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Le Bâtiment Robot

Le Bâtiment Robot

Publicado el 30, ene, 2026 Actualizado 30, ene, 2026 Drama
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Ce matin d’hiver semblait maussade. L’air était amer et aigre, le ciel grisâtre et triste. L’arrière-goût désagréable du souffle hivernal et l’absence de luminosité intensifiaient cette atmosphère de morosité. L’impression ambiante d’acrimonie lui toucha le cœur.

Emportée par les larmes acerbes qui roulaient sur ses joues, elle se rappelait un passé douloureux. Les pleurs ruisselaient en silence sur son visage meurtri. Elle passa devant eux. Dans les vapeurs matinales distillées par la ville, ils surgirent, dans un gris opalescent, dissipant le sentiment d’amertume. Elle les regarda et elle se souvint…

Il y a quelques mois, quelques années, elle n’avait plus la notion de temporalité. Elle se souvenait de ce matin de printemps lumineux. Le soleil brillait dans un ciel limpide comme les yeux de son fils, seuls quelques nuages fugaces au loin semblaient assombrir le tableau. Elle regardait amoureusement son petit garçon de six ans assis en face d’elle dans le RER. Il regardait l’horizon avec la curiosité bienveillante des enfants insouciants. Elle le laissait dans sa bulle magique d’innocence et gardait pour elle la réalité préoccupante du monde adulte.

Il était captivé par le défilement du paysage urbain. Son excitation enfantine s’accentua à l’approche de la gare parisienne, ses jambes s’agitèrent et il colla son visage et ses mains contre la vitre du train en s’écriant : « Maman, regarde c’est mon copain, le Bâtiment Robot. Regarde comme il est beau et comme il brille au soleil. Il penche sa tête sur le côté. J’aime bien prendre le train, car je suis content quand je le vois. Il me fait même un sourire ».

Elle fixa son regard dans la direction indiquée par son fils. La silhouette grise d’un immeuble imposant se détachait du ciel myosotis printanier. Ses reflets argentés répondaient aux éclats dorés du soleil dans un mouvement de légèreté chatoyante. L’oscillation de ce miroitement s’intensifiait avec l’inclinaison du bâtiment. Le géant scintillant se penchait avec une tête polyèdre en équilibre sur un corps en forme de parallélépipède, une énigme géométrique nimbée de mystère. Sur l’une des façades, l’opacité bistre des vitrages lui rappela soudain l’ombre qui planait sur cette journée de printemps. Elle chassa rapidement cette sombre pensée et se concentra sur le colosse. Elle trouva que l’image de robot donné par son fils était amusante. Elle le considérait plutôt comme un mastodonte de verre et de lumière. Habituée à ce trajet, elle se rendit compte qu’elle regardait sans voir la perspective urbaine. Elle n’avait jamais repéré l’ami de son petit garçon.

Son fils continuait à scander son admiration. Ses yeux souriaient autant que ses lèvres. Ses mots d’enfant comblaient le vide des conversations des voyageurs. Ces derniers se perdaient dans leur monde individuel avant d’affronter la foule oppressante sortant des transports en commun. La voix claire du petit garçon enivré par la vision du Bâtiment Robot leur offrait un peu de candeur avant une longue et dure journée de labeur.

Il parla à sa mère en riant : « Maman, il me sourit, il rigole aussi… ».

Elle scruta fixement ce Goliath moderne et aperçut sur la face qui les contemplait, une forme ronde jaune qui souriait. Son fils répondait en dessinant avec allégresse un sourire sur son visage de chérubin blond. Son entrain rieur emplissait le wagon d’une bouffée rafraichissante dans la monotonie ambiante d’un matin de travail. Le petit garçon saluait le titan de verre mécaniquement comme un automate. A l’approche de la Gare de Lyon, le tunnel lugubre, tel un oracle, fit disparaître dans l’obscurité le héros réjouissant de son fils.

L’enfant cria : « Maman, je lui fais coucou comme un robot avec ma main. A tout à l’heure, mon copain, je te verrai après l’hôpital ».

Le fantôme de l’inquiétude commençait à envahir son esprit. Son fils devait passer des examens complémentaires à l’hôpital Gustave Roussy. Elle essayait de rester sereine malgré le spectre de l’angoisse qui planait au-dessus de son être. Repensant à l’engouement de son fils pour ce géant lumineux, elle dissipa d’un geste le nuage de pensées noirâtres tournant autour de sa tête. La joie de vivre de ce petit enfant estompait les nuées de la crainte et de la frayeur. Inspirant une bouffée de bravoure, elle partit affronter leur destin en serrant courageusement la petite main.

Le retour fut difficile. Harassé par son corps à corps avec le monde médical, son petit garçon avait perdu toute son euphorie matinale. Assis dans la rame, il examinait méthodiquement ses chaussures. Elle s’inquiétait de son visage égaré et éteint. Le train se mit en mouvement, l’enfant suivit l’impulsion et redressa la tête. A la sortie de la voie souterraine morne, un brouillard sombre les encerclait. La lumière du jour commençait à décliner, usant ses derniers rayons sur les néons aveuglants de la ville. Soudain, la forme surprenante du Bâtiment Robot se profila dans le clair-obscur ambiant. Le regard de l’enfant se ralluma, faisant apparaître de nouveau la flamme de l’excitation. Le profil du mastodonte écrasait les ombres néfastes de la fin de journée. Son fils s’animait, se balançait et commençait même à cligner des yeux.

Il s’écria : « Maman, regarde, mon copain m’a fait un clin d’œil, regarde, il s’allume sur le côté…Coucou mon copain ».

Elle scruta avec attention l’immeuble et vit en effet des signaux lumineux clignoter sur le sommet. Les balises de repérage accrochaient la vision des avions pour éviter les obstacles urbains. L’effet de cillement contrastait avec l’immobilité du titan. Seul le train avançait dans la pénombre, entrainant dans son sillage la disparition de l’enchantement de son fils qui voyait s’évanouir l’image du Bâtiment Robot dans la nuit.

L’horizon azur de ce matin d’été annonçait une belle journée. Elle roulait à vive allure avec son fils vers la capitale. Suivant le rythme effréné de l’équipage commun, il s’animait avec effervescence. Son petit corps ne tenait plus en place. Elle lui avait promis d’aller admirer son ami de plus près avant de retourner à l’hôpital pour une ultime consultation. Regardant son enfant, elle lui dit gaiement :

« — j’ai recherché des informations sur ton copain. En fait, ils sont deux. Il y a Duo 1 et Duo 2. Ton copain robot s’appelle Duo 1 et son ami Duo 2. C’est un célèbre architecte qui les a conçus. Il s’appelle Jean Nouvel.

Je n’avais jamais vu le copain de mon copain. J’avais tellement les yeux sur le grand que je n’ai jamais vu le petit, répondit-il, intéressé. Regarde Maman, on les voit bientôt. Regarde, comme le grand robot est penché sur son ami. On dirait qu’il le protège comme toi tu me protèges. Tu es le grand Bâtiment Robot et moi je suis le petit bâtiment. Maman, regarde comme ils sont beaux. Ils brillent au soleil tous les deux. Maman, je suis trop heureux de les voir en vrai. »

Baignés par la clarté estivale, les deux gratte-ciels renvoyaient la lueur du soleil. Les éclats lumineux du rire de son fils les accompagnaient dans leur pétillement. Sa joie explosait comme un feu d’étincelles. L’entrevue avec les géants se méritait. Après un long périple en chemin de fer et en métro dans la pénombre et les chandelles artificielles, l’exploration à pied dans la lumière solaire ravit le petit garçon. Son impatience grandissait à mesure qu’approchait l’audience rue Bruneseau avec les deux seigneurs. Ils arrivaient enfin au cœur de l’exaltation du petit prince.

Les étoiles plein les yeux, il levait sa petite tête vers le ciel pour les apercevoir. Le Bâtiment Robot et son ami se révélaient gigantesques. Il fallait se tordre l’esprit pour espérer voir leur stature se dessiner dans le ciel. Le petit homme, subjugué par tant de grandeur, réalisait des bonds d’une belle hauteur par rapport à la taille de son jeune âge, mais tellement minuscules par rapport à la taille impressionnante des gratte-ciels. Il bouillonnait comme un volcan en criant à l’adresse des deux géants : « Coucou mes copains, c’est dur de vous regarder de tout en bas. Là je suis si petit et vous êtes si grands que je ne vous vois pas. Je vous vois mieux dans le train. ».

Elle grava cet instant virevoltant d’enthousiasme dans sa mémoire. Quel plus grand bonheur était-il sur terre pour une mère que de voir son enfant si heureux ! Cet enfant, qu’elle avait patiemment désiré et attendu pendant plus de dix ans, navigant entre vagues d’espoir et déferlement de déception. Il était arrivé et elle avait dû le soutenir seule sans appui paternel, l’homme préférant le rôle de géniteur à celui de père.

A cet instant, le petit homme était joyeux et rayonnant, la magie d’un petit bonhomme qui transforme une chose simple en histoire fantastique, un immeuble en ami extraordinaire.

Emporté par son élan d’émotions, le petit garçon s’écria : « moi aussi, je veux être architecte, moi aussi, je veux construire des bâtiments pour faire sourire les gens, comme le Bâtiment Robot me fait rire ».

Quelques nuages arrivèrent et perturbèrent le ciel immaculé. Les deux immeubles restaient de marbre. Le temps n’avait aucune emprise sur eux. Il transformait juste le reflet miroitant de leurs écailles argentées. Cependant, l’heure tournait comme une horloge. C’est avec regret que l’enfant et sa mère laissèrent derrière eux ce moment suspendu de leur vie. Ils se dirigeaient vers un autre lieu qui n’annonçait rien de réjouissant.

Le retour fut une épreuve douloureuse. Le magnifique beau temps avait viré à l’orage. Désormais seule, une tempête intérieure la dévastait. Envahie par un profond désespoir, elle pleurait aussi fort que les averses qui cognaient sur la vitre du train. Elle avait dû abandonner son fils à l’hôpital. Les blouses blanches lui avaient enlevé son petit garçon et sa raison de vivre. Il était gravement malade. Ses pensées arrivaient par saccade comme ses sanglots. Une maladie incurable, avaient précisé les médecins. Les spasmes de larmes inondaient ses joues de torrents. Le traitement devait commencer immédiatement pour donner à l’enfant quelques mois de répit pour vivre. Le vacarme du tonnerre résonnait comme une douleur dans sa tête. La violence des éclairs lui transperçait le cœur. Son corps était transi par l’angoisse et le froid ambiants. Le ciel lui renvoyait l’écho de sa détresse.

A travers le déchainement des intempéries et de ses émotions, elle aperçut un clignotement familier, une esquisse rassurante qui contrait imperturbable le tourbillon des éléments. Ils se dressaient, comme des statues antiques, dans une nuance de gris ombrageux, calmes et sereins, au milieu du déluge et du fracas ambiants. Ces deux Hercule résistaient, dédaignant la fureur de Jupiter, lui renvoyant le flamboiement des flammes orageuses. En regardant le Bâtiment Robot et son ami, elle pensa à son petit garçon. Elle devait faire face à la tornade des éléments et de sa vie. Elle se battrait et montrerait son courage. Elle devait être à la hauteur de la bravoure de son fils face à l’adversité médicale.

A l’aube d’un terne matin d’automne, elle rentrait avec son fils. Le ciel semblait aussi blême que le visage fatigué de son fils. Les nuages gris souffraient autant que le chétif petit garçon. L’air glacial vicié par le mal tournoyant autour de l’enfant emplissait la rame d’une profonde mélancolie. Résignée, elle ramenait son fils pour qu’il vive ses derniers mois dans son environnement familier. Certains traitements avaient gagné des batailles, mais la maladie avait gagné la guerre. Le corps médical avait capitulé. Le cancer remportait la victoire. Les derniers instants de vie s’évanouiraient dans la mort. Le combat avait été vain et inégal. Le petit guerrier méritait son repos avant son sommeil éternel.

Le petit garçon voulait revenir par le train pour saluer ses deux amis géants immobiles. Elle n’avait pas eu le courage de le lui refuser. Le cœur serré, elle le regardait, se tenant difficilement droit, le visage exténué par la souffrance. A son image, le train semblait se trainer comme une douleur lancinante. Il peinait à avancer, cadençant son allure pour éviter le malaise. Péniblement, l’enfant et le train atteignirent la pâleur matinale.

Dans un voile translucide, l’apparence argentée des deux immeubles se dessina à l’horizon. La lueur vaporeuse de la voute céleste se reflétait dans leurs écailles de verre. Le regard fantomatique de l’enfant répondait à cette faible lumière spectrale. Le scintillement des signaux sur les deux colosses alluma dans ses yeux l’étincelle de l’enchantement. Les éclats de l’allégresse dissipèrent la brume opaque du tourment. La langueur matinale se distillait dans le halo chatoyant des deux titans. Le petit garçon s’éveilla lentement à la vie. Son petit corps fatigué se ranima. Sa petite voix cristalline emplit le wagon d’une source de joie. Les paroles jaillirent de sa bouche comme d’une fontaine : « Maman regarde, quand le train avance, le Bâtiment Robot tourne la tête. Regarde comme il l’incline de tous les côtés. Il la penche pour protéger son copain. C’est le plus grand alors il fait attention à lui. C’est comme toi, tu es plus grande alors tu prends soin de moi. »

Elle observait avec application les deux immeubles. Le prisme qui coiffait le plus haut se déformait avec le déplacement du train, transmettant l’impression que l’immobile géant pouvait se mouvoir et agiter sa tête. Une force tranquille se dégageait de l’ensemble. Les deux édifices laissaient planer un sentiment de sécurité. Bercé par cette impression de plénitude, son fils semblait méditer. Assis en tailleur sur le siège passager, il contemplait avec sérénité ses deux amis. Son regard était habité par une sagesse que sa mère ne lui connaissait pas. La tranquillité que le petit corps dégageait, intriguait sa mère. Que pouvait-il se passer dans ce petit être ?

Elle ne savait pas comment son fils vivait la maladie. Elle le voyait supporter sa douleur en silence. Il exprimait rarement sa souffrance. Se doutait-il que sa fin était proche ? Comment évoquer avec lui la perte de la vie ? Avait-il entendu des mots sur les derniers moments de l’existence à travers les bruits obscurs de l’hôpital ?

Le petit enfant se retourna vers sa mère : « Maman, je sais que je suis très malade comme Papy était très malade, je l’ai entendu à l’hôpital. Je t’ai vu pleurer beaucoup de fois. Tu m’avais dit qu’un jour, Papy partirait au-delà du ciel et qu’il ne serait plus malade. Je vais rejoindre Papy et je ne serai plus malade. Tu te souviens, tu m’avais dit que Papy me regardait d’en haut et qu’il était devenu une étoile qui me protégeait. Moi aussi, je vais devenir une étoile et je te protégerai comme le Bâtiment Robot protège son copain. Regarde le Bâtiment Robot et son copain, ils brillent comme une étoile. Quand tu verras les étoiles ou quand tu passeras devant mes deux copains, tu penseras à moi. Un jour, tu viendras me rejoindre. Je t’attendrai. Mon copain Robot et son copain veilleront aussi sur toi. »

Des larmes brillaient sur ses joues. Elle le prit dans ses bras et le serra très fort. Dans le firmament, les deux amis envoyaient des lueurs d’espoir, éclairant l’amour de ces deux êtres dans une digne pudeur.

Il mourut et devint une étoile à la fin de l’automne. Il n’y a pas de pire douleur pour une mère aimante que de perdre son enfant !

Ce matin d’hiver semblait maussade. L’air était amer et aigre, le ciel grisâtre et triste. L’arrière-goût désagréable du souffle hivernal et l’absence de luminosité intensifiaient cette atmosphère de morosité. L’impression ambiante d’acrimonie lui toucha le cœur.

Emportée par les larmes acerbes qui roulaient sur ses joues, elle se rappelait un passé douloureux. Les pleurs ruisselaient en silence sur son visage meurtri. Elle passa devant eux. Dans les vapeurs matinales distillées par la ville, ils surgirent, dans un gris opalescent, dissipant le sentiment d’amertume. Elle les regarda et ils lui envoyèrent un éclat d’étoile. Elle leur répondit par un clin d’œil complice. Alors, elle se souvint de son petit garçon et leur sourit.


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