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Siri Hustvedt ‘Ghost stories’
Non-fiction
Cultura
calendar Pubblicato 1 set 2026
calendar Aggiornato 1 set 2026
time 7 min
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Text / Human creation

Siri Hustvedt ‘Ghost stories’

Je loue des chambres d’hôtes. Des chambres pourvues en lecture pour petits et grands. Après chaque visite, je vérifie qui a lu et quoi. Je suis étonnée de constater combien d’adultes lisent des livres pour enfants ! Si sur une des étagères je posais le livre de Siri Hustvedt ‘Ghost stories’ est-ce qu’ils le prendraient pour destiné aux enfants ? Histoires de fantômes …

Non, au fait ce sont des histoires de gens disparus et des histoires pas toujours drôles. Le livre a par contre beaucoup de valeur et il est très bien écrit.


Sur la couverture, Siri Hustvedt, l’air malicieusement pétillant, tend sa joue pour recevoir un baiser de son époux Paul Auster. Elle me fait penser au personnage de ‘Ma sorcière bien-aimée’. Elle a peut-être un brin de ces mêmes dons de magie qui ajoutent du piment dans la vie de tous les jours. J’ai lu d’elle également ‘Mothers, fathers and others’ et ‘The summer without men’. Je l’ai écoutée parler de ses œuvres et de la littérature. À chaque fois, j’ai rencontré une femme brillante, pleine d’assurance, déterminée, intelligente, intellectuelle. Une féministe déclarée et active aussi.


Son livre est un hommage à son époux, à l’écrivain américain Paul Auster, décédé en 2024 suite à une longue maladie. C’est un mémoir de leur vie commune de quarante trois ans, une chronique du deuil et des deuils, car Siri Hustvedt revient aussi sur les tristes événements de disparition du fils et de la petite fille de Paul Auster, qui ont probablement été les faits déclencheurs de la maladie de l’écrivain et de sa mort. Quand on aime lire les livres d’un auteur, apprendre sa mort est un certain choc et une déception. C’est exactement ce qui m’est arrivé en apprenant la mort de Paul Auster. Pour connaître les aléas de cette disparition j’ai dû m’informer. J’ai découvert alors, qu’aux États Unis, les dernières années de sa vie ont été divulguées sur le fond d’une tragédie familiale. Siri Hustvedt revient sur les faits, donne des explications et se livre. Tout comme elle livre une partie de ressentis et de vécus de son époux sur ce qu’il appelait ‘the horrible things’ (les choses horribles).


Oui, ce livre est une longue déclaration de faits et d’événements, de la vie de deux écrivains en tant que couple, famille et personnes travaillant côte à côte. Est-ce que les lecteurs de Paul Auster auraient voulu connaître des secrets de sa vie ? Voulaient-ils apprendre des détails croustillants qu’ils ne trouvaient pas dans ses livres, pourtant dessinant un subtil portrait de l’homme de lettres ? Le livre de son épouse est un regard bien personnel sur cet écrivain sensible, bon, engagé et aimé en France, pour sa nostalgie et sa sympathie envers notre pays après y avoir vécu pendant deux ans. C’est une déclaration publique d’amour, de respect, d’admiration et un remerciement à son époux et à la vie, pour cette tournure, qui a permise qu’ils soient Monsieur et Madame Auster.


Les littéraires qui chroniquent leur deuil représentent un nombre important, il paraît. En premier me revient de banc d’école le poète et le pionnier de la poésie polonaise, Jan Kochanowski (1530 - 1584) et ses poèmes-épitaphes à la mort de sa fille, Urszula, intitulés ‘Trènes’. Paul Auster-même a consacré une partie de son premier livre ‘L’invention de la solitude’ à la mémoire de son père. Mais c’est le lecteur qui fait le livre comme l’a dit Francis Ponge. Si les ‘Trènes’ jadis m’ont bouleversée, lire aujourd’hui ‘Ghost stories’ m’a émue profondément et je sais que je n’étais pas la seule à avoir eu cette réaction. C’est l’honnête et la franchise de l’auteure qui sont frappantes. Le partage direct sur sa tristesse allant jusqu'à la désolation, la perte des repères temporels et des douleurs physiques 'en miroir', dessinent l'ampleur du séisme psychique et physique que la perte de l'époux a provoquée. La révélation des détails du passé, qui se tiennent encore dans la mémoire, suscite une vague de mélancolie et pourtant elle incite la chroniqueuse à être précise dans son travail de retranscription. Puis ce qui touche, comme une évidence saisie grâce à la lecture, c'est le manque de la 'togetherness'* des époux : la disparition de l'autre c'est la fin d'une vie de celui qui reste, la fin de sa vie maritale, une perte d'un volet de sa façon de vivre et d'agir . Tout ça fait que ce livre nous prend aux tripes. Quand on vit en couple comment ne pas se mettre dans la peau de l’auteure ? On lit un livre avec ses yeux et sa tête, mais aussi avec ses émotions et avec son coeur.


Et si j’avais envie de féliciter madame Hustvedt pour sa justesse et sa précision il y a un détail dans l’histoire qui me fait penser ‘why ?’** Dans ma réalité polono-française j’ai intégré qu’on s’abstient, par respect de la mémoire d’un défunt, de parler mal de lui. Parce qu’on lui pardonne ses petites déviances. Parce qu’il ne peut pas se défendre. Est-ce que la culture américaine en veut autrement ? J’ai été surprise de cueillir un aveu en défaveur de son époux, prononcé comme un fort désaccord dans leurs valeurs personnelles. C’est le lecteur qui fait le livre. Il se peut que l’auteure tenait à livrer un récit crédible. Le vouloir cent pour-cent positif l’aurait peut-être rendu édulcoré ?


Restons-en là. Je salue le courage de Siri Hustvedt de se tenir fidèle à son métier, malgré les circonstances, de chroniquer avec sincérité et de défendre son livre, une fois publié. Quelle est cette vertu qui permet de détacher l’écrivaine de la veuve accablée de chagrin ?


*vie à deux, routine de vie en couple

**pourquoi


Siri Hustvedt ‘Ghost stories’ Ed. Simon & Schuster. Édité en France par Gallimard.


Bozena Wisniewska - Le Talludec.2026


Intellectual property & credits
© Cover Image Couverture édition américaine. Photo prise par B. Le Talludec
© Author's name / pen name Bozena Wisniewska-Le Talludec
© Other images in your text Photo de couverture édition française de M.Siciliano.
Sources, citations, co-authors Paraphrase de Francis Ponge dans un entretien avec Philippe Sollers ; "C'est seulement donc le lecteur qui fait le livre, lui-même, en le lisant"
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