(chapitre 2)
Errance dans l'Énigme Urbaine
J’arrêtais de me préoccuper de savoir comment j’étais arrivé ici. Je tournais la page et cette situation se transformait en pèlerinage. Je partis en quête de mon être. Loin de mes semblables avec un minimum vital, je remettais à jour mon instinct primitif.
Ma première préoccupation fut ma réserve d’eau et de nourriture. Très vite, je réalisais que mon minimum de bien être allait s’amoindrir très rapidement. Le temps de ma survie risquait de ne pas durer. Je commençais par devenir le comptable de mes ressources.
“ je vais tout juste tenir trois jours avec ça”. Me dis-je
Mon acceptation avait été un leurre. J’étais en manque des miens, je voulais les retrouver. Instantanément mon mental s’est écroulé comme un jeu de cartes. Je me raccrochais à ce dont je me souvenais , j’en oubliais ce que je vivais et j’étais effrayé de ce qui m’attendait.
À genoux dans la caravane je priais alors que je ne croyais en rien. Je ne sais pas à qui et pourquoi je demandais pardon. Je voulais que tout ça s’arrête et que l’on me rende ma vie.
“Que me reste-il, évade toi et fume” Une pensée qui me fit passer à l’action. j’enfumais mes neurones pour fuir ma réflexion. Je n’avais pas fait semblant de m’abandonner. Heureusement dans la caravane, il n’y avait pas d’alcool. J’aurai pu m’anéantir. J’ai sombré dans ma deuxième nuit dans la caravane. Je ne sais pas si la nuit a été calme, froide ou agitée mais le réveil fut abasourdissant. C’était comme la fin d’un chapitre et l’ouverture d’un autre sans la moindre interaction.
J’ouvris à peine les yeux. Mes oreilles captèrent un bruit de souffle. Le bruit devenait assourdissant, mon habitat se mit à trembler. C’était comme un tremblement de terre d’une dizaine de secondes. Je constatais que j’étais bien dans la caravane mais il s’était passé quelque chose à l’intérieur. Sur la table basse, une machine à écrire avec des touches noires arrondies et des lettres gravés en jaunes. Je suis resté sans voix. J’ai redressé la tête, sur la cloison un miroir d’une vingtaine de centimètres de côté était accroché. Par réflexe je me suis levé. J’ai présenté mon visage devant et au même moment le bruit revint. J’ai ouvert mes bras, j’ai écarté les jambes comme si je me mettais en équilibre pour le tremblement qui allait suivre.
“Mais que se passe-t-il?”.
Malgré un sentiment de chaos, je devais me regarder. Je me suis reconnu même si les traits avaient durci. La barbe avait poussé et blanchi. Mon visage était griffé et sali. Je m’observais et je me demandais.
“D’où sort ce miroir?.
_ C’est quoi cette machine à écrire?.
_ Personne n’a pu rentrer dans la caravane, hier soir je suis sûr j’ai fermé à clé”.
La clé était bien sur la porte côté intérieur.
À l’extérieur plus rien était silencieux, je me suis positionné devant la fenêtre à quelques mètres devant, un édifice de béton armé. Au troisième souffle bruyant , un réflexe de prudence m’a fait attraper la poignée de la porte pour m’extraire de la caravane.
J’ai trébuché et j’ai fini à plat le dos à terre. La caravane était adossée à un des piliers d’un pont . Au-dessus de moi un plafond de béton soutenait un chemin de fer. J’ai vraiment cru un instant que l’herbe était démentielle. Pourtant le décor était bien réel. La caravane était sur deux agglos dans l’enceinte d’une ville que je ne connaissais pas. Il n’était pas pensable pour moi , de croire que l’un de mes semblables était capable de déplacer la caravane de cette manière là, avec moi à l’intérieur en train de dormir.
J’ai commencé à croire que j’étais sous l’emprise d’une force venant de l’au-delà.
Je me suis posé la question:
“Te mets-tu vraiment à croire au extra terrestre maintenant?”
Je me suis adossé contre la cloison extérieure de la caravane. Il m’était impossible d’avoir l’esprit éclairé. Je vivais une tempête d’émotions. Dans la pénombre du pont j’attendais des voix. La tonalité s’élevait, la silhouette de deux hommes apparaissait. Je fus pris dans un mouvement de panique et je les ai interpellés avec affolement.
“Messieurs, messieurs excusez moi, nous sommes dans quelle ville ici”.
Ils se sont mis à rire et ils me répondirent.
“ Mais que veux-tu? tu pues, dégage clochard !!”.
Sans la moindre compassion ils continuèrent leur route. J’avais le sentiment d’être un chien apeuré et abandonné. Je réalisais qu’ils parlaient la même langue que moi. Malgré leur ingratitude, je fus un instant rassuré. Il était évident que ma tenue vestimentaire, mon visage salle et mes ongles noirs n’étaient pas compatibles avec le regard des gens civilisés. Il fallait que je fasse quelque chose à mon apparence pour obtenir un minimum de crédibilité. Je voulais tout simplement prendre une douche, me changer, me raser mais je fus rattrapé par la réalité de la ville. Debout devant la caravane, ma raison faisait surface et je me mis à penser:
“Sans argent, sans papier , tu comptes faire comment?
Tu vas expliquer qu’ hier tu étais dans ta caravane au milieu de la jungle.
Personne ne va croire à ton histoire et tu seras considéré comme un fou”.
J’ai fermé la caravane à clé et je suis parti errer. Je longeais le mur , il était long comme un tunnel. Un courant d’air permanent était chargé en carbone. Il soulevait les détritus de mes semblables. J’étais moi même un représentant de la crasse. Je ne valais rien mais peu d’humains étaient meilleurs. Je regardais des pauvres gens qui étaient domiciliés sous ce pont. Les cartons et les couvertures étaient leur seule protection contre les nuits froides et humides.
“Finalement tu ne sais pas ce qui t’arrives mais tu as un toit. Tu as cette chance”. Me dis-je.
Au même moment, L’un deux me fis un signe de la main pour m’inciter à me rapprocher de lui.
Je me suis approché , une odeur nauséabonde caressait mes narines. Sa voix était âpre comme si elle était enrouée.
“Tu es nouveau ici?”. Dit-il.
Sur le moment, j’eus un temps d’hésitation à répondre.
“Oui, mais je n’ai pas trop envie de parler de ça”. Lui dis-je dans l’espoir de ne pas rentrer dans les détails. Je voulais avant tout m’éloigner de cette odeur.
Il insistait gentiment.
“Tu as peut-être faim? J’ai une baguette de pain et un fromage, tu en veux?
La faim a eu raison de moi. Mon état d’esprit était confronté à l’image paradoxale que les humains pouvaient renvoyer. Certains vous traitent de bon à rien et d’autres vous tendent la main. Pendant notre échange , il parlait beaucoup de ses déboires. Son pessimisme reflétait une grande réalité du monde civilisé. Il me racontait avec beaucoup de tristesse que sa vie avait dégringolé le jour où il a perdu sa femme dans un accident de voiture. Il comparaît cette perte à une déferlante d’émotions. Il m’expliquait qu’il n’avait pas su reprendre le contrôle de sa peine. Dans mon intérieur profond je réalisais que ce pauvre homme s’abandonnait volontairement. Je lui dis:
“Tout n’est pas perdu encore”
Alors que je ne savais pas comment j’allais me retrouver . Je cherchais à me rassurer avant de soulager sa souffrance.
“ Je parle beaucoup de moi mais toi que t’est-il arrivé pour être ici?” me dit-il.
Comme un réflexe, avec intégrité je le regardais et lui ai répondu:
“Je ne sais pas.
_ Si tu es dans cette ignorance c’est que tu refuses ta réalité”.
Ses paroles étaient probablement justes mais je repris avec autant d’honnêteté.
“Je pense être atteint d’amnésie”
_ Connais-tu ton nom?
_ Oui.
_ quel est-il?
_ Sauveur Belluccello.
_ Tu vois pour toi aussi tout n’est pas perdu”.
Malgré sa puanteur, il sentait la sagesse.
Sa compagnie était agréable. Le partage fut sympathique mais à aucun moment il m’apportait des réponses.
“Je vous remercie pour cet échange mais je dois retrouver la mémoire.
_ Si je peux te donner un conseil, ne te focalise pas sur ta mémoire, observe les détails. Elle reviendra seule.
_ Je l’espère”.
Errant tel une âme apeurée, j’ai marché à travers les ruelles. Entre les travaux, les klaxons ,les coups d’accélérateur des motards et des automobilistes, un brouhaha résonnait sans intermittence. Certains passants me dévisageaient, d’autres riaient moqueusement. Aucun d’entre eux ne manifestait la moindre bienveillance. Je me questionnais :
“Est-ce à cause de mon apparence ?”
Je n’étais pas suffisamment conforme à leur vision de la normalité, à leurs banalités de citadins. Je me suis vite rendu compte que parmi eux, je ne trouverais ni réconfort ni aide pour ma situation. Je ne savais toujours pas dans quelle ville je me trouvais. Je ne savais même pas si elle avait un lien avec mon existence passée. À cet instant, je me suis dit :
“Retrouve la caravane”.
Malheureusement, j’avais tellement marché que j’avais oublié de me repérer. Le regard d’autrui m’avait tellement effrayé que je n'avais pas osé demander quoi que ce soit à qui que ce soit. Le temps défilait et j’avais décidé de suivre les rails du tram pour retrouver le fameux pont où était garée la caravane. La lueur du jour est arrivée entre chien et loup. C’était le cinquième pont et par chance, j’ai vu la caravane dans la pénombre. Malgré la fatigue, j’ai accéléré le pas. La porte était encore fermée, je suis rentré et ma surprise fut grande. Rien n’avait bougé en dépit du mouvement de tous ces genres de gens . Je commençais à croire que j’étais seul à la voir . J’ai refermé la porte et me suis assis sur la banquette.
Contribuisci
Puoi sostenere i tuoi scrittori preferiti


Commento (0)