Tout était si indistinct
On imaginait Wrangel Island et, dans un même geste de la pensée, vous surgissiez des baies polaires, de la crête des moraines, du gris cendre des oiseaux. Simple cantilène qui ne parlait que de vous, long refrain à la limite des choses, là où la parole n'avait plus cours, ensevelie dans la tourbe de l'ennui. Car, à faire se confondre tout dans une même immersion, il y avait danger d'oubli et promesse d'abandon. Existiez-vous vraiment ailleurs que dans la touffeur étroite d'Ilienne ? Wrangel Island n'était-elle pas une légende venue me dire dans les termes du rêve les désirs inatteignables que je formulais à voix basse ? Tout était si indistinct, tellement éloigné d'une simple hypothèse, fumée se dispersant dans les volutes d'un ciel absent. Vous n'aviez même pas la consistance d'une aquarelle posée sur la feuille blanche, pas même la douce insistance à paraître de l'estompe sur le velours du parchemin. Aucune mine, fût-elle de plomb, n'aurait pu poser les fondements de l'être si subtil que vous dévoiliez au monde comme par effraction.
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