Un petit café et puis s'en va.
Contexte :
Le jeu créatif du lundi #Panodyssey et #PanodysseySpark visant à créer un texte autour de la phrase proposée par Gabriel Dax : « Il a éteint la lumière du salon et, dans la pénombre soudaine, le bruit de la cuillère tournant dans la tasse est devenu le seul battement de cœur de la maison. »
Un petit café et puis s'en va.
Tout était soudain devenu très calme. Plus un bruit, terminée la luminosité agressive, il restait le son de la cuillère tournant dans la tasse.
Il ne se souvenait plus vraiment depuis quand il n’avait pas ressenti une telle plénitude.
Une lointaine réminiscence. Un choc, une douleur infernale et puis le néant.
Ensuite, les idées s’étaient remises en place, enfin, pas tout à fait.
Il ne comprenait pas ce qu’il faisait là, ce qu’il attendait en fait. Il avait envisagé de se lever, de prendre ses affaires, de quitter cette pièce de la maison qu’il ne reconnaissait pas réellement, quitter cette maison, ou, était-ce un appartement ? Il ne savait pas, il ne savait plus. Il se sentait bien, chez lui, enfin, il le pensait… Il n'en était pas certain !
Des bribes.
Il se souvenait furtivement avoir entendu sa mère pleurer. Mais pourquoi ? Tout allait bien, cool, à l'aise, il avait son petit café.
Le bruit de la cuillère, encore.
Bizarre, il veut regarder sa tasse, mais, finalement, il se voit de dos, rien d’autre. Pas de table, pas de chaise, pas de tasse !
Il avait capté des voix, comme dans du coton ou plutôt, quand tu es la tête sous l’eau et que tu perçois des sons étouffés, noyés par le liquide.
Ah oui, la piscine. Il adorait nager, en revanche il détestait boire la tasse. Comme la dernière fois !
Le bruit de la tasse, de la cuillère dans la tasse : bim, bim, bim…
Il remarque que, étonnamment, il ne perçoit pas l’effluve du café, pourtant, il sait que la tasse est devant lui. Il entend la cuillère qui tourne, qui tourne.
Par contre, mmmm. L’odeur de cette crème à l’aloe vera que sa maman lui appliquait lorsqu'il était malade, alité, quand il était enfant. Ce moment possédait toujours la faculté de l’apaiser, de le calmer. Pourquoi cette odeur et pas celle de son petit noir ?
La cuillère. Cela faisait combien de temps qu’elle tournait et tournait dans son café ? Il devait être froid maintenant. Et, où était cette tasse ? Il baissa la tête et la chercha du regard. Il se vit à nouveau de dos, nu, comme s'il était planté au centre d'une scène de théâtre, éclairé par un projo de suivi.
La situation commençait à le rendre nerveux. Tout ça était illogique, comme un cauchemar. Un cauchemar tellement intense qu’il en paraît réel.
Je dois me réveiller !
Immédiatement.
— Papa ! Je t’aime fort.
La voix de Max, mon gamin.
— Mais moi aussi, je t’aime, mon chéri !
Il n’avait pas capté le son de sa propre voix, il avait prononcé les mots qui n’avaient résonné que dans son crâne.
Pourtant, il entendait cette cuillère qui tournait et tournait encore.
Lassitude.
Il était épuisé, toutes ces étrangetés le fatiguaient. Il y pensait trop. Trop de choses à digérer, trop de stimuli. Il n’en pouvait plus. Il allait se reposer et il se préparerait un nouveau café bien chaud plus tard.
Plaisir. Se sentir embrassé par l’appel de la nuit, du sommeil, de la douceur du soir, des bras de sa femme.
Sa femme ?
Oui, il la ressentait, il ne la voyait pas. Il était pourtant conscient de sa présence et elle le réconfortait. Il devait le lui dire…
Dire quoi encore ? Il l'ignorait…
Il n'en avait plus la force, plus tard, il lui dirait plus tard.
Il s’endormait, et toujours cette cuillère qui tournait et tournait, de plus en plus lentement, toujours plus loin dans son esprit.
— La mort de monsieur Billaud Jacques est officiellement survenue à 10 h 44 minutes.
La voix du médecin tonna dans le silence de la chambre. Il débrancha le respirateur et le monitoring cardiaque. Ils cessèrent d'émettre ces bims assourdissants de régularité artificielle qui confirmaient jusque-là que le patient restait en vie. Il se retourna vers la famille, vers Julie qui serrait Max dans ses bras, vers cette maman éplorée, un tube de crème à l'aloe vera à la main et qui venait de perdre son fils.
— Vous avez fait le bon choix, l’activité cérébrale était au point mort, il ne ressentait plus rien. Il ne serait jamais revenu parmi vous. Vous avez fait le bon choix

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Ceci étant posé, pas touche aux textes, aux idées, aux images, tout cela ne t'appartient pas, le droit d'auteur est une réalité dont tu dois tenir compte.
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Une demande vaut une réponse et il y a toujours moyen de trouver un terrain d'entente.
Viens, je ne mords pas ;-)
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Comentario (3)
Pascaln hace 34 minutos
Un texte que je qualifie de redoutablement efficace, tant la scène, les images et cette cuillère qui n'en finit pas de tourner dans le café restent à tourner dans la tête, après le point final... Merci Harold pour ce moment.
E C Wallas hace 1 hora
Plus on réalise au fur et à mesure, plus la fin est douloureuse.
À s’en poser des questions, c’est sûr…
Harold Cath hace 38 minutos
Nous voudrions tous savoir, nous imaginons tous quelque chose (ou pas) qui pourrait plus ou moins nous convenir et pourtant personne ne sait. Connaîtrons-nous un jour la réalité des choses ? Un sujet qui promet encore de nombreuses nouvelles, de nombreuses interprétations.
Jackie H hace 1 hora
Voilà un texte qui pose une question éthique vitale... 😲
Ça me rappelle l'histoire de cet homme qui a vécu vingt-sept ans (su j'ai bonne mémoire) dans le coma et qui n'a dû son réveil, et sa survie, qu'au fait que son médecin – le Dr Lauryns – restait envers et contre tout qu'il était vivant et qu'il pourrait s'en sortir un jour 😲
Harold Cath hace 40 minutos
Certains "retours" sont parfois très tardifs, le grand mystère de ce qui se passe de l'autre côté du miroir et qui induit toutes les questions qui en découlent. Un sujet clivant.