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Les cris de la mémoire

Les cris de la mémoire

Publicado el 17, mar, 2026 Actualizado 18, mar, 2026 Drama
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Consigne #PanodysseySpark de la semaine :

"Quelqu'un a oublié d'éteindre les cris dans le sous-sol"

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Elle a pourtant réussi dans la vie, Nathalie.

Brillante avocate, reconnue au barreau. Elle excelle dans les affaires humanitaires et environnementales. Elle a fini par les faire, et par les réussir, ses études de droit. Elle gagne très bien sa vie, l'argent n'est pas un problème. Il ne le serait pas même si elle était seule. Elle a un gentil mari, Éric. Médecin, lui. Très occupé, très compétent. Très à l'écoute de ses patients. Deux enfants, un garçon et une fille. Tous les deux bons à l'école. Un modèle pour la société. L'entourage les admire.

Elle s'est construit une vie.

Elle enquiquine sa famille.

Si elle a réussi, ce n'est pas grâce à eux. Ils l'ont tous prise pour une bonne à rien. Des bons à rien eux-mêmes, tiens. Ils n'ont rien compris. Évidemment, un handicap "invisible", le mot le dit, ça ne se voit pas. Ça ne se voit pas, donc pour certains, ça n'existe pas. C'était ça le raisonnement de sa mère : "Qu'on arrête donc de trouver aux gens autant d'excuses et de maladies imaginaires. La société d'aujourd'hui est incroyablement naïve. On arrive vraiment à lui faire avaler n'importe quoi. Elle croit tout ce qu'on lui raconte. Il suffit que n'importe qui débarque en inventant quelque chose de nouveau. N'importe quoi, pourvu que ce soit nouveau. Alors que la réalité, elle est connue depuis toujours, depuis la nuit des temps. La réalité, c'est que les gens sont soit bêtes, soit paresseux. Souvent les deux. Et aussi de mauvaise foi. Personne n'aime faire ce qu'il doit. Ils n'ont pas besoin de traitements, les gens, et ils ont encore moins besoin de belles paroles qui les caressent dans le sens du poil. Ils ont surtout besoin de grands coups de pieds au derrière. Ils ont besoin d'adultes, de vrais, qui leur résistent, qui les surveillent, qui les sanctionnent. Qui savent leur dire un tout petit mot : "non". Un tout petit mot magique dont ils sont les tout premiers à abuser quand on leur dit trop souvent "oui". Dire "non", ce n'est pas le droit de n'importe qui. C'est réservé à ceux qui doivent guider. Les gens, il ne faut pas les écouter. Il faut les forcer. Ils savent bien en accomplir, des choses extraordinaires, quand ils y sont obligés. Quand ils savent dire "oui" à leur vie et faire ce qu'il faut. Quand il leur faut bien remuer leur derrière."

Nathalie hait sa mère.

Nathalie a dit "non".

Nathalie a serré les poings. Elle les a envoyés se faire voir. Tous. Elle le leur a prouvé, qu'elle n'était pas une bonne à rien. Elle a fait sa vie comme elle l'a voulu. Comme elle l'a choisi. Elle a toujours été bonne à quelque chose et elle l'a toujours su. Il fallait juste un médecin pour lui prescrire de la Ritaline. Pour que son cerveau se calme un peu, ralentisse son carrousel, lui permette de penser, de se concentrer, de s'arrêter. Un miracle ? Non. Juste de la science – et un peu d'écoute.

Elle s'est toujours juré qu'elle ne ferait jamais subir la même chose à ses enfants.

Mais ce n'est pas toujours facile.

Charles, l'aîné, il est bien gentil. Il est comme Éric. Il écoute tout le monde. Mais il est trop bonne poire. Il se laisse trop faire. Il ne sait pas dire "non". Comme son père, autrefois.

Et sa sœur, Alice, n'en parlons pas. Une pleurnicheuse invétérée. Nathalie en a marre, elle n'en peut plus de l'entendre se plaindre à longueur de soirées parce que ses condisciples se moquent d'elle à cause de son physique pas assez dans les normes. Bon Dieu, ce ne sont que des gosses de son âge, tous des bandes de petits cons et de petites connes tous les uns dans les autres et éduqués n'importe comment - ou même pas éduqués du tout. Juste des gosses, qu'elle devrait ignorer. Ce n'est pas sa famille ! Bon sang mais que ferait-elle, cette lavette, si elle avait en face d'elle sa propre famille ?...

"Tu ne m'écoutes jamais." C'est ce qu'Alice lui répond toujours – juste avant de se réfugier en pleurs dans les bras d'Éric pour se faire consoler. Ah, elle en a de la chance, Alice. Nathalie aurait bien voulu, à son âge, pouvoir se réfugier dans les bras de son père. Son père qui, lui, ne disait jamais rien et se réfugiait devant la télé pour ne pas écouter sa mère quand elle le houspillait – lui comme tous les autres. Son père qui n'exigeait qu'une seule chose : qu'on lui foute la paix.

"Mais enfin, endurcis-toi un peu. Tu n'es vraiment qu'une chiffe molle. Non mais qu'est-ce que tu crois que c'est, la vie ? Un monde de Bisounours où tout le monde il est bon, tout le monde il est gentil ? Eh bien non, figure-toi, ce n'est pas ça, la vie. La vraie vie, c'est une jungle, c'est une arène. Il faut serrer les poings, il faut savoir se battre pour se faire respecter et obtenir ce qu'on veut. C'est comme ça que ça fonctionne."

Quand elle tient ce genre de discours, c'est Éric qui lui dit de se calmer. Ah, elle est bien tombée, avec Éric. Le bon et brave médecin toujours à l'écoute de ses patients. Et de ses enfants. À l'écoute de tout le monde – sauf d'elle, apparemment.

Alors, ces soirs-là, comme ce soir, elle se précipite sur ses calmants.

La Ritaline, pour arriver à penser. Les calmants, pour ne pas exploser et pour supporter sa vie. C'est ça son existence.

Elle s'était promis, pourtant...

Bon – elle s'en sort quand même mieux que ses frères, Cyrille avec sa bouteille pour l'abrutir, Emmanuel avec ses joints pour le faire planer. Au moins elle, Nathalie, est arrivée à faire quelque chose de sa vie. Un rez-de-chaussée où l'on n'est pas gêné de faire entrer quelqu'un. Un étage en plus, que tout le monde admire.

Mais chez elle comme chez ses frères, il vaut mieux ne pas descendre dans la cave.

Et ce soir, en saisissant son flacon de calmants de sa main qui tremble, un éclair traverse son esprit.

Au fond, ses frères comme elle, chacun à leur manière, ils cherchent tous les trois exactement la même chose.

Le remède miracle qui arrivera à faire taire les cris de la mémoire.


Crédit image : © Freelion Wu | Dreamstime.com


© Jackie H, 2026

Tous droits réservés selon toutes législations et conventions nationales et internationales en vigueur, qu'il s'agisse d'individus humains, d'organisations ou d'intelligences artificielles

Texte entièrement rédigé par un être humain

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