or blanc, l’Azalaï. Elle est la seule fille du Village à accompagner les hommes. Elle sait le prix de cette faveur qu’elle doit à la longue maladie qui vient de la traverser. Ses yeux avaient été atteints, recouverts d’un voile et elle était restée de longs mois isolée dans son monde de brumes.
Les hommes du village disaient :
"C’est la fumée de la cuisine qui a attaqué tes yeux."
Les femmes disaient :
"Tu as dû aller dans un endroit nyamana en brousse, alors tu as attrapé la maladie falaka."
Les enfants disaient :
"C’est la faute aux jinéninws qui sont dans la poussière, ils ont attendu le vent pour sauter dans tes yeux et ils t’ont rendue aveugle."
Le Chef du Village disait :
"Nour, quand tu iras mieux tu feras le voyage du sel. A Taoudéni il y a des génies qui guérissent les yeux juste en les regardant".
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