Mamy Blue

Pentalogie du bleu : "Bleu n'est pas la couleur du paradis".
Cinq nouvelles pour cinq styles, cinq approches totalement différentes :
- Les yeux bleus, une autobiographie
- Bleu d'enfer, un thriller dans le milieu de l'urbex.
- De bleu clair à bleu foncé.
- Blue Life, une dystopie dans le cadre des mondes virtuels et des multivers. (Public averti – uniquement disponible en abonnement Prime)
- Mamie Blue, le "troisième âge" et les arnaques aux sentiments. (Public averti – uniquement disponible en abonnement Prime)
Fléau des temps modernes : l'arnaque aux sentiments... Mais là, cela dépasse tous les fils rouges !
L'heure bleue.
Joséphine aimait ce moment de la journée, lorsque le soleil avait entièrement disparu, qu’il s’était noyé dans les salines de la Palme. La nuit était à sa porte, elle n’avait pas encore frappé pour pénétrer et teinter la demeure au feutre noir. Cet instant suspendu entre la clarté agonisante et l’obscurité naissante s’appelle l’heure bleue.
Bleue, sa couleur préférée depuis qu’elle était gamine. Elle se remémora son insistance auprès de maman : pas d’autres chouchous que le bleu pour maintenir le chignon serré de ses cheveux immaculés. Elle pouvait ainsi quitter fièrement la maison de la Croix-Rousse pour rejoindre l’école du Gros Caillou.
Joséphine sourit aux souvenirs de son enfance lyonnaise. La vie coulait tranquille comme la Saône, qu’elle rêvait aussi de voir bleue, ce qui n’arriva jamais.
Est-ce l’amour du bleu qui l’entraîna endosser l’uniforme de la gendarmerie alors qu’elle n’avait que dix-neuf ans ? Elle ne saurait trop l’affirmer, mais elle y fit toute sa carrière, termina major et profitait maintenant d’une retraite bien méritée.
Elle avait déménagé à Gruissan. Le Sud, la chaleur, elle en rêvait et, lorsqu’elle avait découvert cette petite ruine, une fermette flanquée d’une ancienne porcherie désaffectée, elle avait craqué.
Retaper le tout lui avait pris cinq ans. Elle avait ensuite décidé d’élever deux cochons noirs d’Espagne de souche pure, des Pata Negra. Bien sûr, elle ne pouvait pas les laisser libres de gambader comme dans leur pays d’origine, mais ils avaient un bel espace pour se dégourdir les pattes. Par la suite, Joséphine avait trouvé un petit « arrangement entre amis » avec un boucher des Halles de Narbonne et la viande vendue lui offrait un substantiel complément à sa retraite.
Elle s’admira dans le miroir, soixante-neuf ans, un corps sec comme une liane et des yeux bleu acier. Elle était encore au top pour son âge, ses copines soutenaient qu’elle était la copie de Scarlett Johansson, « le charme de la maturité » en plus. Joséphine prenait cela pour un compliment. Elle ôta le maquillage léger qu’elle portait lorsqu’elle se rendait en ville acheter du poisson et faire ses courses hebdomadaires. Ensuite, détendue, elle réveilla son ordinateur pour une virée shopping sur Amazon.
Elle adorait cela pour terminer sa journée en beauté.
Un jour comme un autre.
L’odeur du café emplissait la cuisine.
Joséphine était rentrée de son footing matinal quotidien. Elle avait pris une douche, enfilé un négligé fleuri et survolait les mauvaises nouvelles du jour que lui affichait la Dépêche du Midi.
Elle avait décidé de se séparer de la télévision, cette boîte à conneries, qui créait une nouvelle société de jeunes imbéciles. Des cerveaux ramollis pour qui l’image qu’ils offrent en pâture à des voyeurs assumés relève d’une importance tellement capitale aux yeux de followers inconnus, anonymes.
Et ces cancrelats envahissaient également internet. Cela devenait de plus en plus rare de trouver des lectures intéressantes ou de l’information vérifiée, non manipulée par l’IA, tout comme des personnes désireuses de montrer leur véritable nature, leur être profond. Joséphine haïssait cet univers du paraître et ses acteurs fantoches.
Quelques coups frappés à la porte d’entrée la sortirent de ses réflexions. Elle ne prit pas la peine de se couvrir, elle était fière de son corps et n’avait aucune honte à l’afficher avec panache.
Elle sourit à la vue des grands yeux ébahis du livreur DHL. Il commençait sa journée de travail avec un spectacle auquel il ne s’était pas attendu. Elle harponna la surprise du jeune homme, joua de ses formes plus qu’avenantes en prenant tout son temps pour signer de bon de transport. Elle se faisait plaisir. Parfois, Joséphine avait l’impression qu’à force de se flatter elle-même, elle se brûlerait un jour les ailes, mais qu’importe. Cette vibration qu’elle sentait frémir dans son bas-ventre n’avait pas de prix.
Plus tard, elle s’était à nouveau douchée après la petite jouissance solitaire qu’elle s’était octroyée, l’image du coursier toujours gravée dans son esprit.
La lingerie commandée l’avant-veille était magnifique, mais le plus essentiel tenait dans le carton sur la table : tout le nécessaire pour implanter un système de sauvegarde performant, un cloud personnel à la maison.
Spécialiste informatique lorsqu’elle travaillait au sein de la gendarmerie, elle ne faisait qu’une confiance relative à Google Drive, Dropbox et autres clouds en ligne. Elle avait donc décidé d’installer son petit espace sécurisé à domicile.
Nouvelle douche, après avoir nourri Jules et Jim, les deux porcs avec les restes journaliers d’aliments déposés par un ouvrier du restaurant de l’Ile Saint Martin. Il s’agissait surtout de déchets de fruits de mers et de denrées gorgées de sel marin naturel. La viande des cochons ibériques allait gagner en saveur inimitable.
L’après-midi était, à l’accoutumée, chaude et harassante. Joséphine ferma portes et volets afin de conserver un semblant de fraîcheur et s’attela à l’installation de son cloud. À 18 h, tout était fonctionnel et elle se permit un verre de Château Ricardelle, vivifiant et festif.
Elle avait pris une légère collation et bu les deux tiers de la bouteille. Elle se sentait heureuse, belle et un peu émoustillée.
Un regard au miroir du hall la rassura. Elle avait enfilé le tanga, le soutien-gorge et la nuisette bleu de Prusse reçus le matin. Elle se trouvait attirante, pour le reste : « rien à cirer ».
Joséphine s’installa devant son écran. Elle surfa au fil des vagues électroniques, de Facebook à Instagram, de TikTok aux sites de rencontre. Elle parcourait les visages de ces jeunes hommes en quête d’amour. Ils étaient magnifiques, pourquoi étaient-ils là ? Pourquoi n’avaient-ils pas déniché une amie, une femme séduite par leur charmant minois ?
Elle cherchait sa présence sur le réseau !
Joséphine avait commencé à flirter avec un « mignon », un latino aguicheur, tout à fait son type, même s’il aurait pu être son fils. Ça, elle s’en moquait royalement. Un popup s’ouvrit subitement dans le coin droit de son écran.
« Hello. Vous a-t-on déjà dit ce soir que vous étiez la plus jolie ? »
Ignacio.
Ignacio se laissa basculer sur le côté, libérant le corps fourbu de Camilla.
Il ne pouvait résister à la réveiller au petit matin. Sans prendre de gants, lui faire l’amour sèchement, sans tenir compte de son envie à elle. Il savait qu’elle aimait sa façon de faire, Camilla n’était pas douillette et encore moins fleur bleue.
Camilla était une femme comme il les aimait.
Il se savait beau gosse, il avait le bagou facile et il ne s’en cachait pas, il était macho. Il s’inventait des excuses personnelles, prétendant que cela coulait dans ses veines, qu’il était latino et qu’il devait se comporter ainsi.
Camilla s’était levée sans un regard, sans un sourire. Elle irait mieux après la douche.
Il posa un vinyle sur la platine dernier cri et la basse funky de Cameo emplit la pièce de ses sonorités chaudes et sensuelles.
Lorsqu’elle revint, nue, son impressionnante chevelure bouclée enveloppée dans une serviette de bain, il aperçut ce sourire carnassier qu’il aimait tant. Camilla s’approcha de ce gros bourrin assis au bord de l’imposant îlot central de la cuisine, posa les coudes sur le marbre noir, la croupe bien en évidence, sachant qu’il ne pourrait pas en détacher le regard.
— Tu sais pas me foutre la paix « un » matin bordel !
— Arrête, Cariña, tu adores quand je te prends comme ça.
— J’aime aussi dormir, surtout quand c’est samedi matin. On est rentrés tard hier !
— J’ai besoin de me sentir en toi, de te sentir à moi !
— Arrêtes tes conneries et sers-moi un café, ce soir tu vas encore draguer tes pétasses !
« She's strange », les chœurs répétaient le refrain en boucle, soutenant la voix chaude de Cameo.
D’un geste ample, il désigna l’appartement richement décoré.
— Ouais, mais si nous avons tout ça, c’est grâce à mes pétasses, n’oublie pas ça, Cariña.
Ignacio ne travaillait pas. Pas à proprement parler, comme tout le monde. Monsieur était autoentrepreneur. Il possédait une petite agence de consultance en sécurité informatique sur Arcachon. Pour la façade. Elle lui permettait d’entrer en contact avec des femmes seules à qui il proposait ses services.
Il les charmait, facilement. Ensuite, il installait son arnaque aux sentiments. Il était extrêmement efficace et le système, très lucratif.
Camilla s’en accommodait. Elle savait qu’il ne se passait rien entre Ignacio et ces femmes. Des mots, des phrases, des situations construites de toutes pièces. Pas de contact physique, sauf une fois, durant les vacances, avec une Allemande qui se trouvait, par un hasard impossible, dans l'hôtel voisin du leur, au Mexique. Elle était réticente à lâcher le pognon. Comme ils étaient sur place et que son apparence de « latin lover » collait avec l’endroit, il l’avait rejointe dans sa chambre. Au grand désarroi de Camilla.
Elle avait craché le fric pour l’aider à faire face à « ses dettes » et lui permettre de venir en Allemagne. Il avait quitté l’hôtel le lendemain, lui avait donné rendez-vous à Munich, la semaine suivante. Elle ne l’
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