La Purge (et bonne Saint-Valentin, bien sûr)
La Purge (et bonne Saint-Valentin, bien sûr)
Ceci n'est pas un exercice.
Ce message d'alerte annonce le commencement de la purge annuelle ratifiée par le gouvernement des États-Unis. L'usage d'armes de classe 4 ou inférieures est autorisé pendant la purge. Toutes les autres armes sont interdites. Les membres du gouvernement de niveau 10 bénéficient d'une immunité totale pendant la purge et ne doivent pas être agressés. Dès que retentira la sirène, tout crime y compris celui d'homicide sera légal pendant les douze heures qui suivront. La police, les pompiers et les services d'urgence médicale seront indisponibles jusqu'à 7 heures demain matin, heure où la purge se terminera. Bénis soient nos Nouveaux Pères fondateurs et l'Amérique, une nation ressuscitée.
Que Dieu soit avec vous.
=====
Ainsi commença la purge. À SomeAnton, la petite ville bourgeoise, le soleil commençait à se coucher. SomeAnton était la ville américaine typique où il faisait bon vivre. Principalement constituée de maisons quatre façades avec piscine, elle avait été envahie au début du XXIᵉ siècle par une horde d’entrepreneurs et de traders qui ne voulaient que le meilleur pour leur famille. Mais le meilleur devait passer par les 12 heures de purge où tout était permis. Heureusement pour ce quartier bourgeois assez éloigné du centre-ville, peu d’incidents y étaient commis et ce, même durant la nuit où tout était permis. Puis les gens avaient les moyens de se défendre comme par exemple la famille Branco.
Xavier Branco et sa femme Sandra étaient sans enfant et ne comptaient en avoir à cause de la purge. Frapper, tuer, etc., compliquait tout, surtout qu’aucune assurance ne prenait en charge les dégâts causés par la nuit terrible. Pourtant, ils n’étaient pas à plaindre, SomeAnton était calme en tout temps. En dix ans, il n’y eut qu’un seul carnage, et c’était intrafamilial.
En fait, Xavier doutait de plus en plus de l’utilité de dépenser des fortunes dans la sécurité et avait même hésité à installer certaines défenses vendues sur internet, mais Sandra avait insisté, surtout cette année, car l’année dernière, la bourgade d’à côté avait subi un raid d’une bande venue de la ville. Et bien que les protections avaient été présentes et il n’y eut que des dégâts matériels, cela avait surpris tout le monde que des violences se fussent produites si loin du centre-ville.
Ainsi, tous les deux étaient rentrés de bonne heure et avaient, durant quatre heures, activé toutes les sécurités de leur maison. Cela consistait en plusieurs couches successives, comme la piscine qui avait été construite à même le mur afin de servir de fossé entre un assaillant et la maison. Les fenêtres et les portes blindées étaient recouvertes d’un grillage d’acier à l’extérieur. Ensuite, à l’intérieur de la maison, toutes les portes ne s’ouvraient durant la nuit que par empreinte digitale. Enfin, un complexe sous la maison, composé de plusieurs pièces, un quasi-appartement, permettait au couple Branco de passer la purge en toute sérénité. Mais le plus sécurisant était qu’il était impossible, une fois le système activé, de le désactiver avant 7 heures du matin. Aucun code, rien ni personne ne le pouvait, afin que personne ne puisse être pris en otage ou forcé.
Il avait fallu du temps pour tout activer, mais le 2 mars à 19 h moins 5, tout était prêt. Xavier et Sandra étaient à l’intérieur de leur forteresse et les systèmes étaient maintenant activés. Plus personne ne pouvait sortir ou rentrer avant demain matin, 7 h.
« Tu vas voir, tout va bien se passer », disait Xavier en activant le blocage de la porte principale.
Le couple regardait la télévision et, pour l’instant, rien d’inquiétant. Les violences n’avaient pas encore commencé, mais cela n’allait pas tarder, tout le monde le savait. Le plus bizarre était que certains journalistes, armés de casques, se promenaient dans les rues afin de prendre l’ambiance pensant que leurs cartes de press les protégeraient. Grand mal leur en fait. Des groupes s’étaient rassemblés afin de constituer de petits bataillons et comptaient en découdre sur la place publique le moment venu.
Puis à 19 h 00 le signal s’entendit dans tout le pays et tous les écrans affichèrent le message. Immédiatement, les meurtres commecencèrent dans tout le centre ville.
« Tu veux un truc à boire ? demanda Xavier à Sandra.
— Un jus. C’est parfait, merci. »
Et Xavier se leva pour aller à la cuisine.
Dehors, il entendait le silence. Normal : tous les gens de SomeAnton étaient comme le couple Branco et attendaient que cela passe. Occupé à sortir les verres, Xavier sifflotait quand il aperçut sa femme dans le chambranle de la porte.
« Besoin d’aide ? demanda-t-elle.
— Quoi ? Non, ça va aller.
— Tiens, au fait, c’est qui Vanessa ? »
Xavier s’arrêta net dans son mouvement. Il reposa la brique de jus et regarda sa femme dans les yeux. Pas besoin de parler, elle savait, et probablement depuis longtemps. Les deux se regardaient dans les yeux. Ceux de Xavier étaient vides, ceux de Sandra étaient humides.
— Je savais que tu me trompais, dit-elle en sortant une arme.
— Écoute, Sandra, ce n’est pas ce que tu crois. C’est…
— NE ME MENS PAS !!! Il y a trois mois, je t’ai suivi jusqu’à l’hôtel où vous vous voyez. J’étais derrière la porte de la chambre et j’ai tout entendu.
— Écoute, c’est de l’histoire ancienne. Est-ce qu’on peut discuter de ça demain ?
Mais Sandra sortit une arme et la pointa sur son mari.
— Sandra, tu ne vas pas faire ça. Écoute, repose cette arme. Tu vas blesser quelqu’un.
— Je vais faire plus que blesser, Xavier.
— Non, mais atte…
Et Xavier, voyant qu’elle allait tirer, lança la brique de jus dans la direction de Sandra avant de s’enfuir en s’abaissant. Sandra tira, mais ne toucha que les murs.
— JE VAIS TE TUER ! cria-t-elle.
Xavier était en panique. Comme il ne pouvait pas sortir de la maison (trop risqué à ses yeux), il ne lui restait plus qu’une solution : la cave sous la maison et s’y enfermer. Une fois la porte close, impossible d’y rentrer avant le lendemain, 7 h.
Evitant une nouvelle fois une balle, il rejoignit l’escalier qui descendait au sous-sol.
VIENS ICI, CONNARD !!, cria-t-elle en tirant dans les escalier sans pouvoir toucher son mari.
Elle y cru jusqu’au dernier moment, mais de justesse Xavier eut le temps de s’enfermer et de verrouiller la porte derrière lui. Sandra hurla de haine voyant son plan s’écrouler. Elle avait pourtant pris des cours de tir et s’était entraînée sans lui dire, mais clairement ce n’était pas suffisant. Elle ne savait plus quoi faire. Il lui restait dix heures pour trouver une solution, mais au fond d’elle, elle savait qu’il n’y en aurait pas.
À l’intérieur de la pièce, Xavier souffla. Il était en sécurité. Il ausculta son corps afin de vérifier s’il avait de potentielles plaies, mais rien. Il alluma les écrans et les retours des caméras afin de savoir ce qui se passait dans la maison. Sa femme tournait en rond, le pistolet à la main. Elle lui faisait peur, mais il savait qu’il était sauvé.
Comment avait-il pu être aussi idiot, était la question. Se faire prendre dans un hôtel, tout bêtement. Il n’avait même pas remarqué les changements dans le comportement de Sandra après cela.
La nuit passa sans que rien ne se produise. Xavier dormait dans le lit aménagé et Sandra s’était endormie sur le sofa.
Ce fut un petit bip constant qui réveilla Xavier, un bip qui indiquait que, ça y est, tout était fini. Il se leva et enfila son pull. Il regarda les écrans une dernière fois : sa femme dormait toujours sur le canapé.
Maintenant, son but était de quitter la maison et de s’en aller. Il verrait plus tard avec les avocats pour le divorce. Tout doucement, il remonta les escaliers et, tout doucement, se dirigea vers la porte d’entrée dont le boîtier de contrôle indiquait « déverrouillé ». Il passa devant le salon, sa femme dormait toujours, le pistolet sur la table basse à coté de la brique de jus. Il hésita, mais préféra s’en aller.
Arrivé à la porte, il sentait la liberté à pleine narine. Il mit le pin et entendit le locket se défaire. Plus qu’un geste et il serait dehors, mais à peine avait-il la main sur la poignée qu’une énorme douleur dans la jambe, suivie d’un son lourd, le fit chuter. Xavier tomba par terre, sa jambe était en sang. Il se retourna et vit Sandra le viser avec son arme en utilisant la brique de jus comme silencieux.
« Tu n’as plus le droit, il est 7 heures passées. »
Sandra visa la tête.
« Qui saura ? »
Et elle tira.
Contribuisci
Puoi sostenere i tuoi scrittori preferiti

