Chapitre II – L’éclat du tapis rouge
Les soirées de première, je les détestais. Celle de la sortie du dernier album de John.
La foule scandait son nom avant qu’il apparaisse. Leur rugissement me parcourait le dos.
Une vraie fosse aux loups. J’appréhendais d’y entrer.
Mes jambes se tendirent. John me serra fort la main. Un court répit.
L’écarlate du tapis m’éblouit. Je reculai.
La clameur s’amplifia dès qu’ils nous aperçurent.
— John ! John !
Une nuée de flashes nous assaillit. Des papillons brillaient devant moi.
Je ne distinguais que des silhouettes mouvantes. Des ombres. Un vertige me traversa.
En le voyant, dans son costume bleu nuit avec une chemise azur, ses iris indigo me firent vaciller. Si imposant. Mon corps frémit. La lumière des projecteurs l’aimait, moi pas.
Je m’accrochais à lui. Il était mon repère.
— John ! Vous êtes superbe ! Une photo ! Sans Madame ! Vous seul, John!
Les éclairs s’interrompirent, un instant, une éternité. Mes membres se raidirent. Les visages se fermèrent, les sourires se figèrent. Un lourd silence.
Ma main broya celle de John. Des gouttes perlaient sur son front tandis que son torse se contractait. Il luttait.
— John ! Une photo de vous !
Il m’attira plus près de lui dans un geste brusque. Ses muscles se contractèrent, prêts à bondir comme un fauve. Il tressaillit et crispa sa mâchoire.
— Heather, rapproche-toi ! Faisons de belles photos de nous.
Les chuchotements bourdonnèrent. Je baissai les yeux, sentant des milliers d’autres rivés sur moi. John fit un signe.
— Nous sommes prêts. Nous attendons.
Sa voix tonna, ferme et décidée. Encore un silence.
Les photographes nous mitraillèrent à nouveau.
Plantée comme un piquet, je forçais mes joues à rester aimables. Polie.
Le bras de mon mari m’étreignait les épaules.
J’étalais ma robe autour de moi comme une armure.
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