le beau visage d’Anouar
Nour était guérie maintenant mais elle préférait être guérie deux fois. Cette caravane de l’Azalaï, cette longue marche sur les dunes silencieuses, dans la lumière dorée du soleil, cent fois elle l’avait faite dans son imaginaire, cent fois elle l’avait vécue avec l’intensité de ce qu’on ne peut jamais atteindre que par le rêve. Enfin elle allait pouvoir se jucher en haut de la nacelle attachée à son chameau et découvrir l’immense désert à côté de son grand frère Hadi, le guide; enfin elle pourrait puiser l’eau dans de grandes outres en peau, boire à la calebasse de longs traits d’eau fraîche comme le faisaient les hommes, regrouper les chameaux dans leurs cercles de branches en sifflant entre ses doigts à la façon de Rahal, dormir sous la tente près de son ami Djamel; regarder briller dans la poussière le beau visage d’Anouar avec sa barbe blanche taillée à la lame, flotter dans le même bleu indigo que celui qui voilait le corps de Boualem, le distingué, confier ses secrets à Amine; observer le clignotement des étoiles dans l’ombre de la silhouette d’Hilal qui connaît par cœur la carte du ciel, la position des astres, la longue fuite du vent sur l’épaule des dunes.
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