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Le disque de cuivre
Fiction
Horror
calendar Publicado el 3, abr, 2026
calendar Actualizado 3, abr, 2026
time 7 min
PascalN verified
Pascaln hace 5 horas

" À se demander si ce que l’on écrit ne révèle pas plus ce que nous sommes que ce que nous pensons. "

je reprends ton propos dans l'un de tes commentaires, sacré sujet de réflexion, je trouve. Une question qui va tourner en rond dans ma tête un bon moment... J'aime bien, tout comme j'ai aimé te lire dans ce disque de cuivre. Merci.

Le disque de cuivre

Il travaillait depuis l'aube.


La chambre funéraire sentait le natron et la cire chaude, cette odeur que les années n'avaient jamais réussi à lui rendre indifférente. Les torches projetaient des ombres basses sur les murs couverts de formules qu'il ne lisait plus depuis longtemps, non par irrespect, mais parce que ses mains connaissaient leur office sans avoir besoin des mots.


Le grand prêtre Amenhotep reposait sur la table de pierre, les bras croisés sur la poitrine, déjà lointain dans la façon dont les morts deviennent lointains avant même qu'on ne les touche. Autour de lui, les serviteurs du temple avaient disposé les offrandes selon l'usage : vases en albâtre, figurines de faïence bleue, une paire de sandales en cuir fin que l'homme n'avait probablement jamais portées. Et parmi tout cela, posé à plat contre le sol, un disque de cuivre poli dont la surface était couverte d'une buée épaisse, comme si quelqu'un venait de souffler dessus.


L'embaumeur s'accroupit pour le regarder de plus près. Le reste de la pièce était sec, l'air chaud et immobile comme il l'était toujours à cette profondeur, et pourtant le disque semblait venir d'ailleurs, d'un endroit où la température était différente. Il tendit la main et l'essuya du revers de la paume, un geste pratique, le même qu'il aurait fait sur n'importe quelle surface. Mais sous sa peau, il sentit quelque chose d'inattendu : une chaleur ferme et régulière, presque vivante, qui remontait lentement le long de son poignet. Pas la chaleur d'un métal chauffé par les torches, plutôt celle d'une main qu'on tiendrait depuis longtemps dans la sienne. Il garda la paume posée, le regard vague, sans tout à fait comprendre pourquoi il ne la retirait pas. La pièce lui parut légèrement déplacée, comme si les murs avaient imperceptiblement changé d'angle pendant qu'il regardait ailleurs. Il cligna des yeux, retira sa main. La buée revenait déjà, plus épaisse qu'avant, couvrant jusqu'aux bords du disque. Il se releva et retourna à son travail.


Les heures suivantes se déroulèrent comme toutes les autres : les gestes précis, les préparations mélangées dans l'ordre qu'on lui avait enseigné, la concentration tranquille d'un homme qui fait bien ce qu'il sait faire. Son assistant lui passait les linges sans qu'il n'ait besoin de les demander. Alors qu'il se redressait après s'être penché sur le corps, il vit son ombre s'étirer sur le mur du fond, longue et plate dans la lumière des torches, et remarqua qu'elle tardait à le suivre, d'une fraction de seconde à peine, comme si elle finissait un geste qu'il avait déjà abandonné. Il n'y prêta pas attention. Ce genre de chose arrivait quand on travaillait trop longtemps dans une pièce sans fenêtre.


Plus tard, alors qu'il tendait la main vers un récipient posé sur l'étagère de bois, la flamme de la lampe oscilla vers lui plutôt que vers la porte, aspirée dans sa direction. Il se retourna pour voir si quelqu'un était entré, mais la pièce était vide, son assistant parti chercher de l'eau depuis un moment. Il regarda la flamme, qui brûlait à nouveau tranquillement, et ne pensa plus à rien.


En se retournant vers le mur, il chercha son ombre. Elle était là, à sa place, mais elle lui sembla plus courte qu'elle n'aurait dû l'être, comme ramassée sur elle-même, comme si quelque chose en elle avait rétréci.


Vers la fin de l'après-midi, il rassembla ses outils, fit signe à son assistant de tout nettoyer, et s'approcha une dernière fois du corps pour vérifier. Tout était en ordre. Le grand prêtre Amenhotep partirait avec ce qu'il lui fallait pour le voyage, et quelqu'un d'autre prendrait soin de la suite.


En sortant, il croisa le gardien du temple dans le couloir étroit qui menait à la lumière du dehors. C'était un homme qu'il connaissait depuis des années, un homme taciturne qui saluait de la tête sans s'arrêter. Cette fois, il s'arrêta. Il regarda le visage de l'embaumeur avec une attention particulière, le genre d'attention qu'on porte aux choses qu'on cherche à identifier sans y parvenir tout à fait, puis il détourna les yeux et continua son chemin sans rien dire. L'embaumeur ne remarqua pas son hésitation. Il sortit dans la lumière du soir et prit le chemin du retour à travers la ville qui commençait à s'animer.


En passant près du bassin du temple voisin, il s’arrêta devant, les yeux baissés vers l’eau immobile. Le reflet qu’il y vit était le sien, mais quelque chose dans la façon dont il se tenait lui parut étrange, une légère inclinaison de la tête qu’il ne reconnaissait pas, comme si l’homme dans l’eau finissait un geste que lui n’avait pas commencé. Il repartit sans y penser davantage.


Une femme vendait des figues séchées au coin de la rue. Elle l’avait vu passer des centaines de fois, depuis des années, et ses mains continuaient leur travail sans qu’elle n’ait besoin d’y penser, arrangeant les fruits, écartant les mouches. Quand il apparut au bout de la ruelle, ses mains s’immobilisèrent. Elle le regarda s’éloigner dans la lumière déclinante sans parvenir à reprendre son geste. Lui ne se retourna pas, les mains enfouies dans les plis de son vêtement, à l’endroit où la chaleur du disque s’était attardée le plus longtemps.




~


Ce texte est né du défi #PanodysseySpark de la semaine :


« Il a posé la main sur le miroir embué et a senti, sous la glace, une peau chaude qui attendait depuis toujours qu'on lui vole son reflet. »


~


Photo : Şevval Karataş @ Pexels.

Comentario (3)

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PascalN verif

Pascaln hace 5 horas

" À se demander si ce que l’on écrit ne révèle pas plus ce que nous sommes que ce que nous pensons. "

je reprends ton propos dans l'un de tes commentaires, sacré sujet de réflexion, je trouve. Une question qui va tourner en rond dans ma tête un bon moment... J'aime bien, tout comme j'ai aimé te lire dans ce disque de cuivre. Merci.

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E C Wallas verif

E C Wallas hace 5 horas

On peut philosopher très longtemps sur ce sujet, c’est sûr. Moi qui adore et la philosophie et faire l’avocat du diable, je suis friand de ce genre de réflexion.
Merci à toi pour la lecture et le commentaire

Line Marsan verif

Line Marsan hace 15 horas

Elle t'attendait ! Incroyable, cette anecdote. Ce qu'elle révèle sur le travail d'une histoire dans les neurones de l'auteur.

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E C Wallas verif

E C Wallas hace 15 horas

À se demander si ce que l’on écrit ne révèle pas plus ce que nous sommes que ce que nous pensons.
Peut-être ne suis-je pas seul face à ma réflexion dans le miroir, en fin de compte…

Line Marsan verif

Line Marsan hace 16 horas

Une échappée vers l'Égypte antique, voilà qui me plaît énormément. Toujours ces détails si joliment décrits : j'aime beaucoup la dame aux figues, ses gestes, sa présence...

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E C Wallas verif

E C Wallas hace 15 horas

Merci Line ! Le diable est dans les détails.
Petit « fun fact » pour la dame aux figues : jusqu’à la dernière minute elle n’existait pas, mais avant de cliquer sur « Publier » j’ai senti qu’il manquait quelque chose.

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