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Le tiers est puissance de passage

Le tiers est puissance de passage

Publicado el 16, mar, 2026 Actualizado 16, mar, 2026 Poetry and Songs
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Le tiers est puissance de passage


— Il nous faudrait réintégrer le tiers toujours exclu, sortir de l’estriangulation. — Nous avons franchi la quatrième dimension. — Tenir le pas gagné. — Appareillons ! et allons plus avant. »


(Serge Venturini, in FULGURIANCES (II) et autres figures (2024-2025),

L’Harmattan, 2025, page 18 (§ 69).





On ne lira pas ici Serge Venturini comme on consulte un système ni comme on interroge un théoricien du tiers venu remettre au net une doctrine. On le lira selon une fidélité plus libre, plus risquée aussi. Non pour lui attribuer des thèses qu’il n’a pas formulées, mais pour suivre jusqu’au bout l’impulsion de sa parole, et voir ce qu’elle rend pensable au-delà d’elle-même. Le texte qui suit n’entend donc pas exposer la pensée de Venturini au sens strict. Il propose une lecture personnelle, née d’un fragment de FULGURIANCES II, et prolongée dans une méditation qui n’engage que son auteur. S’il y est question d’un « tiers », ce mot n’y sera pas pris comme terme de logique, mais comme figure du passage, de l’intervalle, du seuil respirable.




Ce n’est pas le tiers vivant, celui qui entrouvre entre les forces contraires un peu d’espace et de souffle, qui serre la gorge des peuples ni des hommes. Ce n’est pas lui qui ferme la maison terrestre ni qui mure, au plus profond de chacun, cette pièce obscure où l’être, faute de passage, tourne sur lui-même comme une eau sans issue. Le tiers vrai n’est pas geôlier. Il est l’intervalle sauveur, la distance juste, la respiration rendue à ce qui, sans lui, s’abandonnerait à l’étouffement. Dans la cité, il desserre l’étau des camps. Dans la vie intérieure, il introduit du jeu entre la peur et le désir, entre la blessure et la parole, entre le sujet et l’image close qu’il se fait de lui-même. Là où deux puissances se heurtent, s’épuisent et se nient, il n’ajoute pas au malheur. Il ne vient pas renforcer la clôture. Il apporte cet entre-deux sans lequel toute vérité durcit, toute fidélité se pétrifie, toute rigueur devient cachot.


Ce qui étrangle, c’est l’autre figure, l’intruse, l’usurpatrice, le faux troisième. C’est le médiateur tombé dans l’engrenage, le vivant converti en fonction, en pierre, en verrou, en numéro de procédure dans le grand froid des abstractions. Alors le trois lui-même se déprave, et ce qui devait délier apprend à nouer. La main qui devait unir devient experte à serrer. Le signe dressé pour la rencontre fait métier de séparer. Ce qui aurait dû tenir le milieu comme un lieu d’hospitalité l’occupe désormais comme une citadelle. Le passage devient poste de contrôle. Le seuil devient guichet. L’entre devient étau.


Mais cette déchéance n’advient pas sans cause. Elle naît d’abord de la peur, de cette vieille peur de la contradiction, de l’ambigu, de l’entre-deux, de tout ce qui oblige l’esprit à demeurer ouvert quand il voudrait conclure. Beaucoup d’âmes supportent mal l’intervalle. Elles veulent du net, du tranché, du définitif. Non parce qu’elles aiment tant la lumière, mais parce qu’elles craignent le vacillement. Elles redoutent l’ambivalence comme on redoute un bord de falaise. Alors ce qui devrait laisser vivre une tension est requis pour la supprimer. On lui demande non d’ouvrir, mais de clore. Non d’accueillir, mais de trancher. Non de faire place, mais de rendre un verdict. Et ce qui aurait pu devenir jeu, parole, travail intérieur se change en police du sens.


Puis vient la capture par le pouvoir. Toute médiation est menacée d’être reprise par une institution, une orthodoxie, une bureaucratie, une raison d’État, un appareil de contrôle. Ce qui circulait librement entre les vivants devient fonction, procédure, autorité, poste de surveillance. Il cesse d’être passage. Il devient instance. Il ne relie plus. Il administre. Il ne respire plus. Il juge. Et ce qui devait tenir le milieu comme un lieu d’hospitalité l’occupe comme une citadelle. Là où le vivant demandait un seuil, le pouvoir installe un mirador.


Vient aussi l’abstraction, qui est un autre gel. Lorsque le concept se sépare trop de l’expérience, il dessèche. Lorsque l’idée vient trop tôt prendre la place de l’éprouvé, ce qui devait approcher la vie se retire dans la froideur des architectures mentales. Alors la médiation devient mécanique. Elle ne touche plus les êtres, elle les classe. Elle ne porte plus de souffle, elle distribue des places. Ce qui devait être présence devient schéma. Ce qui devait s’avancer vers le vivant s’en éloigne dans la géométrie du système. Entre les hommes, entre les langues, entre les mémoires, entre les rives intérieures des consciences, il n’y a plus qu’une science sèche du lien, une science sans sève, une apparence d’unité qui mime l’ouverture et prépare l’asphyxie.


À cette sécheresse s’ajoute l’endurcissement des identités. Dès que chacun se referme sur son nom, sa blessure, sa mémoire, son appartenance, ce qui pourrait l’ouvrir est soupçonné comme menace ou instrument. On veut bien d’un arbitre qui confirme son camp, non d’un espace qui transforme les termes. Le sujet veut bien d’une parole qui ratifie sa plainte, non d’une traversée qui l’obligerait à devenir autre que la forme close de sa douleur. Il veut qu’on lui donne raison. Il craint qu’on lui donne passage. Alors le milieu, au lieu d’être une traversée, devient un tribunal intérieur où l’on se juge à la lumière des anciennes blessures.


La corruption gagne plus loin encore, jusqu’au langage même. Quand les mots perdent leur source, ils ne relient plus les êtres à l’être. Ils deviennent slogans, insignes, monnaies mortes, formules sans eau. Alors ce qui devrait être porté par une parole vivante tombe dans une rhétorique vide. Et une parole vide serre toujours plus qu’elle n’ouvre. Le sujet parle, mais ne se rencontre pas. Il raconte, mais ne se traverse pas. Il répète, mais n’advient pas. Il en va de même pour les peuples, les époques, les doctrines. Beaucoup d’âges ont connu cette dérision. La loi née pour ordonner s’est figée jusqu’à mordre. Le nom donné pour sauver s’est usé dans la comptabilité des puissances. Le symbole levé pour rassembler a fini par distribuer la peur. Et l’on a vu, sur toutes les routes de l’histoire, la médiation elle-même devenir machine, puis la machine se donner les habits du salut.


Mais la cause la plus grave est peut-être plus secrète encore. Elle tient à la misère d’espace intérieur. Quand l’âme manque de profondeur, elle ne peut plus porter le contradictoire sans vouloir le trancher ou le domestiquer. Elle ne supporte plus l’intervalle. Elle veut posséder trop vite, conclure trop tôt, réduire ce qui devrait demeurer ouvert. Le tiers vivant demande une certaine largeur intérieure, une patience, une force de respiration. Il demande que le sujet consente à ne pas être tout d’une pièce, à ne pas coïncider tout entier avec sa peur, son symptôme, son image, son passé blessé. Sans cela, il dégénère en faux troisième. Le tiers vrai passe. Le faux tiers s’installe. Le tiers vrai ouvre un entre. Le faux tiers occupe le milieu. Le tiers vrai respire. Le faux tiers administre.


C’est ici qu’un détour par la psychanalyse peut éclairer la lecture, à condition de redire avec loyauté qu’il s’agit d’un prolongement personnel et non d’une pensée de Venturini lui-même. Car la cure, dans son mouvement le plus vivant, ne vise pas seulement à interpréter. Elle cherche, au fond, à rendre possible un espace où le sujet ne soit plus condamné au duel nu avec ce qui le ravage. Elle ne lui enlève pas ses contradictions. Elle lui apprend à les porter autrement. Elle ne détruit pas toute défense d’un coup. Elle tente de transformer la muraille en seuil. Elle ne remplace pas une prison par une autre. Elle rend respirable l’entre-deux où quelque chose de neuf peut se former. Sortir de son mur, alors, ne veut pas dire abolir toute limite. Cela veut dire cesser d’habiter la limite comme un bastion de peur, et commencer à l’habiter comme un passage.


Réintégrer le tiers toujours exclu, l’hôte sans visage, l’antique passager des seuils, celui qu’on chasse de siècle en siècle et qui revient pourtant frapper à la porte secrète de la conscience, ce n’est donc pas meubler le vide avec un concept nouveau ni poser un signe de plus sur la table encombrée des doctrines. Ce n’est pas grossir l’arsenal des systèmes. C’est rouvrir, dans l’homme, la chambre murée. C’est rendre accès à cette pièce sans drapeau, sans marché, sans tribunal, où l’être, avant tout partage, se souvient obscurément qu’il n’est pas né pour la seule alternative du oui meurtrier et du non stérile. À la lumière d’une telle lecture, cette chambre murée ressemble aussi à la chambre close du sujet, au lieu où se sont accumulés les interdits, les hontes, les identifications, les fidélités mortifères, les voix étrangères devenues voix intérieures. Rouvrir cette chambre, ce n’est pas l’inonder de savoir. C’est y faire entrer un peu d’air, un peu de temps, un peu de vérité vivable. C’est rappeler l’absent de toutes les querelles humaines et de tous les conflits psychiques, celui qui ne prend parti pour aucun règne de la clôture, mais travaille obscurément à rouvrir le passage. C’est rendre gué à ce qui cherche un gué, rive à ce qui cherche sa rive, parole à ce qui, depuis longtemps, ne pouvait plus que se répéter sous forme de symptôme ou d’angoisse.


Sortir de l’étranglement du tiers, dès lors, ce n’est pas fuir le tiers, ni l’abolir, ni retourner à la vieille gloire des alternatives sans merci. C’est l’arracher à sa caricature. C’est le délivrer du masque qui l’imite, du mécanisme qui le singe, de l’appareil qui parle en son nom tout en lui dérobant sa source. C’est rompre le charme des structures savantes qui promettent la médiation et ne donnent qu’une suffocation raffinée. C’est briser la belle machine abstraite qui parle d’unité avec des lèvres de cendre tandis qu’elle dessèche les sources et retire aux vivants jusqu’au goût premier de l’eau. C’est rendre le troisième terme à sa pauvreté royale, à sa nudité de seuil, à sa charge ancienne de lumière entre deux rives. En langage plus intérieur, cela voudrait dire aussi : rendre à l’écoute sa disponibilité, à la loi sa fonction de passage, au cadre sa tenue sans dureté, à la parole son pouvoir de surprise, au sujet la possibilité de n’être pas immédiatement jugé par ce qu’il apporte. Car le tiers vivant ne règne pas, il passe. Il ne s’installe pas, il ouvre. Il ne possède pas la demeure, il la rend habitable. Il ne vient pas abolir la rigueur, mais empêcher que la rigueur ne devienne désert. Il n’abolit pas la limite. Il la transforme en seuil.


Le poète, ici, ne vient donc pas seulement dire une vérité de pensée. Il touche, sans la nommer peut-être, à une vérité de passage. Il rappelle qu’il est dans l’homme une tâche plus haute que de conclure : apprendre à respirer là où l’on étouffait ; apprendre à parler là où l’on répétait ; apprendre à habiter là où l’on se retranchait. Quand il dit : « Tenir le pas gagné », cela peut aussi vouloir dire : ne pas laisser se refermer sur soi l’ancien mur ; ne pas rendre à la vieille instance de fermeture la place qu’on venait d’arracher au vivant ; ne pas confondre la sécurité du symptôme avec la vérité du sujet ; ne pas préférer de nouveau le verrou à l’espace. Tenir le pas gagné, c’est garder ouverte, dans le vent, la porte une fois ouverte. C’est consentir à l’inachevé de soi sans se réfugier de nouveau dans la forteresse du connu.


Et quand il dit : « Appareillons ! et allons plus avant », la phrase prend un timbre plus profond encore. Ce n’est plus seulement le départ d’une conscience vers le large du monde. C’est aussi, pour le lecteur qui ose cette traversée, le départ d’un sujet hors de sa prison interne. C’est l’appel à quitter le vieux cercle, la geôle du même, la fidélité à sa propre entrave. Ce n’est pas une injonction à devenir maître de soi. C’est un appel à devenir respirable à soi-même. Car il n’est peut-être qu’une seule misère au monde, et dans la cité comme dans l’âme, c’est de manquer d’espace intérieur. Et il n’est peut-être qu’une seule grandeur : rendre au vivant sa voie ouverte, là où le mur, enfin, consent à devenir passage.




Il faut pourtant redire ici, avec la plus grande loyauté, que cette lumière psychanalytique n’est pas une clé attribuée à Venturini. Elle est une voie ouverte à partir de lui. Elle ne nomme pas sa doctrine. Elle prolonge son impulsion. Elle ne cherche pas à capturer le poème dans un appareil d’explication supplémentaire. Elle tente au contraire de répondre à son audace par une audace égale. Car il faut parfois oser penser ailleurs, non pour trahir, mais pour être fidèle au plus vif de l’appel. Il faut aller là où cela fait mal, là où le désir recule, là où la pensée hésite encore à se reconnaître. Toute grande parole demande davantage qu’un assentiment. Elle demande un avenir.


Ainsi le texte, s’il garde son noyau de souffle, peut devenir plus qu’un commentaire sur le tiers. Il devient une méditation sur l’avenir même de l’humain. Car l’homme de demain ne sera peut-être pas d’abord celui qui saura mieux trancher, mieux classer, mieux administrer. Il sera peut-être celui qui saura mieux porter l’ambigu sans le mutiler, mieux traverser ses contradictions sans en faire des idoles, mieux transformer ses murs en seuils, mieux répondre à la peur sans lui livrer le centre. Il sera celui qui n’aura pas honte d’une pensée respirable. Celui qui n’aura pas peur d’une profondeur qui ne conclut pas tout de suite. Celui qui comprendra que le tiers vivant n’est pas faiblesse, mais force d’ouverture ; non pas confusion, mais intervalle créateur ; non pas abdication du vrai, mais refus de faire du vrai un instrument de suffocation, voire d’étouffement.


Alors, de ce texte né chez le poète et prolongé par le lecteur que je suis, il restera peut-être ceci : que la pensée n’est pas faite seulement pour juger, mais pour délivrer ; que la parole n’est pas faite seulement pour dire, mais pour laisser advenir ; que l’avenir n’appartient pas aux murs les mieux gardés, mais aux seuils les plus habitables. Et que là où un peu d’espace et de souffle recommencent à circuler entre les forces contraires, dans la cité comme dans l’âme, quelque chose du vivant, encore, se remet en marche.

Le tiers est puissance de passage.



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