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« LES CORPS ÉCLATÉS »
Fiction
Poetry and Songs
calendar Publicado el 23, may, 2026
calendar Actualizado 23, may, 2026
time 5 min

« LES CORPS ÉCLATÉS »


Ô vous, routes qui nous avez lus comme on lit une chair inconnue, vents qui nous avez léché les os jusqu'à la moelle, étoiles qui nous avez transpercé le flanc de vos lances d'or, dites-nous : partons-nous comme on entre dans l’obscur d’un corps, les mains pleines de nuit et la bouche brûlée de miel noir ? Partons-nous comme on se déchire à l'aube, le nom de l'autre gravé en cicatrices sur les hanches, le sang encore chaud aux lèvres ?


Nous ne sommes pas ces ombres tièdes que le soir avale sans frémissement. Nous sommes l'éclair qui fend la chair du monde, le cri jeté dans le gouffre et qui revient chargé de feu, la semence qui éclate dans la terre comme une bénédiction terrible. Nous sommes ceux qui ont bu la lumière à même la gorge du jour, ceux qui ont dansé nus sur les pierres sacrées, ceux qui ont laissé dans la nuit une trace assez vive pour qu’elle continue de brûler après eux.


Nous ne sommes ni le cri ni son écho. Nous sommes la morsure, la griffe, le baiser qui saigne, l'étreinte qui défie la mort. La terre nous répond par des spasmes. Nos pas sont des coups de poing dans ses flancs. Nos rires ? Des éclairs dans ses veines noires. Chaque départ est un enfantement sauvage, chaque adieu un baiser volé aux lèvres du néant, chaque fin un seuil où l'on se déshabille de sa peau pour renaître plus léger, plus ardent, plus ivre d'infini.


Nos traces sont des blessures de lumière. Nos rêves ? Des ponts de chair tendus entre les abîmes. Nous ne sommes pas de ceux qui s'effacent : nous sommes de ceux qui brûlent si fort que leurs cendres demeurent chaudes longtemps après eux, de ceux qui aiment si violemment que leurs os, réduits en poussière, chantent encore dans le vent.

Partir ? Alors, puisqu’il le faut, partons donc. Mais en embrasant l'horizon de nos corps offerts, en jetant nos cœurs dans la nuit des siècles comme des poignées de braise. Que nos vies soient des météores. Que nos gestes soient des communions profanes. Que nos silences gardent la ferveur des prières sans dieux, sans maîtres — seulement cette chair qui tremble, ce souffle qui monte, cet instant où tout bascule dans le feu et dans la grâce.


Ô vous, marées, montagnes, déserts… Recevez-nous comme on reçoit les possédés et les amants fous. Prenez-nous, dévorez-nous, dispersez nos cendres aux quatre vents. Mais sachez que là où nous sommes passés restera l'odeur du soufre, la trace de nos dents sur le fruit défendu, la mémoire de nos corps enlacés comme des arbres poussant à l'envers, leurs racines obstinément tournées vers le ciel.


Nous ne partons pas comme nous sommes venus, mais transfigurés, chargés de tout ce que nous avons arraché à la terre, de tout ce que nous avons aimé jusqu'à la déchirure. Nous partons avec des mains pleines de cicatrices et des étoiles filantes dans les yeux, avec le goût de cendre et d'encre sur une paume offerte, dans la certitude que nos rêves ont fécondé des terres que jamais nous ne verrons.


Et peut-être que partir, c'est aussi habiter. Habiter chaque visage qui nous a regardés comme on regarde un dieu, chaque corps pressé contre le nôtre comme une prière, chaque nuit où nous avons cru mourir de désir avant de renaître plus vastes et plus proches du mystère.


Nous passons ? Pourtant notre passage demeure une écriture gravée dans le flanc du temps. Nous passons ? Et le monde en reste marqué comme un corps traversé par les griffes de l'amant, comme une page où l'encre saigne encore.


Et puis… le silence. Le bord de ce qui peut encore se dire.


Et le point fut posé. Non pas comme une fin, mais comme un sceau, comme la dernière syllabe d'un chant qui continue de vibrer dans le vide. Le point : ce lieu minuscule où tout un univers se concentre.


Et peut-être que tout finalement n’est que cela : apprendre à poser le point. Non pour clore, mais pour offrir. Dire seulement : j’ai été cette flamme dans la nuit. Maintenant, à vous. Prenez ce feu. Prenez ce corps éclaté — et faites-en une constellation.

Ainsi partons-nous comme on n'est jamais venu : les mains vides du peu qu'on a donné, mais pleines de tout ce qui, désormais, brûle sans nous.


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