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À la recherche de la liberté

À la recherche de la liberté

Publicado el 18, mar, 2026 Actualizado 18, mar, 2026 Horror
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À la recherche de la liberté

Les lignes qui suivent explorent des thèmes sombres et des situations susceptibles de troubler. Cette histoire s’adresse à des lecteurs avertis, capables d’accueillir ces ombres avec recul et discernement.

La maison était plongée dans une obscurité grisâtre : « Un autre délestage, pesta Mika, assis devant l’écran, éteint, de son vieil ordinateur. C’est le troisième de l’après-midi ! On ne peut même plus profiter tranquillement de nos samedis. » Dehors, la pluie battait son plein et n’était pas prête de s’arrêter avant deux bonnes heures. Les salves massacrantes de gouttes d’eau faisaient l’effet de billes solides lancées à cent kilomètres à l’heure sur la toiture, en tôle, de la vieille bâtisse. Chaque impact donnait l’impression qu’un trou allait se creuser dans l’acier.

Mika était couché sur son lit. Depuis une heure, il écoutait attentivement la mélodie linéaire que faisait chaque goutte. Il prêtait attention à chaque son, et plus précisément à la moindre dissonance amenant cette douce musique à détonner. Elle l’emportait peu à peu vers un autre monde : celui des songes. Si l’on tendait l’oreille, le tempo de cette mélodie pluvieuse était dicté par les bourrasques régulières, et son rythme était d’une familiarité particulière. En y accordant plus d’attention, on distinguait le bruit des vagues s’écrasant contre les récifs d’une île perdue au milieu de l’Océan Indien. Il suffit de peu pour que Mika se dissociât de sa réalité. L’air humide de la maison d’Ampitatafika fut remplacé par celui, salé, de l’océan, les ombres cédèrent la place à un pont éclairé, les nuages laissèrent les rayons du soleil tanner sa peau. Il était presque en mesure de goûter le poisson fraichement pêché, grillé, à la saveur amère et cendrée. Il fut transporté dans un lieu, loin de chez lui, loin de son quotidien de lycéen. Un lieu, à une époque où rien n’avait plus aucune importance. Son songe l’avait emmené à la fin du XVIIᵉ siècle, sur un navire dont le pavillon ne portait aucune ambiguïté : il était sur un navire pirate.

L’équipage du capitaine Thomas Tew naviguait vers l’une de ses bases stratégiques, au large des côtes malgaches, non loin de l’île Sainte-Marie, dans la Baie d’Antongila. Nous étions en 1694, six mois auparavant, l’Amity et ses soixante-dix âmes – au départ de la Pirate Round – avaient capturé le plus gros butin de leur carrière : le Fateh Mohammed et ses trois cent mille livres de pièces d’or, d’argent, de bijoux, de pierres précieuses et d’étoffes. Des soixante-dix vaillants, trente-sept avaient laissé la vie dans la Mer Rouge. Le capitaine se retrouvait donc à manœuvrer deux vaisseaux avec moins de la moitié de son effectif initial. Dans leurs prises, ils avaient également des prisonniers, qu’ils pourraient facilement vendre à leur escale, mais qu’il fallait maintenir en vie jusqu’à leur amarrage à Madagascar. La traversée avait été périlleuse et chaque jour avait son lot d’épreuves. Au bout du cent quatre-vingt-septième jour, depuis la hune, on entendit la vigie crier : « Terre en vue !! ». Ces mots réveillèrent les matelots, qui se ruèrent vers le pont supérieur pour admirer les côtes malgaches. Bien que les terres ne fussent pas encore visible à l’œil nu, l’espoir revint parmi les hommes sur le pont. Le butin avait été compté et départagé entre les survivants, il ne restait plus qu’à le dépenser une fois dans la cité. La revente des prisonniers servirait, elle, à financer la réparation des deux vaisseaux, l’achat de vivres et autres consommables, et à recruter de nouveaux membres, en vue du trajet vers Newport. Si les ventes venaient à être fructueuses, l’équipage pourrait même s’offrir de nouveaux canons.

Mika était un membre de l’équipage de l’Amity. Il faisait partie des survivants, et malgré ses blessures – dont une qui l’obligeait à boîter – Mika participait à l’effort commun pour maintenir les deux bâtiments à flot. Son statut de quartier-maître lui conférait des responsabilités vis-à-vis de l’équipage et des navires : il devait montrer l’exemple et motiver les troupes. Son poste devenait d’autant plus important car ils avaient perdu leur bosco et leur maître de navigation dans la bataille. La vue des côtes de l’ancienne île Saint-Laurent lui présentait de nouvelles opportunités : maintenant que le capitaine avait deux puissants navires, ce dernier pourrait nommer Mika à la tête du Fateh Mohammed. A cela se rajoutait le fait qu’il devenait incontournable au sein de l’armada du capitaine Tew.


Le temps était clair, la visibilité au maximum, et avec un vent de travers, il ne leur fallut pas plus de trois heures pour dépasser Sainte-Marie. A l’intérieur de la Baie d’Antongila, aucun navire en vue, les eaux étaient calmes, et la forteresse se nichait dans les rochers, à l’abri des regards. Les deux navires traversèrent la baie, en direction d’un récif situé à l’est. Ils se trouvèrent ensuite face à l’entrée d’une grotte creusée dans la roche ; à l’intérieur, le bleu de l’océan se mélangeait à l’obscurité et diffusait une faible lueur dans la caverne. Au bout de cette dernière, on apercevait de nombreux navires amarrés : le capitaine Tew et son équipage entraient dans Libertalia, la République des pirates.

Libertalia nourrissait les mythes et légendes des mers, et nombreux sont les marins qui se sont perdus au fin fond des océans, à sa recherche. La vérité est qu’elle ne peut être trouvée que par ceux qui étaient invités à y lâcher l’ancre. La cité, empreinte de mystères, était une forteresse impénétrable, et était en mesure de tenir des sièges sur plusieurs années. Située dans une zone qui deviendra – en moins de trois décennies – le futur royaume unifié des Betsimisaraka, elle trônait au cœur de la côte est de la Grande Île, plongée dans l’un des océans les plus fréquentés par la piraterie. Libertalia était en avance sur son temps : des pirates et scélérats formant une république, à une époque où les royautés se disputaient les terres et les conquêtes. Les citoyens venaient de nations distinctes, et ils côtoyaient, sans problème les différents peuples aux alentours. Ces côtes, et cette baie, Rastimilaho – l’unificateur des peuples Betsimisaraka et fondateur de ce royaume – en fit plus tard une ouverture stratégique entre sa couronne et le reste du monde.

Après l’évaluation des dégâts matériels suivie d’une concertation entre le capitaine et ses officiers, ils prirent la décision de rester à quai pendant un mois. Ce délai permettrait les réparations, le ravitaillement et le recrutement de nouveaux moussaillons.

Au second jour de l’escale, après une bonne nuit de repos, Mika, accompagné de William – le maître charpentier – et de Edward – le chef de l’artillerie –, retourna sur les deux navires afin d’identifier les travaux à effectuer et d’en lister le matériel nécessaire. Lorsqu’il franchit le pas de la porte de ses quartiers, il fut sorti de son rêve.


Photo par Lara Jameson: https://www.pexels.com/fr-fr/photo/carte-destination-geographie-loupe-8828322/

_

«

— Debout là dedans ! On va manger ! S’exclama sa sœur en allumant la lumière de la chambre.

— Déjà ?! J’ai dormi longtemps. Depuis combien de temps le courant est-il revenu ?

— Il y a une bonne heure déjà ! L’écran de ton PC et la lumière de ta chambre étaient allumés. Comme tu dormais, je me suis permise de les éteindre.

— Je me suis assoupi toute l’après-midi … . Cela dit, il était sympa ce rêve, se murmura-t-il le sourire aux lèvres.

»

Le reste de la soirée, Mika rumina sur son voyage à l’autre bout de l’île, à une époque qu’il ne connaissait pas. « Cela ne pouvait pas être un rêve, se disait-il, c’était bien trop réel. Je ne peux pas avoir inventé ça ! Les seuls films que j’ai vus sur le sujet ce sont les Pirates des Caraïbes, et ça ne se passe pas dans l’Océan Indien. »

Par curiosité, et profitant du retour de l’électricité, il saisit le nom du capitaine dans le moteur de recherche. Sa stupeur fut grande face aux résultats : le capitaine Thomas Tew avait existé, l’attaque du navire moghol s’était produite et – élément encore plus invraisemblable – le mythe de Libertalia n’était pas uniquement le fruit de son imagination. Plongé dans les écrits sur la vie du personnage fascinant, il fut déconcerté par l’exactitude de son songe.

Les heures passèrent et la fatigue le prenait. Mika décida de poursuivre ses recherches le lendemain.

Une fois les lumières éteintes, il n’eut aucun souvenir de s’être glissé dans ses draps.

Dans l’obscurité la plus totale, il se mit à flotter dans une sorte de vide, un monde intermédiaire entre le réel et l’onirique. Les symphonies de la forteresse résonnèrent, le décor prenait progressivement forme et une forte odeur de poisson imprégna l’atmosphère : Mika se retrouva au cœur du marché, sous un soleil à son zénith en ce onzième jour d’escale.

_

Libertalia ne ressemblait à aucun autre port d’escale pirate. La cité ne comportait que deux voies d’accès : par le port, caché dans les récifs, et par la jungle. Elle était entourée de villages de pêcheurs dont les peuplades commerçaient avec les pirates. Le Conseil de Libertalia leur promettait troc et protection contre leur silence sur l’existence de la cité. Les pères fondateurs : Henry Every, James Misson, Adam Baldridge, Thomas Tew, et Angelo Caraccioli firent de ce lieu un havre avec ses propres lois, sa constitution, son Conseil, ses rites, son système économique et son code du commerce. Pour y être accepté, un membre du conseil devait vous inviter, et votre adhésion devait être votée à l’unanimité par le Conseil de Libertalia, dont les dates des sessions étaient tenues secrètes.

Construite à l’image des grandes villes portuaires, on pourrait presque ne pas la considérer comme un fief de pirates, de scélérats et autres brigands. Les lois et règles en vigueur – dont chaque citoyen en était le garant – établissaient un ordre où les parias de cette société du XVIIᵉ siècle vivaient en harmonie, où les intérêts individuels servaient celui du bien commun. Des pirates du monde entier convergeaient vers cette capitale d’un empire caché. Dans ses entrailles, les conversations se faisaient en anglais, portugais, malais, espagnol, français, malgache, chinois, swahilie, néerlandais, arabe omanais et yéménite, persan, gujarati … : un carrefour des cultures qui n’avait rien à envier aux autres villes. A l’image des idiomes, une innombrable variété de produits était vendue dans l’unique marché de la forteresse : des vivres, des poissons frais portés par les villages voisins, des armes, et – comme dans toute grande ville – des esclaves. Dans cette république, la liberté n’appartenait qu’aux vainqueurs et aux pirates. Voilà les limites de l’utopie, du mythe : la liberté se gagnait par le feu des canons, par les lames affûtées des sabres et par les cales remplies de rhum.

Mika préparait le recrutement des futurs matelots de la flotte du capitaine Tew. Il leur manquait bien une centaine de paires de bras, mais le commandant de l’Amity et, désormais, du Fateh Mohammed, insista pour n’en recruter qu’une quarantaine, prétextant qu’il était envisageable de les manœuvrer avec le minimum. Malgré l’expression de son désaccord, en tant qu’officier modèle, Mika n’argua pas et exécuta les ordres de son supérieur. Il fit transmettre le message de recrutement aux tavernes de la cité, s’assura de donner le moins d’information possible, notamment sur leur prise récente. Il fut néanmoins persuadé que leur succès dans la Mer Rouge avait déjà fait le tour du port.

« Ce rêve est incroyable, se dit-il. Je suis en train de recruter un équipage de pirates ! »

Son soliloque fut interrompu par Maître Edward, qui approchait :

«

— Quartier-Maître ! Je me suis assuré que les taverniers transmettent l’information en échange de quelques écus. Le capitaine a-t-il donné le nombre exact des recrues ? Il est de coutume de prévenir la taverne hôte, pour qu’elle ne manque pas de boisson.

— Le capitaine m’a donné son accord pour une quarantaine d’hommes.

— Si peu ?! Nous pourrions naviguer jusqu’à Newport, mais ce nombre me parait bien léger pour deux bâtiments et six mois en mer. Les eaux de l’Atlantique ne sont pas calmes pour les pirates ! Je vais demander à nous faire livrer des boulets de canon supplémentaires.

— Faites donc, Maître artilleur !

— Le capitaine sera-t-il des nôtres pour juger les recrues ?

— Non. Il doit rencontrer Baldridge et Every pour la négociation des ventes d’esclaves.

»

Le marché des prisonniers de guerre de Libertalia avait une particularité : la République pouvant fonctionner sans la main d’œuvre esclave, le Conseil – par le biais des capitaines Baldridge, Every et Tew – s’était employé à créer de nouvelles routes commerciales afin de les écouler ailleurs. Every et Tew fondèrent, pérennisèrent et sécurisèrent la Pirate Round – une route reliant les ports de l’Atlantique à ceux de l’Océan Indien, en passant par le cap de Bonne-Espérance. Baldridge, quant à lui, était en mesure de vendre ces prisonniers de guerre en tant qu’esclaves auprès d’acquéreurs de choix. Son passé de corsaire, pour le compte de la couronne d’Angleterre, lui donnait accès à certaines filières – telles que la production agricole, les travaux domestiques et artisanaux urbains, la construction d’infrastructures –, principalement situées dans les colonies anglaises d’Amérique. Ces routes commerciales, bien que moins importantes que la traite transatlantique, lui faisaient concurrence. Certains groupes de pirates allaient jusqu’à attaquer des navires négriers – situés dans cette zone – afin d’influer sur l’offre.

Les rénovations des deux navires suivaient leur cours et au bout du vingt-et-unième jour, les travaux arrivaient à leur terme, trente-six nouvelles recrues avaient intégré les rangs de l’équipage, et il leur restait une dizaine de jours pour finaliser les dernières commissions. A ce titre, Mika fut convoqué par le capitaine, dans ses quartiers, le soir du vingt-deuxième jour.

«

— Comment se passent les travaux, Quartier-Maître ? Lèverons-nous l’ancre dans dix jours, comme cela avait été prévu ?

— Oui, Capitaine. Il ne nous restera que les finitions sur les deux bâtiments. Les écus perçus lors de la vente des esclaves auprès du capitaine Baldridge ont permis de couvrir la totalité des travaux et de renouveler l’ensemble de l’arsenal. Il ne nous les avait jamais achetés à un prix aussi élevé ; vos négociations ont porté leurs fruits.

»

Thomas Tew, assis dans son fauteuil, sourit à cette dernière phrase. De sa main gauche, il caressait lentement son menton – couvert d’une barbe d’un brun châtain –, et tenait sa coupe remplie de vin rouge de l’autre. Son mètre quatre-vingt, sa carrure mince – voire squelettique –, son air condescendant, et son expression réfléchie, en faisaient un personnage unique, extravagant, frôlant le fantasque.

«

— Vous vous êtes distingué ces derniers temps, Quartier-Maître. Les hommes, à l’unanimité, vous tiennent en haute estime et louent vos prouesses dans la gestion de l’équipage et des aléas quotidiens.

— Je ne fais que mon travail, Capitaine, répondit Mika en n’étant pas peu fier.

— Ne soyez pas modeste, Quartier-Maître. A en croire vos mots, vous n’êtes pas un pirate mais un bourgeois, dit-il avec un air faussement décontracté. La raison de ma convocation de ce jour vise également à vous annoncer une promotion, Quartier-Maître. Je vous mets, désormais, aux commandes du Fateh Mohammed. Considérez cela comme une récompense de votre loyauté envers l’équipage et envers moi-même. Avez-vous recruté le nombre de matelots que je vous avais demandé ?

— Je vous remercie de cette promotion, Capitaine. Nous avons recruté trente-six matelots. Permettez-moi de revenir sur ce sujet. J’ai bien peur que nous ne tiendrons pas durant la traversée de l’Atlantique avec si peu d’hommes, Capitaine. D’après mes calculs, il nous faudrait cent cinquante moussaillons pour tenir les deux bâtiments et ainsi optimiser le voyage. Aujourd’hui, nous en sommes à la moitié. Bien qu’il soit possible de manœuvrer les deux navires avec cet effectif, une attaque de la marine, une attaque pirate, ou encore la prolifération de maladies, mèneraient à notre perte.

— J’entends vos objections, Quartier-Maître. Afin de prévenir les attaques, nous naviguerons dans des eaux peu fréquentées. Nous en avons les cartes. Préparez des pavillons anglais, français, espagnols, et portugais. Dans le cas d’une rencontre fortuite avec une marine, nous en hisserons un au hasard. Pour le reste, prenez soin que les vivres nous tiennent pour neuf mois, assurez-vous que le médecin ne manque ni d’équipement ni de consommables, et veillez à ce que les hommes soient en excellente santé jusqu’au départ.

»

Bien que les solutions du capitaine ne le convainquirent pas, Mika acquiesça.

«

— Une dernière chose, Quartier-Maître : j’ai prévu de m’entretenir avec les capitaines Baldridge et Every, à de multiples reprises dans les prochains jours. Veillez à ce que l’on ne vienne pas m’importuner jusqu’au départ. Je compte également sur vous pour gérer les affaires courantes sur cette période.

»

A ces mots, il se retira des quartiers du capitaine.

Les jours suivants, Mika repensa à leur conversation ainsi qu’aux entretiens que Thomas Tew allait mener avec ses pairs. « Cela ne peut pas être dans le cadre du Conseil des Pirates, pensa-t-il. Il manquerait les cinq autres capitaines. Ils doivent sûrement préparer un gros coup. »

Thomas Tew était, en effet, un personnage mystérieux, discret, méfiant, mais le Quartier-Maître ne l’avait jamais vu aller à l’encontre de l’option la plus raisonnable, surtout sans aucune contrainte apparente.

Le jour du départ arriva. Tout était prêt. Les soixante-dix âmes quittèrent Libertalia pour Newport, Rhode Island.

Ils levèrent l’ancre, sans le Fateh Mohammed – qui vint compléter la flotte du capitaine Henry Every –, et sans Mika – qui fut enfermé dans les cachots d’un des navires de Baldridge. Il avait été trahi. La paranoïa de Thomas Tew eut raison de lui : un homme admiré et estimé par son équipage ne pouvait qu’être une menace pour le maître incontesté de l’Amity.

Mika fut pendu le lendemain pour haute trahison et tentative de mutinerie à l’encontre d’un membre fondateur de la République des Pirates. Une poignée de secondes avant que la trappe ne s’ouvre, avant de sentir son cou se briser sous la gravité et la pression de la corde ; pendant qu’on lui lisait sa sentence, il entendit une information qui aurait pu changer le cours des événements. Mais dans ses derniers instants – et parce que la réalité du songe l’avait emportée sur lui – ces trois syllabes ne signifiaient rien.

_

Les jours suivants, Mika se réveilla dans les cachots de Libertalia. Sa vie s’était arrêtée, mais son existence perdura. Il hantait désormais le cœur de la forteresse. Cette trahison fit de lui un spectre, une ombre enchaînée à la cité. Un seul problème subsistait : cette vie n’était pas la sienne, ce n’était pas son identité, et ce n’était pas son fantôme.

Il observa la cité et son peuple ; pendant des mois, il observa leur quotidien. Des années plus tard, il contempla sa chute. Avec elle, il tomba dans l’oubli, car Libertalia, de par sa nature, resta un mythe, une utopie.

Dans son monde, Mika ne se réveilla jamais. Personne ne put expliquer ce qui lui était arrivé. Son fantôme, bien plus tard, découvrit la vérité : il revécut l’existence de quelqu’un d’autre. Quelqu’un qui, mort dans une injustice, resta prisonnier de ce monde.

Il nous est impossible d’expliquer la totalité du phénomène, mais on raconte qu’il ne se produit qu’une fois tous les cent ans. Le seul moyen d’en réchapper était de connaître l’identité du spectre et de crier son nom.

Mika avait entendu ces trois syllabes une seule fois ; il découvrit l’identité de ce pirate – dont l’esprit fut torturé pendant des siècles – au moment de son exécution.

Le temps passa, effaçant peu à peu histoires, légendes, mythes et mémoires.

Après plusieurs siècles, Mika sut ce qu’il fallait faire, mais non quel nom appeler.

Si un jour vous vous promenez dans la Baie d’Antongila ou sur l’île de Sainte-Marie, à la recherche d’une république perdue, et que vous croisez les esprits d’une époque révolue, pensez à leur demander leurs noms. Et si vous retrouvez Libertalia… dans ses cachots se cache un prisonnier à qui vous pourriez rendre la liberté en prononçant ces trois syllabes : John Ireland.


FIN


TMNA/R


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