Le Complexe : chapitre 09
Le Complexe : chapitre 09
Le Complexe : chapitre 09
Sevrage
Antoine était perdu, déboussolé. Le temps ne voulait plus rien dire, il s’était brisé en emportant avec lui la plupart des souvenirs de la journée. Selon un morceau de conscience qui persistait, il se revoyait rentrer au 51 de la rue Karaiskaki à la tombée de la nuit, ou à son début. Pourtant, le soleil dardait sur ses épaules courbées des rayons d’un début d’après-midi. Anaïs et Laurent devaient être là. Laurent plus probablement, car Anaïs était morte et Laurent s’était enfui. Comme un rat ou comme un chien. Cependant, rien ne correspondait à son vécu et la réalité de sa situation dans les rues de Gascq.
Toujours perturbé par sa confrontation avec Pauline et par les paroles de son père, Antoine décida de rentrer directement chez lui en évitant de croiser le regard des passants. Son dos le démangeait souvent il tentait d’atteindre le centre de ses omoplates. Sans y parvenir, forcément. Cependant, loin de cette simple démangeaison, c’est l’absence de blessure qui le dérangeait le plus. Les derniers mots de son père cognaient dans sa tête : « Réveille-toi ! »
La porte de l’appartement lui fait l’effet d’une chambre froide que l’on ouvre et qui déverse sa langue de froid dans un brouillard humide et glacé. Le premier pas pour franchir le seuil avait cette saveur angoissante qui l’avait saisie pour pénétrer dans le Complexe. Cependant, la curiosité était plus forte que la terreur sourde qui commençait à le mordiller. Une impression d’acidité venait hériter sa peau, mais c’est l’odeur qui le frappa avant toute autre chose. Un subtil parfum qu’il ne connaissait pas. Il referma la porte derrière lui, ferma les yeux et se concentra sur la fragrance. Sans être un nez, sans être capable de déceler les diverses molécules olfactives, il sut au plus profond de lui à quoi il avait affaire : le parfum de Mathilde. Il se dirigea tout droit vers la chambre de sa mère. Le silence qui régnait dans l’appartement lui permettait d’oser tous les outrages de la confidentialité établie entre elle et lui. Il ouvrit la porte et le choc fut à la mesure de son intrusion. Avant même de sentir la saturation de la fragrance, c’est le lit qui le renseigna sur la présence de quelqu’un d’autre dans la vie de sa mère. Les couvertures étaient tirées, certes, mais les deux coussins sur le lit gardaient l’empreinte de deux dormeurs. Un coup d’œil sur la coiffeuse apporta une nouvelle preuve de cette présence secondaire. Des rangées de produits féminins, des parfums dont certains ne faisaient pas partie de ceux utilisés par sa mère. Antoine et elle s’étaient mis d’accord sur la conception d’une liste d’envie personnelle afin que chacun puisse puiser dedans pour acheter des cadeaux. La surprise restait possible tout en garantissant un investissement pertinent. Or, à en juger par ce qu’il voyait, beaucoup de produits n’étaient pas dans la liste de sa mère. Et, parmi eux, un flacon étoilé, un sigle et une note olfactive chocolat. Cette même note qui l’avait saisi en entrant dans l’appartement. Cette même note qui s’était renforcée en entrant dans la chambre de sa m
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