Chapitre 4 Partie 2
Chapitre 4 Partie 2
— Je vous écoute.
Jahan considéra un instant la posture attentive et le regard fixe posé sur lui. Son mensonge se finalisa derrière ses lèvres pendant ces quelques secondes de silence, avant qu’il ne reprenne la parole :
— Je suis émissaire au service de la famille royale. J’étais en mission pour le pharaon depuis plusieurs mois, pour renouveler des traités commerciaux avec d’autres royaumes. Nous nous dirigions vers l’ouest, quand nous avons été attaqués au large de vos côtes. J’ai pu m’en sortir de justesse, mais l’équipage, le navire et tout le reste ont malheureusement sombré au fond de l’eau.
Il marqua une pause calculée, le regard tourné vers le sol.
— Je suis sur Iliso depuis environ une semaine. Je cherchais un moyen de rentrer chez moi, mais j’ai été rattrapé par ces hommes, probablement les mêmes qui ont saboté notre navire. Je tentais de leur échapper quand vos gardes m’ont trouvé.
— Pourquoi ne pas être venu me voir directement à votre arrivée sur l’île ? questionna la gouverneure.
Ne fais confiance à personne.
— Je ne voulais pas vous importuner pour si peu, Madame, répondit Jahan avec modestie.
La gouverneure resta silencieuse un long moment, l’attention qu’elle tenait sur lui l’obligeant à déglutir derrière ses lèvres pincées. Il resserra son poing autour de sa bague.
— Est-ce qu’on a des informations sur cette attaque ? elle demanda au soldat dans son dos, sans quitter Jahan des yeux.
— Nous avons en effet des traces d’un navire qui voguait sous le pavillon d’Anshar, confirma le soldat. Plusieurs débris ont été retrouvés sur les plages, repoussés par la marée.
— Et les attaquants ?
— Ils ont été aperçus à plusieurs reprises dans les rues d’Iliso, déclara le soldat, en lançant un coup d’œil à Jahan. Plusieurs témoins corroborent la parole de monsieur Baashir. Nous n’avons, en revanche, pas été en mesure de les intercepter pour l’instant.
La gouverneure hocha la tête en soupesant les paroles du soldat, son regard toujours rivé sur Jahan.
— Avez-vous la moindre idée de la raison de cette attaque ? elle demanda. Ou de la persistance de ces hommes à vouloir vous capturer ?
Jahan haussa les épaules, affichant un air démuni.
— Saisie d’informations confidentielles ? Vous savez aussi bien que moi que les messages les plus importants ne sont jamais rédigés sur papier, il expliqua, en pointant un index en direction de sa tempe.
Nouveau silence. Le ronronnement des torches se mélangeait au vent chaud qui s’engouffrait par instants par les ouvertures, s'ajoutant au bruit de fond de la ville en pleines festivités.
— Qu’est-ce qui me prouve que vous êtes bien celui que vous affirmez être ? reprit la gouverneure. Vous pourriez être n'importe qui. Une personne qui aurait été témoin de cette attaque et qui aurait utilisé ces circonstances pour son propre intérêt.
— Je n’ai malheureusement rien d’autre à vous offrir que ma parole, répondit Jahan avec respect.
La gouverneure médita sur ses mots pendant un autre long silence qui crispa sa nuque et ses épaules.
— Anshar et Karukera entretiennent des liens amicaux depuis des siècles, reprit la gouverneure. Nos deux peuples se sont toujours entraidés, et cela peu importe le rang des personnes concernées. Si un résident d’Anshar se retrouve en difficulté à l’intérieur de nos frontières, il ne devrait en aucun cas hésiter à demander une aide auprès de la Reine.
Jahan hocha la tête pour approuver, gardant l’expression de son visage la plus humble possible. Ce qui n’était pas très difficile à faire, vu l’intensité du regard de la gouverneure. Elle lui donnait l’impression de pouvoir lire en lui comme dans un livre ouvert.
Elle n’avait, pour l’instant, fait aucune mention du changement de régime soudain sur Anshar. Mais Minoo avait écrit dans sa lettre que Sutekh avait bloqué toute correspondance entre Anshar et le reste du monde connu. Alors, soit la gouverneure était au courant et avait décidé de ne rien dire, soit elle n’avait aucune idée de la situation actuelle sur Anshar.
— Je n’ai, en revanche, pas l’autorité nécessaire pour faire affréter un navire pour vous ramener chez vous, continua la gouverneure, en récupérant sa plume de faucon. C’est à la reine Adhiambo que revient ce droit. Je vais lui envoyer une lettre dès ce soir, pour lui expliquer votre cas. Si elle estime que vous méritez une audience, vous pourrez la rejoindre au palais d’Ubongo. De là, elle vous prendra en charge pour que vous puissiez être rapatrié chez vous au plus vite et en toute sécurité.
Jahan répondit par une nouvelle révérence du menton, tout occupé à digérer les paroles de la gouverneure.
Il n’était pas franchement ravi de devoir rencontrer la reine, vu les mots employés par sa sœur. Si Minoo disait vrai, n'importe quelle personnalité politique du monde connu pouvait potentiellement avoir les mêmes desseins que Sutekh. Pour ce qu'il en savait, la gouverneure était peut-être en train de le conduire droit dans un piège.
Sans compter qu’un navire officiel était loin d’être discret s'il voulait pouvoir rejoindre sa famille sans alerter les soupçons. Parce qu’il y allait forcément avoir une lettre pour annoncer son retour sur Anshar. Sutekh ne mettrait pas longtemps à découvrir qui se trouvait réellement sous le masque innocent de l’émissaire, et Jahan se retrouverait une fois encore à devoir abandonner un navire pour sauver sa peau.
Son mensonge ne tiendrait pas éternellement.
— Évidemment, vous résiderez à Fort Wolimba en attendant la réponse de la reine, reprit la gouverneure Oluwaseyi. Vous comprendrez que je ne peux pas vous laisser vagabonder dans mes rues tant que je n’aurai pas toutes les réponses.
— Évidemment, répondit Jahan d'une nouvelle révérence du menton.
— Le soldat Dumisa va vous conduire, elle ajouta, désignant le garde à gauche de Jahan.
Le soldat redressa sa posture en réponse, prêt à disposer au premier ordre lancé.
— Nous nous reverrons dès que j’aurai une réponse de la reine, continua la gouverneure, en retournant à son travail administratif.
— Vous parliez de me conduire jusqu’à Ubongo ? demanda Jahan, la coupant dans son élan.
— Oui, une personne de confiance vous sera attribuée pour vous accompagner. Karukera peut rapidement devenir envahissante pour une personne étrangère à son environnement.
— Un de vos soldats, je présume ?
Si les choses tournaient mal ou si sa couverture était menacée, il pourrait toujours se débarrasser du soldat en question en cours de route et se fondre dans la masse de la capitale pour trouver un navire qui faisait route vers l’est.
— Oh non, pas eux, corrigea la gouverneure, en se remettant à écrire. Pour ce genre d’expédition, il vous faut une personne qualifiée. Quelqu’un qui connaît l'île et ses dangers, et qui assurera votre protection tout au long du voyage.
Jahan haussa un sourcil curieux et légèrement désarçonné.
— Et je peux savoir qui ?
La gouverneure se contenta de lui envoyer un petit sourire confiant, avant de reprendre son travail en silence.
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