Logorallye de phrases
Logorallye de phrases
Logorallye de phrases
Quand j’étais petite, je comptais mes doigts le soir avant de m’endormir dans mon petit lit de cuivre.
C’était souvent des compresses qu’il fallait tenir enroulées autour.
« Qu’as-tu là, petite ? »
« Tu n’es pas bête, petite », dit mon oncle
Il était une fois, dans un pays lointain, une jeune fille qui arpentait le trottoir sombre de la capitale.
Je me suis senti pris de sympathie pour elle et, lui ayant offert un verre dans un bouge voisin — qu’elle accepta —, je l’ai entendue s’épancher. Elle avait un besoin inextinguible de parler… de parler… de parler… Alors, naturellement, elle me raconta sa vie dans l’ordre chronologique.
« Quand j’étais petite, commença-t-elle, je comptais mes doigts le soir pour m’endormir, comme d’autres comptent les moutons. J’étais seule dans mon petit lit de cuivre — étrange cage qui me gardait prisonnière. Je comptais donc jusqu’à dix, puis recommençais, et recommençais encore : dix doigts, vingt doigts, trente moutons, quarante moutons… Et puis un soir, neuf doigts… dix-neuf doigts… Et le lendemain, huit doigts… dix-huit doigts… Mais qui donc s’amuse à faire des méchouis avec mes moutons ? Pardon : avec mes doigts !
Je n’ai su qu’un peu plus tard que c’était la lèpre qui m’avait bouffé les didis. Heureusement, un médecin qui se trouvait de passage par-là, après avoir été viré du conseil de l’ordre pour trafics d’organes, me prit en charge et me soigna tant bien que mal.
Il me tartinait à longueur de journée de multiples pommades et onguents de sa fabrication. Je dégoulinais de graisse de bœuf et de suint de cochon. C’étaient souvent des compresses qu’il fallait tenir enroulées autour. Enfin… tant que nous avions des compresses ; sinon, on devait faire avec du papier journal.
Finalement, je guéris. Mais, bien sûr, mes doigts, eux, n’ont pas repoussé, dit-elle en se saisissant de son verre pour se désaltérer entre le pouce et l’auriculaire restants de sa main droite.
Ainsi se passa mon enfance. À dix ans, je perdis mes parents — enfin, quand je dis perdis, pas tout à fait : mon père et ma mère eurent un jour la mauvaise idée d’écouter un prédicateur qui traînait dans le coin. Ils le suivirent comme des moutons suivent un berger, et là encore, on ne sait s’ils n’ont pas, eux aussi, fini en méchoui.
Je fus donc recueillie par mon oncle et ma tante. Ils prirent soin de moi et voulurent m’envoyer à l’école. Mais de l’école, je m’enfuis le jour où un nouvel instituteur, qui venait d’arriver de la ville et qui, remarquant ma difficulté à tenir mon crayon, éclata de rire en me disant :
— Qu’as-tu là, petite ?
Je suis rentrée chez tonton et tata, en pleurs et en courant. Et je me suis expliquée en disant que, peut-être, au fond, j’avais été un peu bête de réagir ainsi.
C’est alors que : « Tu n’es pas bête, petite », dit mon oncle. « Mais il faut bien reconnaître, quand même, que tu es un peu con ! »
— Voilà, monsieur, vous savez tout de moi, dit-elle en regardant son verre lui glisser d’entre les deux doigts et s’écraser lamentablement sur ses genoux.
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