Bathyan : l'écumeur des brumes
Avertissement : cette nouvelle est une œuvre de fiction qui prend place à Saint-Pierre-et-Miquelon. Certains lieux sont réels, mais toute l'histoire, inspirée par la brume, n'est que le fruit de mon imagination. Ainsi, toute ressemblance avec les personnages ne serait que pure coïncidence.
Douze chapitres vous attendent, bornés par un prologue et un épilogue.
Bathyan : l'écumeur des brumes
Prologue
En préparant mes vacances vers Saint-Pierre-et-Miquelon, je pensais y passer une quinzaine de jours, mais certainement pas y rester, pas comme cela. Ainsi, à l’instar de nombreux touristes ou mailloux, je fus choisi dès mon arrivée pour ce que j’étais, un célibataire, sans attache, que personne ne chercherait véritablement.
Pour beaucoup, l’archipel, dernier bastion français au large du Canada, était un petit paradis préservé. Trop sans doute. On pouvait laisser sa voiture ouverte, moteur ronronnant, en allant faire quelques achats chez l’épicier. On entrait dans les tambours des maisons sans forcément attendre l’acceptation lorsque le temps se faisait mordant. Aux éléments sévères et froids s'opposaient l’ouverture et la chaleur des hommes. La promiscuité avait son poids sur l’existence au quotidien, mais la solidarité la replaçait souvent au second plan. Pourtant, ce petit paradis de carte postale aux maisons colorées, cachait en son sein un envers du décor. Une réalité poisseuse qui s’insinuait comme le poudrin dans les moindres interstices.
De son riche passé tourné vers la grande pêche et l’océan, il restait uniquement les témoignages des anciens, les légendes des marins, les vestiges à l'abri dans les musées de l’arche ou de l’héritage. Sur l’île aux marins, sur les côtes de l’archipel, quelques bâtiments servaient encore d’amarres aux effluves de l’histoire. Dans les maisons, sur les murs ou dans les greniers, quelques artefacts, encore imprégnés d’énergie, laissaient suinter un flux invisible chargé de ces mystères, de ces journées de solitude, de dur labeur et de mort, plus que de raison. Cependant, c’est dans les profondeurs océaniques, là où la lumière des phares ne peut poser son regard, que l’autre archipel manifestait son existence parallèle. Toujours la mer se souvient et, toujours, elle réclame aux hommes de payer le tribut de son exploitation. Ainsi, chaque année, lorsque le courant froid du Labrador vient se frotter aux eaux tièdes du Gulf Stream, les souillures des profondeurs sortent de leur léthargie et viennent chez les hommes chercher le paiement de leur dette. La brume mélange les horizons. Elle rampe à la surface, vient lécher les pontons, avaler les bateaux, puis se met à ramper à l’intérieur des terres. Les hommes louent alors son arrivée. Pour les touristes, la fête des marins est une célébration incontournable. La bénédiction des embarcations est le témoignage d’une féérie nautique. En revanche, pour les locaux, elle marque l’ouverture de la longue cérémonie d’offrandes aux divinités marines. Ainsi, inexorablement, il faudra payer le prix pour que la brume reparte vers les profondeurs dans lesquelles dorment ceux que la raison ne peut nommer. Chaque année, les esprits s’embrument, les regards se voilent, les litanies se succèdent et la brume de Capelans emporte avec elle l’ultime sacrifice destiné à maintenir l’archipel à flot.
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À propos
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Comentario (2)
Pascaln hace 11 horas
Un prologue qui donne envie de découvrir les épisodes, normal c'est le but et c'est réussi Gabriel 🙂
Pour autant, ça me donne moins envie d'aller du coté de Saint-Pierre-et-Miquelon🫣
Harold Cath hace 17 horas
Tu donnes réellement envie de poursuivre, apprendre ce que la mer charrie aux hommes durant cette remontée annuelle... bon, bin, allons lire la suite 😉