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Jordan et l’amour
Fiction
Humor
calendar Publicado el 10, abr, 2026
calendar Actualizado 10, abr, 2026
time 6 min

Jordan et l’amour

Comme tous les grands hommes, Jordan avait toujours eu le tort d’avoir raison. Il était le Che Guevara du Calvados et de la méthode agile. Le Christophe Colomb de l’analyse Pestel et de la notoriété top of mind. Il mesurait la même taille que tout le monde. Sa coiffure était banale, grisonnante : sans saveur. Parfois, lorsque son rasoir se lassait de lui, une caricature de barbe parasitait ses grosses joues d’écureuil gourmand et il se sentait aussi viril qu’un cycliste qui aurait oublié de s’épiler les mollets.


Dans une perspective de marketing global, il avait fait le choix d’une paire de lunettes bleues assorties à la carrosserie de sa mini cooper. Il portait aussi un pull marron-vert-gris-moche (on ne sait pas trop) qui mettait en valeur rien du tout.


Ainsi accoutré, il se sentait aussi flamboyant qu’une bicyclette vintage en titane chromé. Ce qui, à n'en pas douter, est l’idéal de beauté vers lequel tout individu sain d’esprit devrait tendre.


Dans cet état de confiance absolu, qui caractérise l’homme d’expérience, il se sentait capable de mettre le monde à ses pieds.


***

Jordan était parfois d'humeur à partager sa perfection avec le monde. Même si, ses goûts en matière d’érotisme se bornaient généralement à l’étude d’X-mind, de wordpress et du minitel, il était très conscient de son propre potentiel et autorisait parfois de rares élues à profiter de sa compagnie.


C’est ainsi qu’un soir de printemps, il prit la route pour aller à la rencontre de Morgane K. dans un petit bar du centre-ville de Rennes : “le Banane club”. Il avait choisi l’établissement pour son nom, parce que “c’est rigolo” et qu’il lui semblait important de faire savoir à sa prétendante que son sens de l’humour, qui avait, jadis, fait des ravages dans les cafés-théâtres de Caen et enrichit les marchands de tomates, n’était pas mort.


Après avoir fait remarquer au serveur que l’enseigne du bar méritait une refonte, il lui offrit un petit cours de communication, saupoudré de concept théorique et abstrait avec un charisme à endormir un cocker sous ecstasy avant de rejoindre Morgane qui l’attendait depuis trois quarts d’heure.


C’était une petite dame qui semblait toujours perdue et avait capitalisé sur l’échec de sa propre carrière pour devenir coach professionnelle. Sûr de sa force, Jordan l’aborda en traînant derrière lui un vidéoprojecteur.


-Ça vous dérange si j’installe un peu de matériel ?


-Non, répondit Morgane qui avait déjà perdu tout espoir.


-J’ai fait des cartes mentales pour organiser notre soirée, c’est plus simple, plus visuel, affirma Jordan en démarrant son ordinateur.


Morgane eut soudain l’impression d’être prise en otage.


Pendant un peu plus de deux heures, Jordan le Magnifique fit défiler devant sa victime, une mind map plus complexe et riche en embranchements qu’une cartographie complète du réseau SNCF. Les différentes étapes du document leurs permirent de dresser un panorama étendu de leurs profils et d’avoir une idée précise de leurs futurs possibles. Des questions cruciales telles que les noms de leurs hypothétiques enfants, le choix d’un régime matrimonial ou leurs conceptions de l’innovation technique en tant que vecteur de croissance économique au sein d’un foyer français en tant de crise furent soulevées.


Morgane vécut son rencard en auditeur libre, ne se manifestant que pour proposer à Jordan de dessiner un arbre et schématiser plus simplement tous ces concepts. L’idée fut balayée d’un revers de la main, parce qu’on est en 2024, qu’à un moment donné il faut vivre avec son temps et que s’il avait voulu passer du temps avec un misonéiste il aurait dîné avec son père.


Sentant que sa proie lui échappait, Jordan eut recours à sa botte secrète : le balayage lingual. Il passa le bout de sa langue sur ses lèvres avec subtilité (au ralenti et en bavant).


Morgane s’évanouit et tomba de sa chaise.


Jordan n’en fut pas surpris, il provoquait souvent ce type de réactions.


-À tous les coups c’est du matériel chinois ça !


Le serveur qui passait par là lui fit remarquer que c’était raciste.


-Ta gueule ! dit Jordan qui subissait depuis quelques mois l’influence nocive d’un jukebox à juron nommé Margot.


Lorsque Morgane reprit ses esprits on s’aperçut qu’il était 22 h 30 et qu’elle n’avait toujours pas mangé. Ce qui d’après le serveur, qui n'avait pas su prendre en compte le charme trouble et envoutant de Jordan, (la faute, sans doute, à un cursus scolaire insuffisant à la construction d’un esprit d’analyse efficace et pénétrant) pouvait expliquer sa faiblesse passagère.


On lui servit donc, sans attendre, un plateau de charcuterie de peur qu’elle ne mette pas plus de deux étoiles à l’établissement sur Tripadvisor.


Mais le mal était fait.


Il poursuivit son monologue et l’assomma définitivement, elle finit la soirée la tête coincée entre un morceau de comté et une tranche de bacon. Jordan était ravi, il avait toujours eu beaucoup de succès auprès des insomniaques.


Il savoura sa victoire en s’efforçant d’oublier que, le lendemain, il devrait affronter son ennemie ultime, Kellie, et le regard indifférent d’un amour, cette fois, non-partagé.



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