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Parler aux C.H.A.T.s
Fiction
Humor
calendar Publicado el 22, sept, 2026
calendar Actualizado 22, sept, 2026
time 10 min
Alexandre Leforestier verified
Alexandre Leforestier hace 20 horas

Ah ! Et bien voilà, cette fameuse publication, ouf ! Nous y sommes arrivés ))

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Parler aux C.H.A.T.s

Tout commença par une erreur de classement à la préfecture.


Une erreur modeste, presque pudique, née dans le silence dense d’un bureau bordeaux, entre un tampon marron et des trombones jaunes, avec la complicité d’un logiciel de gestion dont nul ne connaissait plus la fonction.

L’adjoint administratif, Félix Persan, conquis par les promesses de l’IA, y recourut malgré les injonctions fermes des syndicats.

Ceux-ci étaient frileux à l’idée de voir supplantées leurs antiques techniques bureaucratiques par un vulgaire partenaire binaire. Il confia pourtant à un agent virtuel le classement nomenclatural, chronologique, alphabétique et enfin géographique des associations locales.

Perturbé par sa nouvelle souris ergonomique, il s’embourba dans les copier-coller et autres glisser-déposer, et perdit bientôt la trace de la fenêtre attentive de son compagnon artificiel.

En tentant de la retrouver, il s’adressa à l’outil :

— Mais où est le chat ? Le chat ! Mais non, pas WhatsApp. Pas la météo non plus ! Je veux TOUS MES CHATS AVEC L’IA !!

L’outil illégitime, s’efforçant de satisfaire l’être doté d’intelligence réelle, fusionna consciencieusement dans un même dossier toutes les structures du département partageant le même acronyme : C.H.A.T.

L’administration, constatant l’existence de cette nouvelle entité sans pousser l’indiscrétion jusqu’à vérifier ce qu’elle pouvait contenir, adressa une convocation aux sièges des groupes concernés.


« Mesdames, Messieurs, dans le cadre de la simplification des nomenclatures, vous êtes invités à désigner un représentant unique. »


La réunion eut lieu un mardi matin dans la salle polyvalente de Saint-Félin-lèz-Griffes, petit patelin paisible, prospère et passablement fier de son musée d’histoire de la litière.

La modeste bourgade avait été choisie car elle était la seule du département à accepter les réunions impliquant le public, tandis que les autres ne le permettaient pas faute d’agents disponibles pendant la période des vacances estivales (soit entre le 10 mai et le 28 octobre environ).


Mais la commune ignorait encore qu’elle allait devenir l’épicentre historique d’une aberration

acronymique majeure. Félix Persan, envoyé par la préfecture, avait préparé quatre dossiers violets, cinq stylos dont un fluo, un registre bistre et le tact intact de l’homme qui ignore encore tout de sa destinée

matinale.

Alors que le local multifonction se remplissait à mesure que les délégations s’installaient, chacune sans se mêler aux autres, le premier représentant déposa sur la table centrale douze kilos de pommes de terre, quatre reblochons et une bonbonne de vin blanc.

Deux de ses compagnons entreprirent en parallèle de vérifier les prises électriques de la salle.

— Comité Hivernal d’Approvisionnement en Tartiflette, annonça le porte-parole. Notre mission est de garantir à chaque citoyen un accès digne et équitable au reblochon.

Félix leva les yeux de son registre.

— Pardon ?

— Nous réclamons notamment la constitution d’une réserve stratégique nationale de pommes de terre, l’inscription du lardon fumé au patrimoine immatériel de l’humanité et la reconnaissance de toute pénurie de fromage comme calamité publique.

Félix nota quelque chose dans son registre.


— Très bien. Aux suivants !


Trois hommes, qui s’étaient déjà emparés du buffet, se retournèrent. L’un déplaçait méthodiquement les coupelles tandis que les deux autres débattaient à voix basse de la position des cornichons. L’un d’eux leva l’index tel un écolier. — Je vous en prie… monsieur… ?

Tandis que l’homme à l’index levé, qui semblait commander, s’approchait, l’un de ses lieutenants rapprocha les olives vertes, éloigna les noires, réaligna les saucissons, puis corrigea de deux centimètres et demi la position des serviettes.

— Confrérie des Habitués de l’Apéritif Tactique.

— Et vous faites quoi, exactement ?

L’homme parut surpris par la naïveté de la question.

— Nous étudions la disposition optimale des olives, cacahuètes, cornichons et autres tapenades en environnement convivial contraint. La trajectoire des cure-dents, la vitesse de raréfaction des pistaches, l’adéquation des verres aux divers protocoles d’usage.

Il désigna la droite du buffet, puis demanda d’une voix plus forte :

— D’ailleurs, qui a mis les noix de cajou à cet endroit ?


Personne ne répondit. — Hummm… Suivants, s’il vous plaît.


Le tour de table s’arrêta à la place réservée au Cercle des Hommes Admirant les Tractopelles.

Félix consulta son registre.

— Le Cercle des Hommes Admirant les Tractopelles n’est pas là ?

Pas de réponse.

Il attendit quelques secondes, raya quelque chose et releva la tête.


— Bien. Les suivan… heu… suivantes ?


Un bruissement de foulards accompagna la femme qui semblait mener la délégation concernée. Elle se leva et s’avança avec une majesté tranquille vers Félix.

Elle posa sur le coin de la grande table un jeu de tarot, puis ajusta son calot d’hôtesse de l’air.

— Je suis la Grande Prêtresse de la Congrégation des Hôtesses Adeptes du Tarot Traditionnel et Ésotérique. Nous militons pour que chaque vol fasse l’objet d’une consultation des Arcanes après les démonstrations de sécurité.

Elle retourna une carte.

— Le Bateleur. C’est un bon signe.

— Pour… la réunion ? demanda Félix.

— Non. Pour vous.


Félix referma son registre.


Il regarda les pommes de terre, puis le jeu de tarot et, enfin, la place restée vacante.

— Il ne nous manque donc plus que…

La porte s’ouvrit alors. Quatre hommes entrèrent les uns derrière les autres, manifestement ravis.

— Toutes nos excuses. C’est qu’il y a une sacrée belle pelleteuse à l’entrée du village.

Félix regarda la pendule.

— Vous avez quarante minutes de retard.

— Oui, en effet, nous avons attendu la fin de la pause café du conducteur. Le plus âgé s’assit, des étoiles dans les yeux.

— Une très belle machine.

Son voisin acquiesça.

— Souveraine des voiries.

— Princesse des sous-sols, ajouta le troisième.

Le dernier entré ferma les yeux, puis laissa échapper, détachant chaque syllabe dans un souffle contemplatif :

— Im-pé-ra-trice des terrassements.

Félix attendit.

— Et vous êtes donc sûrement le Cercle d…

Les quatre hommes confirmèrent en chœur. — Le Cercle des Hommes Admirant les Tractopelles, enchantés.


Le tour de table était terminé.


Félix s’éclaircit la voix. — Bien. Au nom de la préfecture, je vous remercie de votre venue. Comme vous l’avez

compris, nous devons élire un porte-parole commun afin que l’administration puisse plus aisément parler aux C.H.A.T.s.

— Et aux C.H.A.T.T.E.s ! compléta la Grande Prêtresse.

— Très bien. Commençons donc simplement par un vote à main levée !


Le Cercle des Hommes Admirant les Tractopelles neutralisa rapidement le processus.

— Un instant. L’angle n’est pas réglementaire.

— Quel angle ?

— Celui du coude.

Une discussion s’engagea sur la vitesse du geste, l’inclinaison idéale d’un bras de pelleteuse et la nécessité d’un étalonnage millimétré des articulations.


Le bulletin secret sous enveloppe au format officiel fut refusé par les Hôtesses, selon lesquelles les Arcanes réclamaient un scrutin public.

Les Tacticiens firent capoter la tentative d’appel nominal au titre de sa pauvreté manifeste en convivialité apéritive.

Ils formèrent alors une alliance politique avec les promoteurs de Tartiflette.


À onze heures, personne n’avait encore voté.

Félix eut une idée.

Il contempla l’écran de son ordinateur.

Il démarra l’outil.

Il hésita… Les syndicats avaient été formels.


Il regarda les pommes de terre, les cartes puis les olives. Et les quatre hommes fascinés par une pelleteuse.

Puis il agrippa sa souris neuve et lança un nouveau chat.

— Puisque tu nous as mis dans ce bourbier, trouve-moi une structure administrative unique capable de regrouper tout ça.

L’intelligence artificielle réfléchit avec une sérénité que n'affichent que ceux qui ne craignent aucune sanction.


Puis apparut :


CONFÉDÉRATION D’HARMONISATION INTERASSOCIATIVE DES ENTITÉS NATIONALES


Félix resta immobile.

Il relut une fois, puis deux, et se leva enfin.

— Mesdames, Messieurs, la préfecture a trouvé une solution. Vos associations vont être regroupées au sein d’une nouvelle structure.

Un silence solennel s’abattit sur la salle.

Les fronts se plissèrent, les regards se croisèrent et les responsables associatifs attendirent le verdict.

— Laquelle ?

Félix ajusta ses lunettes avec cette lenteur propre aux hommes qui s’apprêtent à annoncer une absurdité tout à fait réglementaire.


— La Confédération d’Harmonisation Interassociative des Entités Nationales.

Le président du Comité Hivernal d’Approvisionnement en Tartiflette compta mentalement sur ses doigts.

— C.H.I.E.N. ?

— Exactement, confirma Félix. L’administration a résolu de tous vous nicher dans le même

panier. Le représentant du Cercle des Hommes Admirant les Tractopelles s’indigna :

— Mais Monsieur ! Les C.H.A.T.s ne font pas des C.H.I.E.N.s !

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© Author's name / pen name Romain Lazaud
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Faites ce que vous voulez, cela ne m'appartient plus

Comentario (1)

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Alexandre Leforestier verif

Alexandre Leforestier hace 20 horas

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