Moins vite
Notre culture est celle du jetable. La nouveauté fait buzz, attire et scotche le consommateur. Le cerveau se laisse happer. Le voici fixé un instant, en train de gober. Un court instant de concentration. Zip. Il a saisi un truc, il s’est fait une idée. Son premier intérêt s’émousse. Oui, il se voit avoir compris. Il est temps d’aller voir ailleurs. Zou. On recommence...
Et, si c’était zoom plutôt ? Nouvelles, récits, poésie, chroniques, articles… peinture, sculpture, théâtre sont un amusement difficile ; ils exigent une durée de pause. Le cerveau caféiné demande des connexions rapides, frénétiques, instables. Le zoom prend trop de temps. Trop de tracas, trop d’effort, trop d’énergie. Trop d’investissement profond.
Ainsi va notre vie. L’instabilité physiologique entraîne l’instabilité psychologique, relationnelle, professionnelle. La robotisation progresse et n’est nullement la science-fiction. Alors que les textes se lisent dans leur expression directe, mais aussi indirecte. Alors que les façons de saisie et de compréhension d’une œuvre nécessitent une réflexion. Alors que la contemplation entame un mouvement intérieur, un tissage entre 'ici et maintenant' et notre mémoire, nos vécus, nos ressentis. Alors que pour se laisser toucher en profondeur, il faut le silence et le calme. Qu’allons-nous devenir ? Seuls les 'humeurs' des pages jaunies ont encore la chance d’échapper à la pandémie du speed.
Bożena Wiśniewska-Le Talludec. 2026.
Tous droits réservés. Ce texte est de ma plume et le fruit de mes réflexions. Aucune IA employée ni ayant droit.
Photo de l’auteure.
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