le Principe de l’Épanchement
Voyez-vous, vous en êtes bien informée,
la Folie n’est jamais que ce
visage de Janus à double face,
d’un côté le Songe, Moi si vous préférez,
de l’autre, Vous, le Réel en sa bleue carnation.
Pouvez-vous cependant demeurer sur votre face,
être le Réel et vous y cantonner ?
Puis-je, cependant demeurer sur ma face,
être le Songe et y camper pour l’éternité ?
Certes ma formulation doit vous paraître bien étrange
et ces deux faces que j’invoque, si abstraites
que nul reflet ne parvient à votre conscience,
qu’une manière de lumière éteinte, glauque,
pareille à celle qui nappe de bleu-vert
le fond mystérieux des aquariums.
Oui, je sais, vous vous croyez
hors d’atteinte de mon Songe
qui est aussi ma Folie.
Oui, je sais, je me crois
hors d’atteinte du Réel
qui est votre certitude,
la pierre angulaire sur laquelle
vous vous êtes construite.
Vous vous croyez si éloignée du régime Onirique,
je veux dire celui qui se lève de l’herbe des nuits
et lance ses lianes invasives
sur cette pierre, cet arbre, ce ciel,
mais aussi, mais surtout,
tresse autour de votre corps
les barreaux de fer de votre geôle.
Mais je vais vous aider à comprendre
en quoi les choses ne sont nullement isolées,
en quoi la vie est un système de vases communicants,
de vases fonctionnant selon le Principe de l’Épanchement.
J’ai pris soin d’écrire le beau mot d’Épanchement
avec une majuscule à l’initiale.
Oui, car il est l’opérateur de toute relation,
c’est lui dont le flux relie le Songe, ma Folie,
et le Réel votre Raison.
Toutefois, voyez-vous, il n’y a
nulle rupture entre les choses,
nulle césure qui intimerait à l’Homme
de se situer Ici, bien plutôt que Là.
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