Une première source d'inspiration : un appel à une résistance
Sur un autre réseau que je ne veux pas nommer tant certains ici y sont allergiques, je suis les vidéos d'un observateur de la société contemporaine qui s'appelle Marc-Olivier Caffier.
Dans la vie active, il était expert-comptable et commissaire aux comptes. Dans le cadre de cette activité, il accompagnait les organisations en matière de durabilité, de responsabilité sociétale, d'empreinte carbone et de cybersécurité. Il a même exercé des fonctions judiciaires au Tribunal des Prud'hommes, au Tribunal du Commerce et au sein de chambres sociales du Tribunal Judiciaire. Dans toutes ses fonctions, il a toujours revendiqué un engagement humaniste qui n'oublie pas que derrière chaque dossier, il y a aussi une vie.
Aujourd'hui, Marc-Olivier Caffier est retraité, même s'il exerce toujours en tant que commissaire aux comptes. Mais en parallèle, il est aussi écrivain : poète dans son adolescence, aujourd'hui romancier (Au Bout de l'errance (2025), À la lisière (2026) – tous deux aux Éditions Les Trois Colonnes) et essayiste (Réapprendre à désirer lentement : sortir de la surconsommation, disponible sur Amazon) (à toutes fins utiles, je ne suis affiliée à aucun de ces sites). Toute sa vie, il a été habité par le désir d'écrire. Dans les ouvrages qu'il a publiés, il aborde les thèmes des origines, des liens familiaux, des fractures sociales et des renaissances, et il propose une autre façon de vivre, basée sur le lien et le partage et résistant au consumérisme ambiant.
Dans ses vidéos, il offre un regard lucide, critique mais bienveillant, sur les travers et dérives de notre société et sur la façon dont chacun peut y résister en tant qu'individu et en tant que citoyen. S'il n'hésite pas à les dénoncer, et c'est le thème de chacune de ses vidéos, il n'oublie jamais de rappeler que s'il est facile de dériver – parce que ça ne se produit jamais, ou alors très rarement, d'un seul coup à la façon d'une catastrophe, mais que c'est un processus graduel et progressif qui prend place de petites actions, ou de petites inactions, en petites négligences – il n'est en réalité pas plus difficile de corriger la dérive, du moins tant qu'il en est encore temps, parce que la correction est elle aussi affaire de petites actions, de petites attentions et de micro-choix du quotidien, et parce que contrairement à ce dont nous avons si souvent l'impression, chaque petite action compte, quel que soit le sens dans lequel elle se produit – dans le sens de la dérive comme dans celui de la correction.
Et c'est par des réflexions inspirées par l'une de ces vidéos que je poursuis le travail entamé dans cette Creative Room.
La vidéo que je vous propose d'examiner ensemble est justement consacrée aux algorithmes, à la façon dont ils orientent nos existences et aux dangers qu'ils contiennent.
Dans cette vidéo, il ne se borne pas à rejeter la faute sur les algorithmes ou sur la technologie, qu'il estime neutre en soi même s'il reste très lucide quant à ses effets : discrètement, subtilement, sans avoir l'air d'y toucher, il nous rappelle que la véritable solution est en nous et commence par un acte de résistance intérieure : refuser de se laisser réduire à un consommateur, une donnée ou un profil.
Vous pouvez la lire ici (si une pop-up s'affiche, cliquez juste sur la croix et la vidéo démarrera).
Je vous en livrerai de toute façon des extraits écrits au fur et à mesure des réflexions qu'elle m'a inspirées, mais en attendant, pour ceux qui préfèrent lire le texte plutôt que de regarder la vidéo (comme moi – oui, il y en a encore 🙂), voici sa transcription :
Il fut un temps où les tyrans avaient un visage. Ils parlaient fort, levaient des armées, érigeaient des statues à leur propre gloire.
Aujourd'hui, ils pourraient n'être qu'une ligne de code, une plateforme, un réseau invisible reliant des milliards de consciences.
Le pouvoir a changé de matière.
Il ne se contente plus de gouverner les corps, il aspire désormais à cartographier les esprits.
Le technofascisme ne surgit pas nécessairement dans le fracas des bottes. Il s'avance souvent sur la pointe des pieds, vêtu des habits rassurants de l'innovation. Il promet l'efficacité, la sécurité, la personnalisation, l'optimisation de chaque instant.
Peu à peu, la liberté cesse d'être un droit pour devenir une variable d'ajustement.
La technologie, pourtant, n'est jamais coupable en elle-même. Comme le feu, elle éclaire autant qu'elle consume.
Ce qui devient inquiétant, c'est l'alliance entre une puissance technique sans précédent et une concentration extrême des richesses, des données et des moyens d'influence.
Quelques entreprises parfois plus puissantes que des États connaissent nos désirs avant même que nous les formulions. Elles façonnent les informations qui nous atteignent, orientent nos achats, nos rencontres, parfois même nos opinions.
La domination ne passe plus par l'interdiction. Elle passe par la suggestion permanente.
"Hannah Arendt rappelait que les régimes totalitaires cherchent moins à imposer une vérité qu'à rendre impossible toute distinction entre le vrai et le faux.
Les algorithmes, lorsqu'ils privilégient l'émotion à la raison, le sensationnel à la nuance, participent parfois malgré eux à cette dissolution du réel.
Une société où chacun habite un univers informationnel différent devient une société où le dialogue s'effrite.
Le véritable danger n'est peut-être pas qu'une intelligence artificielle décide à notre place. Il réside dans notre consentement silencieux à lui abandonner le long travail du jugement.
Penser exige du temps. Les plateformes récompensent l'instant.
Douter réclame de l'humilité. Les réseaux valorisent les certitudes éclatantes.
Ainsi s'installe une servitude volontaire dont La Boétie avait déjà pressenti le mécanisme : nous finissons par aimer les chaînes lorsqu'elles brillent de la lumière du progrès.
Pourtant, rien n'est irréversible : chaque regard critique, chaque conversation sincère, chaque livre ouvert oppose une résistance discrète à cette mécanique de l'uniformité.
La liberté ne disparaît jamais d'un seul coup : elle s'efface par petits renoncements. Elle renaît de la même manière : dans la décision intime de demeurer un être humain avant d'être un utilisateur, un citoyen avant d'être une donnée, une conscience avant d'être un profil.
Je vous remercie.
© Marc-Olivier Caffier, 12/07/2026
Crédit image : © Aleksandr Khlivnyuk | Dreamstime.com
© Jackie H, 2026
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