Architecte le jour, destructeur la nuit
Architecte le jour, destructeur la nuit
Le jour, mon métier d'architecte consiste notamment à dessiner des bâtiments qui doivent tenir debout. Mes nuits, je les consacre à les faire s'effondrer.
Ce n'est pas une contradiction, c'est la même obsession vue sous deux angles différents.
Quand je dessine un plan, je pense certes à sa fonction, mais aussi aux charges, aux forces qui traversent les murs, et à ce qui maintient l'ensemble en équilibre. Quand j'écris une nouvelle, je pense à ce point de rupture où tout bascule, où l'espace qui devait protéger devient celui qui piège.
L'architecture m'a appris que chaque bâtiment porte en lui les conditions de sa propre destruction.
Un mur porteur mal calculé, une dalle surchargée, une fondation qui cède sous le poids des années : nous construisons en sachant que tout finira par tomber. Cette conscience de la fragilité m'a toujours fasciné, bien avant que je commence à écrire.
Puis il y a eu Poe et sa Maison Usher, cette demeure qui n'est pas le décor d'une histoire mais son véritable personnage, qui respire, se fissure, s'effondre en même temps que l'esprit de ses habitants.
J'ai reconnu quelque chose que je ressentais déjà intuitivement dans mon métier : l'architecture n'est jamais neutre, elle agit sur nous autant que nous agissons sur elle.
C'est pour ça que j'écris du fantastique architectural. Ce ne sont pas des histoires de maisons hantées avec des fantômes qui claquent des portes, mais des moments où l'espace familier devient étrange sans qu'on sache exactement pourquoi. Un appartement dont les pièces semblent se multiplier imperceptiblement, un balcon qui donne soudain sur un autre quartier. Le doute est plus puissant que la certitude.
Dans mes nouvelles, je ne cherche pas nécessairement à expliquer. Est-ce-que la personne a perdu la raison ou quelque chose d'impossible est-il en train de se produire ? Cette zone grise est précisément l'endroit où naît le fantastique. Maupassant l'avait compris avec "Le Horla" : le doute reste, il nous contamine.
Cette Creative Room sera un espace où partager cette double vision : des essais sur l'architecture du quotidien, des observations sur les espaces urbains qui nous façonnent, et des réflexions sur l'écriture. Je publierai régulièrement un texte qui explore ce territoire entre le construit et l'imaginé, entre ce qui tient et ce qui cède.
Si cette approche vous intéresse, si vous aussi vous sentez qu'il y a quelque chose d'inquiétant dans ce couloir trop long ou dans cette pièce dont les proportions ne semblent pas tout à fait justes, bienvenue.
Je promets d'essayer de ne jamais tomber dans les méditations creuses sur la poétique des seuils.
Bienvenue dans les structures qui s'effondrent.
— E. C. Wallas
Architecte de formation, écrivain par passion.
Nouvelles fantastiques et essais sur les espaces qui nous construisent et ceux qui s'effondrent.
Photo : Fondazione Giangiacomo Feltrinelli, Milano - Herzog & de Meuron (septembre 2019, photo du plafond, archives personnelle)
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Nokien 3 ore fa
Je pressens déjà que je vais me précipiter sur tes histoires . Hâte de te lire ! J'ai déjà préparé mon bagage 🧳
E C Wallas 3 ore fa
Il va falloir s'accrocher au bagage, le chemin monte et descend vite ! Merci pour la motivation. De mon côté, c'est bientôt le jour de "La dernière visite".
Nokien 3 ore fa
J'ai trouvé sur Mastodon ce trait d'humour et j'ai aussitôt pensé à te le partager :
«haslam_atufal@mastodon.social - La raison d’être d’un mur, me répondit l’architecte, c’est de donner une raison d’être à la porte.»
À bientôt ! ✍️