C’est si troublant d’être hanté
Que veut donc signifier cette mince ritournelle fichée dans l’espace des rêves ? Et qui ne veut point partir. Qui fore son trou à l’aune de son mince grésillement. Qui vrombit comme l’essaim d’abeilles et l’on est au centre de la ruche avec l’éblouissement du pollen. Et l’on n’est plus soi que dans le doute et l’approximation.
Cette image de vous qui faisait notre siège, détourait nos jours, cernait nos nuits de lumière, d’où venait-elle donc ? N’était-elle qu’une illusion venue frapper la rétine de notre imaginaire ? Ou bien une hallucination comme sous l’effet de quelque narcotique ? Ou bien encore une photographie aperçue dans une vitrine, une effigie colorée sur la cimaise d’une affiche ? C’est si troublant d’être hanté, habité de l’intérieur par une manière d’Ondine se dissolvant à mesure qu’elle apparaît. Comment ne pas être troublé alors qu’aucun nom, aucune identité ne peuvent être épinglés à l’angle de cette vision ? Quelle autre issue que de fouiller ses souvenirs, d’ouvrir le coffre à jouets de son enfance, de plonger les mains dans les fantasmes adolescents, de s’immerger dans les rêveries de l’âge adulte, ces perditions de soi dans la brume des jours ? C’était une telle douleur que de chercher à connaître et de ne rien savoir. Les doigts se tendent, se courbent parfois sous l’espèce des serres des rapaces, griffent l’air et ne ramènent que des volutes de rien, des fragments aussi vides que le néant. Si éprouvant !
Libre de vous dans le jour qui vient.
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