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8 Février 2026

8 Février 2026

Pubblicato 8 feb 2026 Aggiornato 8 feb 2026 Biography
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Je n’ai pas écrit depuis ce fameux lendemain de Noël.


Non, pas parce qu’il n’y avait rien à dire mais plutôt, sans doute, parce que je ne voulais pas rendre réelles, donner de la substance aux perfidies que se réservent les couples qui se désaiment sans avoir jamais appris à s’aimer. Je suis de celles qui s’efforcent d’avancer. Toujours. Mais parfois, aux premières heures du jour, lorsque la nuit se retire sur la pointe des pieds, je me demande ce que serait ma vie aujourd’hui si je n’étais pas montée de mon propre gré dans ce manège qui m’a vidée, jour après jour, de ma substance.


Et j’étais consentante.


Parce que mon cœur ne battait plus que pour cette petite fille qui me faisait tenir debout ; parce que je me sentais dépossédée de toute lumière.

Je n’étais plus qu’un miroir ébréché dont on choisit un morceau pour y chercher son reflet.

J’ai continué d’éteindre tout ce qui brûlait encore, j’ai maquillé chaque stigmate, chaque cicatrice pour les lisser, afin qu’ils ne repoussent personne.

Je suis devenue une « Autre » à travers ce Lui qui me semblait alors si normal que je voulais lui ressembler.

Sa normalité à Lui était un cadre aux angles droits, un bois précieux mais sans écharde, si parfaitement poncé qu’on finissait par y glisser sans jamais pouvoir s’y agripper.


C’était une violence feutrée, une violence en pantoufles qui ne disait jamais son nom, se logeait dans un soupir de lassitude, un sourcil levé devant une émotion trop vive ou ce silence pédagogique qui punit bien mieux que les cris. À ses côtés, j’ai appris la géométrie du silence. J’ai raboté mes propres reliefs, mes propres aspérités, pour tenter de me glisser dans ce moule qu’il présentait comme l’unique façon d’être une femme « normale ».


Je croyais que sa stabilité était mon ancre ; j’ai mis quinze ans à comprendre que c’était mon lest.


Cette normalité agissait comme un anesthésiant qui m’infligeait l’effacement ordinaire. Il ne me demandait pas de changer avec fracas, il constatait simplement, avec une condescendance tranquille, que ma nature profonde était un désordre qu’il fallait polir jusqu'à ce qu’il ne reste plus rien qui puisse accrocher la lumière.


Et le pire, c’est que je le remerciais de me supporter. J’en venais à m’excuser d’exister dans toute ma complexité, demandant pardon pour la poussière que mon feu intérieur faisait retomber sur ses certitudes si bien cirées.

C’était cela, la véritable violence émotionnelle : me convaincre que ma lumière était une gêne et que mon extinction était une vertu.


De lui, j’ai eu un petit garçon, un bébé miracle venu presque comme par magie, et je me suis réfugiée dans la douceur de sa peau, la soyance de ses boucles, l’éclat rieur de ses yeux.


Mes enfants sont devenus ma seule boussole, mon phare dans l’obscurité.


Je croyais être devenue cette Autre, celle qui dormait la nuit, celle qui courait après sa journée de travail pour nicher son nez dans le cou tendre de ses aimés afin de respirer encore la douceur de l’enfance.

Celle qui prévoyait ses menus, organisait des brunchs et achetait les cadeaux d’anniversaire à sa belle-mère.

Les cris se sont tus de lassitude, je tâchais de me concentrer sur le plus joli.

Rien ne comptait plus pour moi que d’être près de mes petits, jour après jour.


Et puis, un jour, les cauchemars sont revenus.


Un soir où j’étais seule, alors qu’il était parti avec les enfants dans la maison de campagne de sa famille, je m’étais assoupie devant la télé quand un bruit de froissement m’a sortie de ma léthargie, le cœur en tachycardie, les sens aux abois. Une sensation de danger immédiat que j’avais cru plonger dans le coma. Mes yeux ont balayé la pièce, mon cerveau en quête de rationalité. Une paire d’iris me fixait de l’autre côté de la fenêtre. J’ai bondi, attrapé le chandelier comme pour me rassurer. Puis j’ai regardé de plus près, en me forçant à respirer : c’était juste mon chat qui m’observait avec dédain et étonnement avant de poursuivre son chemin.


Mais la peur s’était réveillée et elle avait faim.


Elle réclamait des comptes, se moquait de ma naïveté d’avoir cru pouvoir la tenir à distance par le seul pouvoir d’un anneau d’or serti. Elle exigeait que je regarde enfin ce que j’avais fait de moi-même dans le silence de cette maison vide. Alors, j’ai écrit.

J’ai écrit avec une urgence de naufragée, les mots se bousculant comme si la digue venait de céder.

J’ai écrit pour vomir ce bois poncé, ces cadres aux angles droits et ces silences en carcans.

Chaque ligne était une respiration retrouvée. Chaque phrase était une balafre sur cette image de banalité polie que je m'étais auto-infligée.

Cette nuit-là, j’ai compris que le véritable danger n’était pas caché derrière la fenêtre : il était dans ce miroir ébréché que je ne pouvais plus feindre d’ignorer.


“Une anonyme au bout du fil” est née sous ma plume et elle a commencé, avec fracas, à clouer le cercueil de cette union bâtie de guingois sur des sables mouvants. L’écriture m’a libérée de ces secrets que je trouvais si laids que, jusqu’à la veille, je me refusais de les dévoiler. Ce roman m’a ramenée à la vie parce que j’ai osé montrer mes blessures, ne plus avoir honte de ce que j’avais vécu et porter ma résilience comme un bouclier.


Lui n’a pas aimé. Il aurait préféré que je me taise.


Il a lu mes pages et il a pleuré. J’ai cru que c’était de tristesse pour celle qu’il prétendait aimer ; j’ai compris plus tard qu’il pleurait sur lui-même, terrifié par « ce que les gens en diraient ».

Je crois que c’est à ce moment précis que j’ai su. Il n’y avait déjà plus rien à sauver.

Depuis, il m’a fallu du temps, mais j’ai choisi de me choisir. Et tout s’est délité.

Des cris, des reproches croisés, des menaces susurrées, jusqu’à ce soir de Noël et ces mots tranchants comme du cristal qui se brise.

Aujourd’hui, ma « plumerie » cherche son prochain propriétaire.

Je me tiens sur le seuil de ma cage dorée et je regarde l'horizon qui se dévoile lentement à travers la brume hivernale.

J'ai peur, certes, mais c'est une peur propre, une peur qui sent l'air frais.


Je ne sais pas encore où je vais dormir demain, mais je sais enfin qui sera là à mon réveil : moi.

Et ce sera assez.


Juliette

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