¡Felicidades! Tu apoyo al autor se ha enviado correctamente
avatar
13. France, Octobre 2022
Non-fiction
Personal Development
calendar Publicado el 29, ago, 2026
calendar Actualizado 29, ago, 2026
time 14 min
Creative Transparency Label
15+
Image / Human image
Text / Human creation

13. France, Octobre 2022

S'il y a un auteur qui s'impose pour celui qui s'intéresse à la fois à la psychologie et à la spiritualité, à la psyché individuelle et à la psyché collective, c'est bien Carl Gustav Jung.

Ma rencontre avec Jung est comme une histoire d'amitié : elle est ponctuée de phases de rapprochement et d'éloignement. Car lire un tel auteur n'est pas une sinécure ! Sa pensée est tellement riche que chaque phrase nécessite d'être relue plusieurs fois pour tenter d'en saisir toute la portée, et réclame du temps pour être assimilée. Aussi, il est souvent plus aisé de lire un auteur qui nous traduise et mette à notre portée sa pensée, son originalité et son caractère visionnaire.

J'oscille donc, durant mes études de psychologie, entre une biographie de Jung assez accessible et plusieurs tentatives de lecture de Dialectique du Moi et de l'Inconscient, duquel je ne parviens pas à dépasser les cent premières pages. Au lendemain de ma séparation avec Pele, me sentant rappelé par ces questions à propos de nos zones d'ombre et de lumière ainsi que par mon questionnement spirituel, la vie me remets entre les mains le dernier livre de Frédéric Lenoir, Jung : un voyage vers Soi, que je découvre avec empressement et avidité.


Ce contemporain de Freud, qui en a d'abord été l'élève encensé avant d'en devenir le traitre répudié, participe de l'essor du mouvement psychanalytique qui vise à reconnaître et explorer la part inconsciente qui vit à travers chacun de nous, au delà de notre conscience, et qui régit tant d'aspects de notre vie psychique et de notre rapport au monde. Mais contrairement à Freud qui se base essentiellement sur un inconscient personnel, issu de refoulement de pulsions, de désirs et de souvenirs traumatiques de notre enfance, Jung estime qu'il existe également un inconscient collectif, qui repose sur des contenus impersonnels et hérités qui nous parviennent à travers les mythes, les archétypes et les rites religieux anciens, et qui régit fortement le contenu de notre vie psychique, dans notre rapport à ce que nous expérimentons dans le présent.

Il estime aussi que le but de l'existence humaine est d'accéder au Soi, qui représente la part divine en nous, et qui correspond à une dimension plus large de notre être englobant le moi conscient, l'inconscient personnel et l'inconscient collectif. Ce cheminement, qui passe à la fois par un travail de conscientisation rationnelle de ce qui se manifeste en nous, mais aussi par une ouverture plus intuitive aux messages provenant d'une dimension supérieure qui dépasse notre propre individualité, est une voie qui nous permet « d'aller du moi vers le Soi », et d'expérimenter cette fonction transcendante qui nous reconnecte à notre âme. Il appelle tout ce travail le processus d'individuation. Il faut ainsi, dit-il, « habiter son moi pour cheminer vers le Soi, sans les confondre ».


Ainsi, ce processus d'individuation serait la finalité de l'homme, ce qui donne sens à son existence. Son but est de s'auto-réaliser, et ainsi de tendre vers une forme de complétude en se reconnectant à ce qui existe déjà en lui à différents niveaux de conscience, et qui n'est que l'expression du grand Tout. Grand Tout, appelé Unus Mundus, l'unité indissoluble entre la psyché et la matière, qui se révèle et s'expérimente à travers chacune de nos existences. Ou comment Jung, contrairement à Freud, réhabilite la notion de spiritualité.

Il prône ainsi une sorte de réconciliation entre science et spiritualité, pour une orientation qui ne valoriserait pas uniquement la seule raison critique comme moyen d'accès à la compréhension du monde, mais qui soutiendrait aussi le principe de « penser avec son cœur et avec son imagination », comme autre voie de perception et de compréhension du monde. Approche privilégiée notamment pour accéder à notre inconscient collectif et à ses mythes.


Et cela passe d'abord par un processus d'exploration intérieure. La première étape est d'apprendre à quitter notre masque social, appelée la persona, pour nous reconnecter à notre moi et à sa vérité intime. Cette persona, construction indispensable pour nous adapter et communiquer avec le monde, prend parfois tellement de place qu'elle s'impose au détriment du moi et de nos aspirations profondes. Il faut donc savoir la reconnaître pour ce qu'elle est, un outil pour fonctionner en société, et savoir la laisser quand elle n'a plus lieu d'être et que notre moi réclame de revenir se reconnecter à lui-même.

Centrés désormais sur nous, nous découvrons alors que nous sommes des êtres d'ombre et de lumière. A l'image de la pensée taoïste qui pense les choses dans l'union et non dans la séparation des contraires, la lumière n'existe que parce l'obscurité existe également, et parce qu'elle s'en différencie. En résumé, sans obscurité, on ne pourrait nommer la lumière ! L'ombre et la lumière, comme le Yin et le Yang, coexistent, se définissent l'un par rapport à l'autre, et sont indissociables.

Il s'agit donc pour l'être humain d'apprivoiser son ombre, ces aspects de notre personnalité que nous préférons ne pas voir et reconnaître en nous, et que nous enfouissons à l'intérieur par un processus de refoulement, ou que nous reportons à l'extérieur, sur les autres et le monde, par un mécanisme de projection. Ce sont nos défauts, nos tendances inavouables, ce qui ne colle pas avec l'image de nous-mêmes que nous nous sommes choisie à un niveau conscient.

Mais ces mécanismes de défense, qui ont pour fonction de nous protéger de l'inconcevable ou de l'inavouable, altèrent notre capacité à interagir avec le monde avec justesse et authenticité. Ils brouillent notre vision, voilent notre entendement, en filtrant et déformant notre perception de la réalité. Et comme l'illustre Jung, « ce n'est pas en regardant la lumière qu'on devient lumineux, mais en plongeant dans l'obscurité. » Car si nous oublions à l'excès ce travail de reconnaissance de notre ombre, le risque est de la voir réapparaitre sous une autre forme, avec une violence redoublée. Je retrouve là ma fameuse théorie du boomerang ! Et de conclure : « Un homme qui n'a pas traversé l'enfer de ses passions ne les a pas non plus surmontées ».


Après avoir apprivoisé notre ombre, la prochaine étape du travail est d'intégrer l'anima et l'animus. Si l'anima est la personnification de la nature féminine dans l’inconscient de l'homme, représentée par l’éros (émotion, sentiment, tendresse, sensibilité, intuition), l'animus est la personnification de la nature masculine dans l'inconscient de la femme, représentée par le logos (le verbe, l'esprit, la volonté, l'engagement, l'autorité, la puissance, la combativité).

Ces deux archétypes, productions spontanées de notre inconscient collectif, sont les vecteurs par lesquels nous découvrons et intégrons les facultés du sexe opposé, pour trouver en nous « cette part qui nous manque ». Ce sont des puissances inconscientes qui exercent une dynamique positive et évolutive sur notre âme, mais qui peuvent également susciter, (souvent), l'animosité entre personnes de sexe opposé.

Car ce qu'il faut comprendre dans la rencontre avec l'autre, c'est que nous ne sommes pas deux, mais quatre ! Chacun venant avec sa propre représentation du sexe opposé et de cette part qui lui manque au fond de soi, qu'il va projeter dans la relation. Et c'est lorsque nous parvenons à dépasser cette opposition pour mettre en valeur ces potentialités inhérentes en chacun, que nous pouvons aller vers ce centre de l'âme qu'est le Soi, tendre ainsi vers l'accomplissement de notre complétude, et parvenir à nous rencontrer dans nos différences. Mais Jung précise bien que « c'est dans le maintien de la différenciation qu'on parvient à la communion », car si nous ne gardons pas notre spiritualité propre, « l'homme et la femme deviennent des diables l'un pour l'autre ».


L'ultime étape, qui découle de tout le travail d'exploration précédent, est celle de l'harmonisation des contraires. Quand l'ombre devient consciente, c'est à dire éclairée à la lumière de la conscience, la tension entre les contraires vise à s'équilibrer. Car rien n'augmente davantage la prise de conscience que la confrontation des opposés. Ces opposés, continuum d'une même dimension, doivent d'abord être séparés pour être identifiés et reconnus par la conscience, avant de pouvoir être réunis dans un second temps.

L'essence de la conscience est donc la différenciation. Et partant de cet affrontement des opposés, conscient/inconscient, ombre/lumière, homme/femme,.. il nous faut opérer un renversement des contraires permettant l'union des opposés. C'est elle qui est génératrice de nouveauté et donc de créativité dans ce monde.


Et Jung de conclure que cela semble être la tâche métaphysique de l'homme. C'est l'amour qui permet cette union des contraires, c'est l'amour qui inclut tout, qui permet cette véritable conjonction à nous-mêmes en étant pleinement soi, et à tout l'univers en étant pleinement relié à tout ce qui est. Le retour à ce fameux Unus Mundus, la réalité unifiée sous jacente, de laquelle tout émerge et où tout retourne.


Si tout cela n'est pas hautement spirituel !!! Je repose le livre, complètement sonné, pendant que toutes ces notions s'entrechoquent et entrent en résonance avec tout ce que j'ai compris par ailleurs. Les jours suivants, ce sont les pièces du puzzle de mes multiples explorations qui commencent à s'assembler. Les liens que je tisse avec ce que disent les bouddhistes sur l'Illusion fondamentale, les connivences avec ce que prônent les chamans sur la connexion au monde invisible, les parallèles avec ce que disent globalement l'ensemble des spiritualités du monde entier.

Mais aussi ce que décrivent certains courants philosophiques comme les philosophes grecs : Héraclite avec le Feu-Logos, le principe organisateur de toute chose, et l'harmonie résultant de la confrontation des contraires ; Platon puis Aristote qui évoquent la présence d'une part divine en chaque être humain, et posent le noûs comme principe premier intelligent ou Premier Moteur ; ou les néoplatoniciens, tels Plotin qui développe le concept de la procession, une descente de l'Un vers l'Intellect, puis l'Âme, et enfin le monde matériel, et celui de la conversion qui est un processus inverse de retour à l'Unité, une expérience personnelle au cours de laquelle l'intime rencontre l'ultime.

Ou encore le Tao des chinois, avec la notion de Qi, le souffle ou l'énergie originelle qui se scinde ensuite en deux principes, le Yin et le Yang, qui s'opposent autant qu'ils se complémentent pour participer d'un équilibre, tant au niveau du macrocosme qu'au niveau individuel.

Enfin, la Psychologie Interculturelle et ce qu'elle décrit à propos de la rencontre avec l'altérité. Tout prend sens, tout se met en relation, ce qui redonne une cohérence et un fil conducteur à ma quête spirituelle éperdue aux quatre coins du monde, mais également une certaine compréhension de ce qui s'est joué dans mes différentes relations amoureuses.


L'opposition complémentaire des contraires, et cette nécessité de revenir à l'unité du vivant et de tout ce qui existe pour « réenchanter le monde ». La connexion à la Nature dans l'espace, à notre passé dans le temps, à notre intériorité. C'est donc ça, le grand paradoxe de la conscience, qui a besoin de séparer pour rendre les choses visibles à son propre regard, mais qui ne doit pas dans le même temps oublier d'où elle vient, et qu'à sa source tout est Un et relié !

Comprendre l'importance de la fonction imaginative et symbolique de l'homme, qui le relie à l'invisible et à son inconscient, dans un langage qu'il lui faut apprendre à écouter et décrypter. Un inconscient qui se manifeste à travers les mythes, les récits fondateurs, les rêves, et certains évènements particuliers qu'il appelle synchronicités : deux évènements distincts et synchrones, qui sont reliés ensemble non par un lien de causalité, mais par le sens, générant ainsi une coïncidence signifiante.

Ce que Schillinger appelle les curieux hasards ! Ces synchronicités agissent ainsi comme une sorte de miroir entre notre état psychique interne et l'univers objectif extérieur, qui entreraient alors en résonance l'un avec l'autre.


C'est vertigineux. Mais tellement jouissif également ! Et ça se rapproche tellement de l'authentique quête originelle de l'être humain que cela vaut bien la peine de lâcher la volonté de tout contrôler par notre mental, et d'accepter de s'abandonner à une autre forme d'intelligence, intuitive et connectée au vivant qui parle en nous, tout le temps : cette fameuse petite voix intérieure.


*****



Intellectual property & credits
© Cover Image https://media.gettyimages.com/id/93109101/photo/swiss-psychiatrist-carl-gustav-jung-the-founder-of-analytical-psychology-1960.jpg?s=612x612&w=gi&k=20&c=pFiZOM6lohiXy3k2CVCip5NebeJn3gAAIhhfpwH1KBM=
© Author's name / pen name Charlie
Sources, citations, co-authors BAUDOUIN C., L’Œuvre de Jung, ed. Payot, 1963. CAZENAVE M., Jung, l'expérience intérieure, ed. du Rocher, 1997 JUNG C.G. Dialectique du moi et de l'inconscient, ed. Gallimard, 1986 LENOIR F. Jung, un voyage vers Soi, ed. Albin Michel, 2021 SCHILLINGER S. Par un curieux hasard tome I à VI, autoédition, 2019-2025
Creative Commons license
cc_by_nc_nd
Attribution required, no modifications,
non-commercial use only
CC BY-NC-ND
The Kitty clause
Charlie verified
IA ? c'est quoi IA ?
Ici, c'est que de l'IP : de l'Intelligence Personnelle.

Humaniste convaincu, quelles que soient les potentialités de l'IA, je crois qu'il est important de ne pas se laisser déposséder de ce que nous avons de plus précieux : notre conscience du monde, de nous mêmes, et notre capacité à penser par nous mêmes.

Tout ce que j'écris défends donc ce combat : explorer les potentialités de notre propre conscience.
Alors respectez- vous, respectez moi ! tout ce qui est écrit ici doit, en cas de reprise, respecter les droits d'auteur et me citer comme tel.

Après...n'hésitez pas à partager !
Car ce qu'il y a de bien avec l'intelligence humaine, c'est que plus elle est partagée, plus elle aide à se faire grandir mutuellement !

Comentario (0)

Tienes que iniciar sesión para comentar Iniciar sesión
Seguir descubriendo el universo Personal Development

donate Puedes apoyar a tus escritores favoritos

promo

Download the Panodyssey mobile app