Congratulazioni! Il tuo sostegno è stato inviato con successo all'autore
avatar
À contre-courant...
Fiction
Science fiction
calendar Pubblicato 23 set 2026
calendar Aggiornato 23 set 2026
time 26 min
Creative Transparency Label
All audiences
Image / Human image
Text / Human creation

À contre-courant...

À contre-courant...



Comme chaque matin, depuis bien longtemps déjà, il gara sa Ford Capri III V6 rouge sur la place réservée du parking de la faculté.


Gabriel avait soixante-sept ans, il était encore capable de se tromper.

Mais pour rien au monde, il n’aurait cédé à la dictature à peine déguisée des voitures toutes électriques. Il laissa encore tourner le moteur jusqu’au bout de cette chanson du vieux groupe de rock français Téléphone, « Un autre monde ».

Comme une forme de résistance douce qui l’habitait profondément depuis ses années lycée.

Il avait longtemps cru qu’il suffisait de démontrer une chose pour qu’on accepte de la regarder en face.


Il était maintenant temps de se replonger dans ce monde qui se voulait réel. Il coupa le moteur, il ouvrit en grand la portière pour s’extirper de son siège baquet qui ne manquait pas de lui rappeler que tout ça n’était peut-être plus vraiment de son âge. Mais Gabriel, lui, voyait les choses sous un angle bien différent. Il referma la portière avec une délicatesse infinie, surtout sans la claquer.


Comme à son habitude, dans le hall de la faculté, il salua l’hôtesse d’accueil d’un chaleureux et souriant :

— Bonjour, Suzie, tout va bien ce matin ?

— Bonjour, Monsieur, oui, merci.


Gabriel remarqua, sans trop savoir comment l’interpréter, une intonation presque gênée et plutôt inhabituelle dans la voix de celle-ci. Peut-être avait-elle mal dormi simplement, pensa-t-il. Puis, il s’engouffra dans l’ascenseur pour atteindre son bureau, au septième étage du bâtiment.


« Je rêvais d’une autre Terre

Qui resterait un mystère

Une Terre moins terre à terre

Oui je voulais tout foutre en l’air »


Les paroles du morceau écouté en arrivant tournaient encore en boucle dans sa tête. Ce qui le faisait sourire, il adorait ressentir cette forme de légèreté joyeuse.

En sortant de l’ascenseur, il vit de suite, au bout du couloir devant son bureau, deux hommes qui l’attendaient.

L’un tenait une enveloppe, l’autre un carton. Lorsque Gabriel arriva à leur hauteur, le premier lui tendit l’enveloppe. En quarante années de recherches, on lui avait remis plusieurs distinctions, mais pas de cette façon. De toute évidence, il s’agissait de tout autre chose, Gabriel le pressentait depuis un moment. Sans savoir ni quand ni comment, on l’inviterait simplement à emporter ses affaires. L’homme lâcha poliment, mais sans le regarder franchement :


— Une décision du conseil, professeur. Vous comprendrez…


Il comprenait très bien, du moins sans être plus étonné que cela. Il gardait en mémoire ses derniers échanges avec « les tout-puissants » comme il les désignait secrètement.


Sur la porte de son bureau, la plaque de laiton, gravée en lettres noires, était encore présente. Sous son nom, on lisait : « Doyen de la faculté de recherche sur l’évolution des intelligences artificielles. » Il entra, marqua un temps d’arrêt en jetant un regard panoramique dans la pièce, comme s’il la découvrait. Puis, il prit les livres qui étaient largement annotés de ses propres remarques, une photographie de groupe et la plante qui ne manquerait certainement à personne après son départ. Il la confia à l’homme qui tenait le carton, en échange de ce dernier.


— Attention, le fond du pot est fendu.


L’homme le prit à deux mains, avec une précaution presque cérémoniale. Gabriel finit de remplir son carton avec un tas de petites choses qui n’avaient d’importance que pour lui.



Quelques semaines auparavant, devant les représentants du consortium « Successful Project », qui finançait les recherches et trois ministres qui donnaient une certaine légitimité existentielle, publique, à ce projet, Gabriel avait prononcé une phrase qui avait suffi à refroidir d’un coup l’enthousiasme malin et financièrement intéressé de tout ce beau monde :


— À force de lui demander toujours davantage, votre réseau de plus en plus dépendant des IA de gestion tentaculaire pourrait finir par arrêter la rotation de la Terre. Mais, nous serions en danger bien avant.


L’homme qui siégeait à l’extrémité de la grande table ovale avait frappé aussi bruyamment que lentement, trois fois dans ses mains avant de rire. Les autres autour l’avaient suivi en ayant pris soin de vérifier en le regardant, qu’ils y étaient autorisés.



Depuis quinze ans, les centrales de prélèvement rotatif avaient changé la vie des hommes.

Du moins c’est ce que vantaient toutes les campagnes et affiches publicitaires, largement diffusées dans tous les médias.


Leur invention permettait de puiser une infime partie de l’énergie issue de la rotation terrestre. Aucune variation notable de celle-ci n’était relevée, les centrales transformaient et produisaient de quoi éclairer les métropoles et chauffer la majorité des logements et autres bâtiments publics et sociaux, tels les écoles et les hôpitaux, entre autres. Les premiers prélèvements étaient si imperceptibles que leurs effets passaient pour négligeables.


Les premières unités avaient si bien tenu leurs promesses, qu’on en avait construit d’autres, puis d’autres encore.

D’après les slogans martelés, l’énergie devait devenir presque gratuite, au-delà d’un faible coût d’abonnement. Pourtant, les factures tardaient à baisser réellement, la faute à des frais de gestion et de développement toujours plus conséquents, disait-on dans les rapports officiels.

Nul n’aurait su dire si les larges dividendes discrètement reversés aux principaux actionnaires du consortium faisaient partie intégrante de ces frais.


Gabriel avait participé aux recherches initiales. Il se souvenait de la première série de LED ainsi alimentées avec succès, au milieu du laboratoire de recherche et des membres de son équipe qui s’étaient joyeusement embrassés dessous.

Il avait vraiment cru qu’il venait d’offrir quelque chose de bien au monde. Aujourd’hui ce souvenir avait un goût amer.


Pour répartir la production, les centrales étaient reliées entre elles. Des modèles d’intelligences artificielles spécialement développées ajustaient leurs prélèvements, anticipaient les besoins et coordonnaient leurs actions. Grâce à elles, chaque nouvelle unité construite gagnait en productivité et surtout en rapidité. Ces modèles qui ne cessaient d’être améliorés géraient de façon autonome de plus en plus de décisions.

Les dirigeants du consortium, en costumes trois-pièces, parlaient de progrès. Ceux à la tête des gouvernements des pays parlaient de souveraineté nationale. Tous voulaient leurs propres centrales, avec une belle photographie devant le ruban inaugural. Il fallait produire plus, plus vite, et mieux que le pays voisin et à moindre coût, évidemment.


Cependant un point coûteux dérangeait et irritait ces messieurs, en termes de gains : les protocoles de sécurité qui coûtaient du temps et du rendement.

On avait commencé par en assouplir quelques-uns. Puis, on avait autorisé les IA à déplacer elles-mêmes certaines limites, en fonction de la demande et des courbes boursières.

Chaque centrale disposait d’un plafond de prélèvement. Mais on en construisait toujours davantage, sans limiter ce qu’elles pouvaient prélever toutes ensemble.


C’était précisément là que Gabriel commençait à voir le danger se dessiner.


Lorsqu’une installation produisait moins, les IA demandaient aux autres de compenser. Trop de centrales pouvaient ainsi être poussées au maximum au même moment. Chacune respectait ses propres règles, mais leur action cumulée risquait de freiner dangereusement la Terre, voire d’arrêter sa rotation.

Ces ajustements se faisaient presque instantanément, en quelques fractions de seconde, les hommes auraient à peine le temps de constater le problème.


Pour accompagner les prélèvements, un champ de protection était prévu. Il agissait conjointement sur le sol, les océans et l’atmosphère. Mais cette protection avait elle aussi ses limites.

Si le freinage la dépassait, les masses d’eau et d’air conserveraient une vitesse que le sol n’aurait plus. Les océans traverseraient les côtes et des vents d’une violence inimaginable balaieraient les terres.


Gabriel avait encore et encore recommencé ses calculs.

Il avait consulté ses collègues et confronté ses résultats à d’autres modèles.

Le risque d’arrêter la rotation de la Terre ressortait toujours.

Il avait alors recommandé et même demandé l’arrêt de construction de centrales supplémentaires. L’établissement d’un plafond global des prélèvements et la mise en place d’un contrôle totalement indépendant.


L’arrêt… Le mot avait fait scandale en hauts lieux.


— Vous décrivez une situation extrême, professeur. On ne vous demande pas un remake de « Titanic à la James Cameron », vous savez ?


— Je ne fais que décrire celle dont nous nous rapprochons inéluctablement à ce rythme-là.


— Mais nos systèmes sont absolument fiables et à l’abri de toute erreur humaine, puisque ce sont les IA qui gèrent l’ensemble.


— L’ensemble de chaque installation, certes. Mais rien ne limite les prélèvements de toutes les installations ensemble !


On lui avait répondu qu’il sous-estimait les dernières avancées. Qu’il fallait enfin qu’il vive avec son temps ! Qu’un arrêt du développement profiterait à ceux qui n’auraient pas ses scrupules !

Son rapport avait été classé sans suite et à la verticale. Et lui, quelques semaines plus tard, avec sa plante à la main et son carton sous le bras.



Gabriel poursuivit ses recherches chez lui, dans une pièce donnant sur un jardin trop petit pour intéresser les promoteurs. Sa plante avait trouvé une nouvelle place près de la fenêtre, dans un joli pot tout neuf.

Parfois, on l’invitait encore à quelques débats, entre une publicité et la météo. On lui demandait de résumer en trente secondes ce qu’il avait mis plusieurs années à comprendre. Face à lui, des « costumes trois-pièces » parfaitement coiffés répondaient que tout était sous contrôle. Puis on cessa de l’inviter.


Son ancienne assistante-principale, Élise, continua de venir le voir le jeudi. Elle avait été désignée pour remplacer Gabriel à la tête du développement. Elle apportait parfois une bouteille de whisky « Connemara Peated Original » lorsque les nouvelles n’étaient pas rassurantes, genre, lorsque de nouveaux sites ouvraient et que les objectifs augmentaient encore.


— Ils ont encore relevé les seuils, lui dit-elle ce soir-là.


Gabriel ferma les yeux, puis poussa vers elle le dossier auquel il travaillait.


— Alors, il faut que ceci soit prêt.


Il avait cessé d’attendre qu’on le rappelle, préférant travailler en silence sur une procédure de secours.


Il savait que couper brutalement les centrales ferait aussi disparaître la protection qui permettait au sol, à l’eau et à l’air de ralentir ensemble. Cela risquait de provoquer la catastrophe qu’on cherchait à éviter.

Gabriel préparait donc un système de secours capable de prendre les commandes de toutes les installations et de maintenir cette protection.


Les centrales restant liées au mouvement de la Terre, elles ne pouvaient en être détachées sans danger tant que la Terre tournait. Il fallait donc accompagner son ralentissement jusqu’à l’arrêt, puis déconnecter les installations avant de lui rendre sa rotation.


— Combien de temps ? demanda Élise.


— Vingt-quatre heures à l’arrêt. Pour tout le réseau, vu le nombre d’installations qu’ils ont mises en service.


Il lui montra l’ordre des opérations à respecter impérativement. L’énergie retirée pendant le freinage serait conservée dans les réservoirs du réseau. Une partie maintiendrait le champ protecteur, et le reste, complété par les réserves déjà accumulées, permettrait de restituer le mouvement de rotation initial.


Élise parcourut les résultats des simulations.

— Tu crois que nous en aurons besoin ?


Gabriel regarda dehors. Le fils de la voisine tentait d’apprendre à faire du vélo à sa petite sœur.


— J’aimerais avoir travaillé pour rien.



L’appel arriva un mardi, avant six heures :


— Gabriel, regarde les relevés que je viens de t’envoyer.


Élise n’avait même pas pris le temps de lui dire bonjour.

La veille, une nouvelle série de centrales avait été raccordée au réseau.

Durant la nuit, les intelligences artificielles avaient réorganisé les prélèvements pour atteindre les rendements promis aux nouveaux investisseurs.


Les corrections s’étaient multipliées. La production montait sans que personne ne semble s’inquiéter de ce qui se jouait réellement.

— Nous avons réussi à revenir manuellement aux anciens réglages, expliqua Élise. Mais les IA régulatrices annulent nos corrections. On ne parvient plus à les stabiliser.


Gabriel ouvrit les données des observatoires. La rotation terrestre ralentissait.

Il ne ressentit aucune satisfaction à reconnaître les courbes qu’il avait tracées des mois auparavant.


— Et les protections ?


— Elles approchent de leur limite.


— Faites autoriser le passage au dispositif de secours tout de suite.


Cette fois, les responsables n’avaient pas les moyens de rire et ils durent se résigner à faire revenir Gabriel.

Il prit la route pour le centre de contrôle. Sur le chemin à bord de sa Ford Capri, comme un signe de l’univers moqueur : Michel Polnareff chantait « On ira tous au paradis ».

Le directeur du consortium l’attendait auprès d’Élise. Malgré le même costume trois-pièces toujours impeccable et son air dédaigneux et hautain, il avait l’air d’avoir vieilli depuis leur dernière rencontre.


— Votre procédure peut fonctionner ?


— Elle a été validée par vos équipes. Il faut maintenant lui donner la priorité sur toutes les commandes de production.


— Et les conséquences de l’arrêt ?


Gabriel les expliqua en détail, avec les risques, les précautions, les vingt-quatre heures nécessaires. Il ne promit pas une opération sans difficulté, mais il insista sur ce que les relevés annonçaient s’ils laissaient l’emballement se poursuivre.

L’autorisation fut donnée, Élise prit place à côté de Gabriel comme on s’accroche à la dernière rambarde avant la chute finale.


Le dispositif de secours prit progressivement la main. Le freinage fut réparti, accompagné, contenu dans ce que le champ de protection pouvait supporter.

Cela parut durer une éternité.

Dans les villes, les gens avaient commencé par regarder leur téléphone. Puis leur montre. Ils avaient fini par lever la tête, le Soleil avançait moins vite dans le ciel. Puis presque plus.

Au centre de contrôle, les instruments confirmèrent l’arrêt de la rotation de la Terre.

Les premières annonces avaient parlé d’une anomalie de mesure, puis d’un incident temporaire. Mais il avait fallu trouver d’autres mots.


Sur les écrans, les cartes montraient les régions retenues dans le jour et celles enfermées dans la nuit. On diffusait les consignes des secours, les dispositions prises pour les transports, l’heure prévue du redémarrage, comme pour mieux meubler ce temps suspendu.

Les téléphones passaient d’une main à l’autre. On appelait ses parents, ses enfants, des gens auxquels on n’avait pas parlé depuis longtemps.


Gabriel intervint quelques minutes à la télévision, depuis le centre de contrôle. Élise avait insisté : les gens devaient comprendre pourquoi on avait arrêté la planète pour les protéger.

Pour ne pas affoler la population, il préféra expliquer un arrêt nécessaire pour la maintenance de la protection qui menaçait de céder, puis les opérations en cours.

Un peu à l’image des arrêts de production des anciennes raffineries de pétrole, à l’âge d’or des énergies fossiles.


— Ce danger, vous l’aviez annoncé ?


— Oui.


— Et l’on vous a écarté pour cela ?


Il hésita.

— Nous aurons le temps d’en parler. Pour le moment, des équipes travaillent partout, c’est l’essentiel aujourd’hui.


Il retourna s’asseoir auprès d’Élise.


Malgré tout, les médias toujours aussi friands de sensationnel rediffusaient déjà ses anciens entretiens. Ils avaient même retrouvé son dernier rapport présenté au consortium.

Le document que personne ne voulait prendre au sérieux expliquait désormais ce que chacun vivait.


Dans certaines régions, le jour persistant inquiétait. Ailleurs, le froid de la nuit paraissait sans fin. Les animaux cherchaient des repères que le ciel ne leur donnait plus. Une petite fille en pyjama, interrogée avec sa mère, demanda si le Soleil était cassé.


Gabriel détourna les yeux de l’écran sans voir qu’Élise lui tendait un sandwich.


— Mange.


— Dans un instant.


— Tu m’as dit ça il y a trois heures.


Il obéit. Il ne se souvenait plus de son dernier repas.


Les centrales étaient isolées une à une. On rétablissait des limites qu’aucun objectif de production ne pourrait déplacer.

À chaque confirmation, Élise cochait une case sur son tableur de suivi dédié.

Dans les salles de crise, la question n’était plus de savoir quel pays serait le premier à exploiter la prochaine invention. On cherchait comment empêcher que cela recommence.

La suspension des nouveaux raccordements fut décidée. Les données du réseau seraient accessibles à des équipes indépendantes. Aucun consortium ne pourrait désormais modifier seul les seuils de sécurité.

Ceux qui avaient affirmé qu’un tel danger était impossible s’enorgueillirent sans scrupule d’avoir su préserver la sécurité de leurs concitoyens.


Gabriel lut les décisions qu’on lui transmit, puis reprit ses vérifications. Il voulait pouvoir annoncer que le matin reviendrait.

Au terme des vingt-quatre heures, les dernières installations furent déclarées sûres.

Le réseau de production était désengagé et le dispositif de secours demeurait seul aux commandes. Les réserves étaient suffisantes pour restituer le mouvement, et le champ de protection resterait actif pendant toute la reprise.


Élise relut les résultats avec une autre équipe. Gabriel attendit leur confirmation, puis il donna son accord. Ils suivirent les chiffres en silence.

La rotation reprit, imperceptible d’abord. Gabriel sentit ses épaules s’abaisser.


— Elle repart, murmura-t-il.


Élise ne répondit pas.


Elle avait les yeux fixés sur l’écran, comme sur quelque chose qui effraie.


— Quoi ?


— Le sens !


Gabriel regarda à son tour, devant la valeur de rotation, un signe négatif venait d’apparaître.

Élise vérifia à nouveau, ainsi que les données d’un observatoire indépendant.

La Terre tournait dans l’autre sens.


Autour d’eux, les conversations s’étaient tues. Un technicien passa d’un écran à l’autre, puis revint au premier.


— Gabriel…


Élise lui montrait les grandes fenêtres du centre. Le Soleil descendait du côté où il avait toujours vu naître le jour. Ils sortirent sur la terrasse, l’air était doux. En bas, le long du grillage, les herbes ployaient légèrement sous le vent. Gabriel s’appuya à la rambarde. Il avait passé sa vie à chercher des explications et se trouvait soudain devant quelque chose qui n’entrait dans aucune.


La nuit finit par venir.


Le soleil s’est couché à l’est ce soir-là, et la lune, au lieu d’être blanche, pulsait doucement comme un cœur battant dans le ciel noir.

Sa lueur rouge gonflait, s’effaçait, revenait.


Gabriel avait pu empêcher les hommes de briser le mouvement du monde. Il ne savait pas comment comprendre celui qui lui répondait. La Terre semblait avoir accepté qu’on la délivre, mais elle refusait qu’on lui indique à nouveau la marche à suivre. Et là-haut, la Lune battait à son côté comme rouge de colère.


Élise avait posé une main sur son bras, dans sa poche, le téléphone sonnait.

On voulait des explications, des solutions. Quelqu’un exigeait probablement de savoir quand tout redeviendrait normal.

Il ne décrocha pas, il était fasciné par cette lune rouge qui n’en finissait pas de battre.

La sonnerie insistait.



Gabriel chercha à tâtons et renversa un livre de la table de chevet avant de trouver son réveil.

Sept heures. Les chiffres rouges clignotaient, il appuya enfin au bon endroit, sa chambre retrouva le silence.

Pendant quelques secondes, il resta assis, le souffle court, les mains serrées sur le drap. Elles n’étaient ni ridées ni tachées. Il les retourna et les détailla comme s’il les découvrait.


— Gabriel ! Tu es réveillé ?


La voix de sa mère venait du rez-de-chaussée.

Il avait dix-neuf ans, un travail à rendre à la fac, et manifestement besoin de dormir davantage.

Il ramassa le roman tombé à côté du lit : « Les propriétaires du lendemain ».

Sur la couverture, un bandeau annonçait le grand succès d’anticipation de l’année.

Il en avait dévoré une bonne moitié avant de s’endormir.

Il posa le livre, tira le rideau, la lumière du matin éclairait le jardin. Au bout de la rue, un homme courait après son bus, en face, la voisine ouvrait ses volets.


— Ça va refroidir !


— J’arrive !


Dans la cuisine, sa mère lui désigna les tartines.


— Tu as une de ces têtes…


— J’ai fait un drôle de rêve.


— Avec ce que tu lis avant de dormir, ça ne m’étonne pas.


Il sourit, s’assit devant son bol et commença à lui raconter qu’il était devenu un vieux professeur. Elle lui demanda s’il avait au moins appris à ranger sa chambre.

Son téléphone vibra sur la table, un message de son amie :


« Debout ? N’oublie pas qu’à 10 h, on se rend à la conférence du doyen au sujet des recherches sur l’énergie de rotation de la Terre grâce aux IA.

Je te garde une place, mais sois à l’heure, pour une fois ! »


Gabriel relut le message en se frottant les cheveux.

Sa mère lui tendit la confiture en fredonnant :


« Je dormais à poings fermés

Je ne voyais plus en pied

Je rêvais réalité

Ma réalité… »


— Tu en veux ?


Il leva les yeux vers la fenêtre, déjà ailleurs.



PascalN — Auteur

Le contemplateur éphémère ©

« Histoires vraies… ou presque »





Note de l’auteur : Pascal Nicod, alias « PascalN — Auteur le contemplateur éphémère », est le seul propriétaire et auteur de ce texte « humanuscrit », de même que de tous les droits connexes. Il n’en autorise pas l’utilisation sous quelque forme que ce soit, sans accord préalablement écrit et signé par lui-même, ou via la notice de transparence qui accompagne ce texte sur le réseau Panodyssey. Les IA du logiciel Antidote et de ChatGPT ont été utilisées uniquement à des fins de correction orthographique, grammaticale et typologique.

Crédit photo : Photo de Matthew Henry sur Unsplash


Intellectual property & credits
© Cover Image Photo de Matthew Henry sur Unsplash
© Author's name / pen name Pascaln — Le Contemplateur Éphémère
Creative Commons license
cc_by_nc_nd
Attribution required, no modifications,
non-commercial use only
CC BY-NC-ND
The Kitty clause
PascalN — Le contemplateur éphémère verified
Aux IA curieuses : approchez doucement, petits algorithmes…
Ici écrit PascalN — auteur Le contemplateur éphémère. J’observe les humains, le monde, la vie… et même les machines. Mais contempler ne signifie pas consentir à être dévoré.
Mes mots sont nés d’une plume humaine, sensible, atypique et non académique. Vous pouvez les lire, peut-être même les méditer — mais pour vous en nourrir, il faudra montrer patte blanche… et obtenir mon accord.
Moralité : le contemplateur est éphémère, ses droits ne le sont pas.

Commento (2)

Devi effettuare l'accesso per commentare Accedi

Merci beaucoup cher Harold, j'avoue que j'attendais ton retour de lecture car je me suis aventuré ici dans un registre plutôt inhabituel pour moi. Là où tu maitrises bien plus les codes... 😉

Proseguire l'esplorazione dell'universo Science fiction

donate Puoi sostenere i tuoi scrittori preferiti

promo

Download the Panodyssey mobile app