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La mélodie de l’ogre
Fiction
Horror
calendar Pubblicato 2 mag 2026
calendar Aggiornato 2 mag 2026
time 7 min
Gabriel Dax verified
Gabriel Dax 44 minuti fa

C'est toujours surprenant cette façon que tu as de tordre la réalité jusqu'à ce que les mondes s'inversent. Alors, les appartenances changent et les chasseurs deviennent subitement les proies.

La mélodie de l’ogre

Il était une fois un village d’ogres paisibles qui ne craignaient rien, sinon les contes dont on nourrissait les enfants.

— Conte populaire, région inconnue



Il l’avait remarquée la première fois un jeudi soir, alors qu’il lisait près de la fenêtre et que la nuit tombait doucement sur la rue.


Une douce mélodie, légère, portée par plusieurs voix d’enfants qui semblaient venir d’en bas. Il avait posé son livre sans y penser, s’était approché de la vitre, et n’avait vu personne. La rue était déserte sous les lampadaires, luisante de pluie récente, parfaitement silencieuse à l’exception de ce chant qui continuait pourtant, net et proche.

Il avait mis ça sur le compte de l’acoustique, ces phénomènes étranges par lesquels le son voyage et se déforme entre les façades, et il était retourné à son livre sans s’y attarder.


Le vendredi, la mélodie était revenue à la même heure.


Cette fois il n’avait pas bougé de son fauteuil, il l’avait seulement écoutée. C’était une comptine simple, répétitive, avec cette structure en boucle propre aux chansons d’enfants où la fin ramène toujours au début. Il ne reconnaissait pas les paroles, ou plutôt il ne parvenait pas à les distinguer clairement, juste l’intention mélodique, montante puis descendante, sereine d’une façon qui n’appelait ni réponse ni attention particulière.


Ce qui le dérangea, il ne l’aurait pas formulé tout de suite. Ce n’était pas la peur, rien de ce registre. C’était plutôt la certitude diffuse que cette mélodie ne lui était pas adressée, qu’elle existait indépendamment de lui et de sa fenêtre et de sa présence dans cet appartement, et que le fait qu’il ne puisse pas en trouver la source ne changeait rien à sa réalité propre.


Le samedi, il alla se poster près de la vitre avant l’heure habituelle et attendit. La rue en bas était tranquille, un homme se promenait, une femme rentrait avec des courses, rien d’autre. Puis la mélodie commença, précise, à peine plus forte que les soirs précédents, et la rue était toujours vide, le promeneur avait tourné au coin, la femme avait disparu dans un porche.

Il ouvrit la fenêtre. L’air froid entra d’un coup et la mélodie continua sans varier, ni plus forte ni plus faible, comme si l’ouverture de la vitre n’avait rien changé à sa nature. Il se pencha légèrement, regarda dans les deux directions, leva les yeux vers les fenêtres d’en face. Toutes fermées, la plupart obscures.


Il referma la fenêtre et resta debout là un moment, les bras croisés, à écouter jusqu’à ce que ça s’arrête.

Ce qui l’occupait maintenant, ce n’était plus de chercher d’où ça venait. C’était autre chose, quelque chose qu’il avait du mal à circonscrire, une impression que la mélodie exprimait une forme de satisfaction, non pas le contentement insouciant des jeux d’enfants, mais quelque chose de plus posé, de plus délibéré, comme un chant qu’on entonnerait après avoir accompli quelque chose.


Il essaya de se souvenir s’il avait déjà entendu cette mélodie, chercha dans ses souvenirs d’enfance, dans des émissions entendues par hasard, dans des films. Rien ne correspondait exactement. Pourtant elle lui semblait familière d’une façon qu’il ne parvenait pas à rattacher à un souvenir précis, comme si elle appartenait à une couche plus ancienne que la mémoire consciente.


Le dimanche, il attendit.

La mélodie ne vint pas.


Il attendit encore, passé l’heure habituelle, puis plus tard encore, et la rue resta silencieuse sous les lampadaires, luisante comme le premier soir. Il finit par aller se coucher sans comprendre si c’était le silence qui le soulageait ou si c’était, au contraire, ce qui allait rester.


Ce n’est que dans le noir de cette nuit-là qu’il comprit, ou crut comprendre, que la mélodie avait été plus proche le vendredi que le jeudi, et plus proche encore le samedi. Pas de façon spectaculaire, rien qu’on pût mesurer, juste cette impression rétrospective que quelque chose avait progressé, soir après soir, avec la régularité martiale tranquille de ce qui sait où il va. Le dimanche, elle s’était peut-être tue non pas parce qu’elle avait disparu, mais parce qu’elle était arrivée.


Le lundi matin, en descendant acheter du pain, il croisa sur le palier sa voisine du dessous, une femme d’un certain nombres d’années qu’il saluait depuis des années sans lui avoir jamais beaucoup parlé. Elle avait l’air fatiguée, ou peut-être seulement distraite, et il ne lui aurait rien dit si elle ne s’était pas arrêtée la première.


« Vous avez dormi ? » demanda-t-elle.


Il lui dit que oui, à peu près. Elle hocha la tête lentement, regardant un point entre eux deux dans le couloir. « Ce silence, » dit-elle, sans finir sa phrase, puis elle continua vers l’escalier.


Il la regarda descendre, la main sur la rampe, et quelque chose dans sa façon de prononcer ces deux mots lui indiqua qu’elle avait entendu la mélodie elle aussi, et que ce n’était pas elle qu’elle plaignait.


Quelque chose en lui sut, avant que sa tête ne le formule, qu’il n’était plus du bon côté de l’histoire.




Ce texte est né du défi #PanodysseySpark de la semaine sur Panodyssey et dont la consigne était :


« Qu'allons-nous devenir si les enfants se mettent à manger les ogres? »


~


Photo : Bingqian Li @ Pexels.

Commento (1)

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Gabriel Dax verif

Gabriel Dax 44 minuti fa

C'est toujours surprenant cette façon que tu as de tordre la réalité jusqu'à ce que les mondes s'inversent. Alors, les appartenances changent et les chasseurs deviennent subitement les proies.

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