Soyons Balancelle elle-même
Mais laissons-nous donc aller sur les rivages féconds et révélateurs de l’intuition. Regardons l’image comme si nous en étions l’une des composantes, peut-être la trame du papier ou bien la pellicule glacée qui reflète l’infini spectacle du monde. A moins que nous ne devenions, comme par magie, l’une des entités habitant la scène, la rendant lisible aux yeux des découvreurs, des explorateurs de significations, cette outre pleine des sucs de l’intelligence, débordant du soleil du nectar, portant au-dehors les flux qui l’animent, l’image, et nous la destinent à la manière d’un don subtil. Soyons Balancelle elle-même en ses stations ontologiques successives. Balancelle n’est pas seulement cette belle et délicate apparition qui focalise le regard et le retient au centre de la composition. Ce serait trop simple. Toute visée d’une chose du monde est complexité, réseau infini, entrelacement, conflagration d’allées et venues, de temporalités qui en tissent la toile signifiante. Nous disons : Balancelle est Elle d’abord - comment pourrait-il en être autrement ? -, mais elle est aussi tout ce qui vient à son encontre, l’automobile dans le fond, les bougies sur l’avant-scène. Certes cette assertion est étrange qui dit l’être-humain sous l’apparence du véhicule, sous celle d’un objet fût-il commis à illuminer, donc à ouvrir une voie dans le maquis des ombres qui dissimulent et soustraient à notre libre arbitre un contenu dont nous pourrions faire notre miel, le désigner comme possible ambroisie pour notre intellect, breuvage pour la dimension poétique dont nous assurons le recel dans notre intime, pareil à l’eau avant sa résurgence sous le ciel. Etrange donc, étonnant tout comme la philosophie qui nous enjoint, toujours, de poser la question de l’être et d’en demeurer les gardiens tout le temps dont notre conscience sera habitée des dispositions à forer la peau compacte du réel.
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