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Marc-Olivier Caffier, analyse n° 1 : Algorithmes et protection des données
Non-fiction
Tecnología
calendar Publicado el 10, ago, 2026
calendar Actualizado 10, ago, 2026
time 20 min
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Marc-Olivier Caffier, analyse n° 1 : Algorithmes et protection des données

"Quelques entreprises, parfois plus puissantes que des États, connaissent nos désirs avant même que nous les formulions"
(Marc-Olivier Caffier, 12/07/2026)


Je dirai même : avant que nous ayons conscience que nous les avons...


... quand elles ne nous les façonnent pas.


La différence offerte par les algorithmes technologiques, c'est leur granularité ultra-fine : leur complexité et la quantité invraisemblable de données qu'ils intègrent les rendent sensibles à tellement de détails apparemment insignifiants qu'ils arrivent à capter les signaux faibles comme aucun individu humain ne le pourrait, et c'est ainsi qu'ils arrivent à connaître nos contradictions internes et nos propres tensions avant même que nous en ayons conscience, à un stade où elles relèvent encore du subconscient – et c'est justement là, dans cette granularité ultra-fine, dans cette réceptivité aux signaux faibles, que réside toute leur puissance.


Quand on vous disait que l'hypersensibilité est une force, pas une faiblesse...


Sauf que l'algorithme, lui, est sans doute hypersensible, mais qu'il n'est pas hyperémotionnel pour la cause. Tout ce qu'il fait, c'est inclure un nombre incroyable de données dans un nombre incroyable de formules et d'opérations qui lui permettent d'en extraire d'autres informations, pour enfin, parfois après un nombre tout aussi incroyable d'itérations, comparer le résultat à des critères préétablis et, selon le résultat, recommander voire appliquer des décisions. De par sa nature même, il est plutôt hyperlogique. L'algorithme analyse, c'est son boulot, c'est sa fonction, c'est sa mission – et il le fait à un niveau de granularité auquel même l'esprit humain le plus analytique ne pourrait arriver qu'après un travail qui lui demanderait beaucoup de temps – des mois, voire des années – et beaucoup d'énergie... là où la machine qui fait tourner l'algorithme y arrive en quelques secondes, voire fractions de seconde, l'énergie lui étant fournie par l'électricité (donc par ce qui la produit), pas par la nourriture, et l'apport en énergie étant continu et infini aussi longtemps que de l'électricité est produite puis fournie à cette machine qui le fait fonctionner. Et la technologie lui permet de collecter une quantité astronomique de données, à un niveau et à une vitesse qu'aucun individu ni groupe humain ne pourrait atteindre, et en dépensant un travail minimal.


Mais la plus grande force de l'algorithme, ce n'est ni sa granularité, ni sa vitesse de collection des données, ni la quantité qu'il peut en stocker. Une donnée isolée ne veut rien dire : elle est insignifiante, elle est neutre. Une donnée ne devient pertinente que lorsqu'elle est croisée avec une ou plusieurs autres données, éparses et séparées ou regroupées au sein d'un modèle. Or c'est ça, justement, qui fait la toute grande force d'un algorithme : sa capacité de croiser les données entre elles... et d'en tirer des conclusions selon certains critères.


Des conclusions qui débouchent sur des actions décidées à leur tour selon certains critères.


Un algorithme ne sait pas tout ce qu'il sait sur un individu ou sur un groupe parce qu'il en aurait "conscience". Un algorithme n'a aucune conscience. Un algorithme n'a conscience de rien.


Un algorithme sait sur un individu ce dont l'individu lui-même est inconscient parce qu'il collecte sur lui une myriade de données et surtout parce qu'il les croise selon des critères bien précis que son créateur lui a donnés comme instructions.


Un algorithme analyse un ensemble de données selon certains critères. Il les regroupe, les croise entre elles et leur accorde une note, une évaluation. Un résultat qui dit ce que leur croisement signifie. Une activité bien humaine, au fond. Quelque chose que les humains ont toujours fait depuis la nuit des temps.


Sauf qu'un algorithme qui tourne sur un ordinateur le fait à une échelle de temps proprement inhumaine... et à une échelle de données et de précision qui l'est tout autant.


La précision et la pertinence d'un algorithme dépendent des instructions qu'on lui a transmises (formules, opérations, critères) et des données qu'il peut recueillir.


Ses instructions dépendent de ceux qui l'ont créé... et des intentions qui étaient les leurs quand ils l'ont fait.


Les données qu'il recueille... dépendent de ses utilisateurs.


Ou plus précisément, des utilisateurs des supports qui lui permettent de les recueillir.


Et c'est ici que le bât blesse.


D'une part, un utilisateur qui ne veut pas être "pisté" par un algorithme et par son créateur, et qui ne veut pas que ses données soient exploitées à des fins qu'il désapprouve, doit rester vigilant et en transmettre le moins possible de façon volontaire sur les sites qu'il visite. Il doit rester vigilant en permanence.


Mais d'autre part, la technologie se raffine à tel point que des données le concernant sont collectées, puis croisées, puis exploitées, sans même qu'il s'en rende compte, et sans qu'il y ait – encore moins – donné son consentement. La technologie a carrément franchi la frontière de l'espionnage – de l'espionnage généralisé, quasi à la sauce Big Brother.


Quand un utilisateur visite un site Web, ce site – ou son algorithme – sait dès les premières secondes à quelle heure il le fait, à partir de quel type d'appareil (ordinateur de bureau, portable, tablette, smartphone), avec quelle résolution d'écran, sous quel système d'exploitation l'appareil tourne, dans quelle(s) langue(s), avec quels paramètres régionaux (notamment dans quel fuseau horaire – ce qui permet de déterminer à la fois quelle heure il est chez cet utilisateur à ce moment-là, et d'en déduire si ses habitudes de navigation sont plutôt diurnes ou nocturnes – et en croisant ces informations avec les paramètres monétaires et linguistiques, d'en déduire dans quelle région du monde il se trouve : sur quel continent, dans quel pays, quelle région, même en l'absence de données de géolocalisation), quel navigateur a été utilisé.


Certes, pourra-t-on dire, cela est prévu à la base pour permettre une adaptation immédiate aux préférences induites de l'utilisateur en matière d'affichage sans que ce dernier ait à se donner la peine d'effectuer les réglages lui-même. Autrement dit, c'est dans l'intention, bien louable en soi, de lui faciliter la vie.


Du moins c'est la raison qui en est officiellement donnée...


Il n'en reste pas moins que même en cochant les paramètres les plus restrictifs possibles sur un formulaire RGPD, le simple fait de visiter un site fournit déjà sur soi une quantité impressionnante de données, qui, en étant croisées, permettent d'en déduire encore beaucoup d'autres informations. Avant même d'avoir eu l'occasion d'accepter ou de refuser quoi que ce soit en matière de collecte de données. Alors certes, le numéro unique de l'appareil utilisé n'est pas encore collecté, ce qui laisse une certaine imprécision quant à son identification. Mais même sans en disposer, les quelques données transmises ici permettent déjà une approximation assez précise de sa localisation et fournissent déjà des informations importantes sur son utilisateur. Ensuite, la transmission même de ces données montre que l'algorithme de collecte a accès aux informations stockées sur l'appareil. De là à penser qu'il a tout aussi bien accès aux logiciels qui y sont installés, à leur fréquence d'utilisation et à son intensité, aux unités de stockage qui y sont raccordées, aux fichiers qui y sont hébergés et même à leur contenu, il n'y a qu'un pas... Je ne dis pas que je vais franchir allègrement d'un bond celui de dire qu'en réalité, tous les sites que l'on visite et même ceux qu'on ne visite pas ont d'ores et déjà accès à tout cela – quel que soit le statut d'activation de la localisation de l'appareil et quel que soit le consentement ou le refus de l'utilisateur... à tel point qu'on en arriverait bien à se demander à quoi servirait encore de désactiver sa localisation, de remplir un formulaire RGPD ou même de crypter ses données puisque "qui de droit" userait par définition dès le départ de logiciels de décryptage qui contourneraient sans recours tous les efforts d'un utilisateur pour garder ses informations personnelles privées. Je n'irai certainement pas jusqu'à prétendre sans rien savoir que c'est d'ores et déjà le cas. Ce serait m'avancer un peu (beaucoup) trop vite. Mais je dis qu'au vu de ce qui existe déjà sans même aller jusqu'à ces extrémités-là, c'est loin d'être invraisemblable. C'est loin d'être farfelu de le supposer. Les technologies pour le faire existent. Dès aujourd'hui. Elles ne sont pas de la science-fiction. Et au vu de ce qu'il est possible de savoir sur soi en une fraction de seconde du simple fait de se connecter à un site sur le Web, je comprends de mieux en mieux la méfiance de certains face à la technologie dans la perspective d'une entreprise de surveillance généralisée...


Dans le genre, il existe encore mieux. Enfin, "mieux"... tout dépend de quel point de vue on se place.


Qui aujourd'hui se déplace encore sans son smartphone ?


Seuls les gens vraiment très âgés aujourd'hui, définitivement brouillés avec la technologie, et dont les facultés cognitives sont tellement dégradées qu'elles leur rendent quasi impossible d'apprendre quelque chose de nouveau, surtout s'il s'agit de l'utilisation de quelque chose d'aussi complexe qu'un smartphone ou un ordinateur, utilisent encore un téléphone portable à l'ancienne mode, genre Nokia 3310 ou même de la génération d'après. Même à 60 ans et au-delà, peu de gens conçoivent encore de se passer de ce petit ordinateur de poche, véritable bijou de technologie qui ne leur permet pas seulement de communiquer – oralement ou par écrit – d'écouter de la musique et de prendre des photos, mais aussi de se connecter à Internet et de bénéficier par ce biais de toute une série d'applications, au premier rang desquelles la messagerie et le GPS. On y enregistre des vidéos, on y surfe sur YouTube et sur les réseaux, on y visionne ses séries préférées et on y lit même des bouquins ou des Web Comics. Entre beaucoup d'autres choses.


Même le berger masaï en plein cœur de l'Afrique utilise une application de smartphone pour savoir sur quels marchés il peut vendre les produits de son élevage ou acheter ceux des autres aux prix les plus avantageux. Si si !


Et pourtant, et pourtant, et pourtant...


Nous le savons tous en réalité, nous en avons tous entendu parler, mais nous l'oublions parce que par ailleurs, ça nous arrange : le micro et la caméra de notre précieux servent aussi à voir ce qui se passe dans nos parages immédiats ou à évaluer notre environnement sonore. Et côté tablettes et ordinateurs, portables ou non, c'est exactement pareil. Qui n'a jamais eu l'occasion de constater qu'il venait à l'instant, ou quelques minutes auparavant, de parler d'un produit quelconque... et que bingo, une publicité pour ce produit exact s'affichait sur son écran ?... Un hasard ? Non. Vous vous souvenez d'Edward Snowden ? de la façon dont il disait que quand il travaillait encore pour la NSA, il pouvait d'une seconde à l'autre intercepter et écouter n'importe quelle communication téléphonique n'importe où dans le monde ?


Dans L'Honneur perdu de Katharina Blum (Die verlorene Ehre der Katharina Blum), Heinrich Böll s'inquiétait déjà dans les années 1970 des écoutes téléphoniques et de leur intrusion dans la vie privée. Que dirait-il maintenant, un demi-siècle plus tard ?


Qui se souvient d'Edward Snowden, de Julian Assange, et de tant d'autres lanceurs d'alerte ?


De façon un peu moins inquiétante, mais tout de même, cela fait au moins une quinzaine d'années que nos historiques de surf sur nos navigateurs et sur nos applications permettent aux sites Web comme aux annonceurs publicitaires de nous proposer contenus et produits qui correspondent à nos recherches et visites les plus récentes. Comme on peut le voir, la technologie de collecte de données s'est bien perfectionnée depuis. Et elle ne se limite pas à Internet.


J'ai dernièrement entendu qu'une chaîne de télévision, ou bien est-ce une marque de téléviseurs, je ne sais plus, a porté plainte parce qu'une émission avait été enregistrée via le micro du smartphone d'un utilisateur, à l'insu de ce dernier, sans l'autorisation de l'émission, de la chaîne ou de la marque – je ne sais plus. Sans celle de l'utilisateur non plus bien sûr – le pauvre, il était le tout premier épouvanté d'apprendre que son téléphone portable pouvait être utilisé de cette manière à son insu et à son corps défendant.


Quoi qu'il en soit : un présentateur télé, une chaîne ou une marque de téléviseurs peut porter plainte et avoir un certain poids. Ils ont de toute façon les moyens de payer des avocats pour défendre leurs intérêts et des détectives pour rechercher qui est derrière tout cela. Mais nous, les utilisateurs lambda ? Même réunis ? Et plus encore si nous sommes isolés ?...


En une phrase comme en un roman : la collecte des données privées des utilisateurs va bon train. Qu'ils le veuillent ou non. Avec ou sans leur consentement. Avant même qu'ils aient coché la moindre case sur un formulaire RGPD (même pas unifié d'ailleurs, et qui chez certains ne permet même pas de s'opposer à la collecte des données) ni saisi le moindre caractère dans le moindre champ d'un autre formulaire pour y taper leur nom, leur adresse, leur numéro de téléphone, leur âge, celui de leur belle-mère, le nom de leur chien ou que sais-je encore d'autre.


De là à ce que l'on décrète que la collecte des données personnelles des utilisateurs est indispensable au fonctionnement des technologies modernes et que toute personne qui les utilise y consent par là même ainsi qu'à leur exploitation, quelle qu'elle soit, il n'y a qu'un pas. Je pense qu'ils ont beau s'être présentés pendant des décennies, et se présenter encore aujourd'hui, comme "the land of the free" et le leader du "monde libre", c'est bien dans cette direction-là que les États-Unis aimeraient voir évoluer les choses partout dans le monde, et c'est déjà bien ainsi qu'ils les appliquent chez eux. "Dans l'intérêt de leurs entreprises privées", pourraient-ils dire, "et aussi dans l'intérêt d'un pays qui est le seul à pouvoir défendre partout dans le monde la liberté privée d'entreprendre". À chacun de se faire son opinion. Toujours est-il que sur le plan du respect du caractère privé des données personnelles, les utilisateurs des technologies modernes ne sont pas mieux protégés là-bas qu'en Chine, patrie par excellence du crédit social et du contrôle des individus. Les motivations ne sont sans doute pas les mêmes... mais les résultats finaux, eux, sont identiques.


À part ça, vive la liberté...


Ma foi, tant qu'il ne s'agit encore que de marketing et de commerce... disons que ce n'est encore qu'un demi-mal. Après tout, personne ne pose (encore) un revolver sur la tempe de qui que ce soit pour qu'il achète quoi que ce soit (encore heureux !). "Qui de droit" tente bien sûr de nous manipuler pour nous faire agir dans leur propre intérêt... qui n'est pas forcément le nôtre évidemment... mais nous avons encore la possibilité de rester vigilants, de résister aux sollicitations, de ne pas acheter ce que certains voudraient nous faire acheter et de ne pas nous laisser réduire au statut de consommateurs vaches à lait. Sur ce plan-là, jusqu'à présent, ce sont encore toujours les individus qui décident (jusqu'à quand encore, l'avenir nous le dira).


À l'heure actuelle, si un individu donné est ordinatophobe, tablettophobe ou smartophobe, il a encore le droit de refuser toutes ces technologies et de s'en retourner vivre au milieu des bois. Personne ne l'en empêchera. Personne ne le sanctionnera pour ça. Aucun policier ne l'arrêtera, aucune personne physique ni morale ne lui intentera un procès pour ça, personne ne le jettera en prison pour ça, il ne sera jamais obligé de payer une amende pour ça. Il ne sera pas condamné à mort pour ça, ni exécuté pour ça, ni battu de verges sur la place publique pour ça. La société n'exigera pas de lui un repentir public en bonne et due forme pour ça.


Même si, en fait, on l'y contraint sans en avoir l'air en utilisant la manière douce. Enfin, douce – tout est relatif. On l'y contraint par la puissance de la nécessité et des circonstances, en rendant les technologies modernes indispensables à toute démarche administrative et à toute transaction commerciale qui auparavant se déroulaient très bien sans technologie. Il devient de plus en plus difficile de remettre dossiers et formulaires sous forme papier, par exemple. Ou encore on nous prépare l'abolition de l'argent liquide pour très bientôt. Tout cela sous prétexte de modernité.


Mais que se passerait-il si un jour, le processus devait déborder du marketing et du commerce pour verser dans le contrôle politique version 1984 ou dans le crédit social à la chinoise ?...


Big Brother is already watching you guys and gals. Or better said : he is already watching us.


Même si George Orwell n'a jamais prévu que les télécrans de 1984 seraient un jour utilisés pour faire du placement de produit.


Affaire à suivre...


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© Jackie H, 2026

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Texte entièrement rédigé par un être humain

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© Cover Image © Becris | Flaticon
© Author's name / pen name Jackie H
Sources, citations, co-authors https://www.facebook.com/share/v/19CcLgBVzX/ – Marc-Olivier Caffier, reel sur Facebook ; Heinrich Böll, "Die verlorene Ehre der Katharina Blum", 1974 ; George Orwell, "1984", 1948
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