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Le Danemark, l'Europe, le Groenland et Donald Trump (2)

Le Danemark, l'Europe, le Groenland et Donald Trump (2)

Publicado el 10, ene, 2026 Actualizado 10, ene, 2026 Política
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Le Danemark, l'Europe, le Groenland et Donald Trump (2)

Comme Thierry Curty m'a fait l'honneur d'un beau commentaire circonstancié sur ma publication précédente consacrée au même thème, et comme une fois encore ma réponse est trop longue pour tenir dans un simple commentaire, je continue ici.

(Je tiens à préciser que j'ai un grand respect pour les analyses de Thierry et que même si je ne suis pas forcément toujours d'accord avec tout, j'apprécie beaucoup son esprit constructif et le regard original qu'il porte sur notre monde 🙂)


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Oui, apparemment il y avait au départ au Groenland une population arrivée via le Canada et qui s'est éteinte pour des raisons non encore élucidées après avoir cohabité pendant des siècles avec les descendants des compagnons d'Erik le Rouge, et aussi avec les Inuits arrivés par après. Mais il semble que leur extinction ne soit pas due à un conflit entre populations. Ensuite, les habitants d'origine scandinave ont déserté le Groenland pendant le Petit Âge Glaciaire médiéval, pour y revenir ensuite sous l'impulsion du missionnaire Hans Egede (qui a sa statue à Nuuk), tandis que les Inuits, dont le mode de vie était apparemment mieux adapté aux grands froids, y étaient restés pendant ce temps-là. Donc il existe effectivement un lien ancien entre la Scandinavie, et à travers elle l'Europe, et le Groenland.

De la même manière, les revendications étatsuniennes sur le Groenland ne sont pas nouvelles. Il y a eu plusieurs propositions de rachat au cours de l'Histoire, la première émanant de George Washington lui-même - ce qui renforce mon commentaire selon lequel la position de Trump n'est pas illogique en soi. Mais aucun président des USA n'a jamais affiché dans le passé l'intention de le conquérir par les armes.

Alors certes, entre les États-Unis et de nombreux pays d'Europe et d'Union Européenne, il y a le traité de l'OTAN. Il est un fait que si son article 5 prévoit bien que "une attaque contre un est une attaque contre tous", cet article n'était prévu que pour le cas d'une agression extérieure et que le cas de figure d'un conflit armé entre membres de l'Alliance atlantique n'a tout simplement jamais été envisagé. Il est sûr que dans ce contexte, avec tout autre que Donald Trump aux manettes aux États-Unis, l'hypothèse même d'un casus belli était inenvisageable : de fait, Européens et Américains collaborent déjà militairement au Groenland et les USA y ont une base (comme dans de nombreux pays d'Europe et même du monde, d'ailleurs - sans que pour autant il soit question d'en annexer aucun). Mais avec un Donald Trump aux commandes, qui n'hésite pas à remettre le statu quo en question, ni non plus les accords existants s'il les estime défavorables à son pays, et qui ne recule devant rien, pas même devant l'enlèvement du président en exercice d'un pays souverain, je suis plutôt d'avis qu'il faut s'attendre à tout. Peut-être Trump ne fait-il que rouler des mécaniques histoire d'impressionner et de tester la détermination de son vis-à-vis : ce n'est pas à exclure. Après tout, c'est une technique de négociation bien connue, et Donald Trump devrait s'y connaître en négociation avec son passé - et son présent - d'homme d'affaires. Mais l'Histoire regorge d'exemples de traités qui ont été révoqués - autrement dit : déchirés comme de vulgaires bouts de papier - dès que ceux qui les estimaient contraires à leurs intérêts et/ou à leurs objectifs avaient acquis la puissance suffisante pour se permettre de le faire. Donc je crois qu'en la matière, il vaut mieux rester prudents, ne rien tenir pour acquis, et ouvrir l'œil - et le bon. Le Groenland, le Danemark et l'Union Européenne ont-ils la détermination voulue autrement qu'en paroles, et surtout les moyens éventuels d'une politique d'opposition ? C'est là que j'ai un doute...

Ceci dit, le sous-sol du Groenland est d'ores et déjà exploité, mais le climat y apporte des difficultés non négligeables. Tout comme les problèmes rencontrés par les infrastructures sont similaires à ceux que les Russes rencontrent en Sibérie, pour la même raison : le climat.

Mon "objection" quant à l'extraction et au raffinage des ressources minières portait sur le fait qu'il s'agit généralement d'activités polluantes en soi, même s'il s'agit d'extraire et de raffiner des minéraux qui permettent de réduire la dépendance aux énergies fossiles, ce qui fait classer leur exploitation comme "écologique".

Maintenant, même si les Inuits ne sont pas historiquement les occupants les plus anciens du Groenland, ce dernier est considéré comme un "pays autonome". J'ai pour ma part apprécié que la Première ministre danoise, Mette Frederiksen, ait été bien claire sur le fait que l'avenir du Groenland ne se déciderait pas sans ses habitants et qu'elle leur ait reconnu un siège à la table des négociations (une réunion tripartite est prévue prochainement).

Selon un sondage, 56% des Groenlandais sont en faveur de l'indépendance et seulement 6% d'entre eux souhaitent faire partie des États-Unis - le reste étant plutôt partisan du statu quo. Par contre, un Groenlandais sur six (dont les 6% partisans du rattachement aux USA) s'estime favorable à une coopération économique avec les États-Unis, à condition de ne pas être oubliés dans la répartition du bénéfice de l'exploitation de ressources qui, après tout, se trouvent bien sur leur sol - ce à quoi il n'y aurait rien que de très logique.

Ceci dit, même si Donald Trump se dit prêt à aller jusqu'au bout - c'est-à-dire jusqu'à une confrontation armée s'il le faut - il est aussi bien conscient que même s'il a les moyens de l'emporter, le vainqueur d'une guerre y perd aussi. Quoi qu'on en dise, l'Union Européenne, même si ce n'est ni la Russie ni la Chine, ni même l'Inde, ni non plus la Corée du Nord (petite certes mais nucléairement armée et surtout déterminée), ce n'est pas non plus le Venezuela (et en plus, quoi qu'il en pense, dans l'état actuel des choses, ce sont encore toujours des alliés). Et si lui-même l'oublie, son entourage est là pour le lui rappeler. Même si Groenlandais, Danois et Européens de l'Union n'ont pas les moyens d'avoir le dessus, et probablement encore moins l'envie de se battre - il suffit de voir comment la population réagit quand on parle de l'Ukraine, même s'ils prennent généralement son parti et si l'Ukraine est aux portes de l'Union - si l'on en venait malgré tout à une confrontation, ils auraient les moyens de faire mal. Une guerre, ça coûte en vies humaines et en moyens matériels souvent très chers. Il est donc toujours plus économique de commencer par essayer d'employer la manière douce. Pas parce qu'on est particulièrement pacifiste, ni plus simplement pacifique, mais parce que la priorité est d'économiser ses moyens et ses ressources. Pour minimiser voire éviter les pertes que même le vainqueur subirait. En bon homme d'affaires qui se respecte, Trump part du principe que les gens recherchent avant tout la prospérité, que c'est la mangeoire vide qui fait grogner le cochon, et que les Groenlandais ont beau répéter qu'ils ne sont pas à vendre, tout au fond de soi, chacun a son prix. Donc il tente d'appâter les Groenlandais par la promesse d'une richesse qui ne résulterait pas simplement de l'exploitation des ressources de leur sous-sol ni de l'utilisation de leurs vastes espaces vierges, mais du bénéfice d'une rente substantielle pour chaque habitant de l'île. Comme elle ne compte que 57000 habitants, les États-Unis ont encore les moyens de mettre la main au portefeuille sans se ruiner s'ils s'estiment gagnants à long terme dans l'opération.

Si ce cas de figure devait se réaliser, évidemment, les grands perdants seraient le Danemark et l'Europe... Mais auraient-ils les moyens de s'y opposer ?

Et surtout, en auraient-ils la volonté ?

Comme toujours, affaire à suivre...


Crédit image : © Connormah - licence CC BY-SA 3.0


© Jackie H, 2026

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Texte entièrement rédigé par un être humain

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Alexandre Leforestier verif

Alexandre Leforestier hace 16 minutos

Fort intéressant pour de vue. Je ne suis pas d’assez prêt le sujet pour me positionner en revanche que cette partie de la Terre soit stratégique pour le prochain siècle, c’est sur.

La route de la soie passe partout et dans mon domaine numérique en 20 ans la Chine a pris le pouvoir civilisationnel. Les renversements vont très vites. Le nord est une route de plus en plus stratégique et commerciale, donc les convoitises sont évidentes. Je dis une chose, mieux commencer à protéger le Nord avant que d’autres vaisseaux s’installent et pour la protection économique et armée du Nord, je ne fais pas du tout confiance à l’Europe. Pourtant vous savez que je suis très Europe… L’Europe est à poil et pleine de contradictions et nous le payons très cher.

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