Chapitre 14 – La rencontre
Sylvara se réveilla au début de l’après-midi. Elle faisait le quart du soir et dormait une partie de la journée. Elle sortit de son lit en repoussant le bras de Voryn, sur elle, qui dormait encore. Leur relation avait évolué ces dernières semaines. Peut-être à cause de la promiscuité, ou tout simplement parce qu’elle commençait à développer des habitudes avec cet homme. Dire qu’elle l’avait embauché pour son plaisir, qu’elle le payait pour cela. Maintenant, il partageait sa couche et ils formaient presque ce qu’on pourrait appeler un couple. Lui affichait une certaine réserve, ne sachant pas trop si ces changements étaient un jeu de sa part, ou s’il y avait vraiment de la passion et de l’amour qui commençaient à s’épanouir en elle. Il faudrait qu’elle lui en parle, qu’elle ne le laisse pas dans cette situation inconfortable, qu’il ne se fasse pas non plus des idées. Ils riaient tous les deux, échangeaient parfois des petits secrets, se lançaient des regards entendus. Il était désarmant et Sylvara avait un peu de mal à identifier ce qu’elle ressentait. Elle pensait malgré tout souvent à lui, voulait le prendre contre elle. Puis elle se ressaisissait, lui commandait de la baiser, de prendre son cul ou autre, histoire de remettre à plat les mièvreries entre eux. Lui, bon petit soldat, s’exécutait et prenait évidemment son plaisir. Elle n’était pas dupe, il l’aimait depuis le premier jour, depuis qu’ils s’étaient rencontrés au Carrousel et elle en avait joué. Ils avaient franchi des épreuves ensemble, il lui avait sauvé la vie. Elle aussi quelque part, en le prenant avec elle lors de leur fuite de Fierval. Elle n’avait pas fait cela juste parce que c’était son employé. Elle aimait posséder cet homme, qu’il ne soit que pour elle.
***
Le temps avait été exécrable depuis une semaine. Ils n’avaient pas arrêté d’essuyer des grains, une pluie tantôt battante, tantôt fine. Tous leurs vêtements étaient mouillés ou humides, rien ne séchait. Même les draps sentaient l’humidité et restaient froids, malgré le petit poêle à bois dans sa cabine de capitaine. Elle ne pouvait décemment pas se plaindre, les matelots de son équipage étant bien moins lotis dans l’entrepont du navire. Elle avait passé une couverture autour de son corps nu, s’assit à son bureau et ouvrit son journal de bord. Elle prit une plume fraîchement taillée, ouvrit une bouteille d’encre de seiche et commença à écrire :
12 mars
Cela fait maintenant six semaines que nous sommes partis. Les produits frais ont été finis il y a deux jours. Il nous reste des céréales, des conserves et des tonneaux de produits en saumure. Enfin une éclaircie que je vois depuis la fenêtre de ma cabine, cela me remonte le moral. Le linge pourra peut-être sécher un peu.
Malgré tout, le moral reste bon, l’équipage est concentré et Erik, le second, fait un bon travail. Calixte, notre navigateur, semble nous guider avec précision selon les cartes et instructions que j’ai de Thalion. J’espère qu’il va bien.
Le Poing de l’Océan se porte bien. Quelques voies d’eau minimes qui ont été rapidement calfatées.
Selon mes estimations, nous avons déjà parcou…
Quelqu’un frappa à la porte.
— Entrez, dit Sylvara.
Erik, le second, entra. Il terminait son quart du matin et avait la mine fatiguée.
— Maîtresse, la vigie vient de repérer un navire.
— Un navire ? Si loin de l’ancien continent ? Je pensais que nous serions seuls. Quel est son pavillon ?
— Inconnu pour le moment, il est encore loin et ne semble pas avoir été déployé. Il vient vers nous.
— Combien de temps ?
— Je dirai cinq à six heures au moins.
— Parfait, on aura le temps de se préparer à l’accueillir dans ce cas. Laissez-moi m’habiller, j’arrive sur le pont. Faites-moi servir un gruau, j’ai faim.
— Très bien maîtresse, dit le second en refermant la porte qui forçait un peu avec toute cette humidité.
Sylvara s’habilla sans hâte, elle avait le temps. Qui était ce navire, et que voulait-il ? Le Poing de l’Océan était rapide, ils avaient cet avantage-là de pouvoir fuir si cela était nécessaire.
Après son modeste repas, elle sortit sur le pont et accueillit avec délectation le soleil de l’après-midi. Il était chaud sur sa peau et donnait une envie de se prélasser. Le gabier se présenta devant elle et commença, sans plus de cérémonial :
— Maîtresse, la voile de grand hunier a été abîmée hier, il faut que je l’affale pour la réparer. Mais avec ce navire qui vient droit sur nous, je ne sais pas trop quoi faire. L’affaler pour la réparer, ou la laisser en place si jamais nous devons fuir ?
— Merci de m’avoir demandé Paskal. Dans le doute, on va la laisser en place pour le moment, qu’on se tienne prêt.
— Bien maîtresse.
Elle alla trouver Erik qui était en train de barrer sur le gaillard arrière.
Sylvara regarda derrière elle et vit la frégate qui les suivait. Toujours aucun pavillon. Cela devenait inquiétant.
— Cinq ou six heures ? Vous êtes sûr Erik ? Il semble s’être bien rapproché non ?
— Il avance vite, c’est certain, presque aussi vite que le Poing de l’Océan toutes voiles dehors. Quelles sont vos instructions ?
— Préparez les canons, chargez-les, moitié en mitraille, moitié en boulets. Vérifiez les sabords, qu’on puisse les ouvrir facilement en cas d’attaque, mais gardez les fermés, que cela n’alerte pas notre poursuivant. Affectez un canonnier pour chaque demi-bordée. Dites au gabier de casser notre erre afin que ce navire ne se doute pas de notre vitesse maximale.
— Bien maîtresse.
— Allez ensuite vous reposer Erik, je vous veux sur le pont quand il arrivera à notre lof.
Le second partit et alla donner ses ordres. Sylvara prit une longue vue et regarda ce navire. Une belle frégate qu’elle n’avait jamais vue, plus imposante que son bâtiment. Pourtant elle avançait vite avec toutes ses voiles portées. Elle avait un mauvais pressentiment. Voryn. Il fallait qu’il soit prêt, qu’il sorte du lit. Sylvara rendit la barre au timonier et rentra dans sa cabine. Le jeune homme était en train de s’habiller. Il était encore torse nu. Il était très séduisant. La vie en mer l’avait musclé, son teint s’était légèrement hâlé. Il n’avait pas voulu être un assistant cloîtré dans ses quartiers et avait demandé à faire partie de l’équipage, de prendre part aux manœuvres et travaux physiques. Les autres matelots, au début légèrement moqueurs, l’avaient finalement accepté. Il était travailleur, de bonne composition. Sylvara était fière qu’il ait pris cette décision de lui-même, bien qu’il lui ait demandé son accord avant.
— Voryn, un navire approche, je crains qu’il ne soit pas là pour nous revendre des marchandises.
— Des pirates ?
— Je ne sais pas encore, mais il n’a pas de pavillon pour le moment.
La vigie cria soudain :
— Maîtresse ! Ils viennent de déployer leur pavillon ! C’est un crabe noir !
La gorge de Sylvara se serra. Un crabe noir. C’étaient les pirates qui avaient attaqué la Seiche Dorée. Voryn aussi avait compris :
— Bon, je pense qu’il faut se préparer à combattre alors ?
Le pont se transforma alors en fourmilière. Tous les matelots de repos furent réveillés et apprêtés au combat. Dans ces conditions, on s’en remettait aux fusiliers, qui étaient les plus entraînés pour donner des instructions. Sylvara ne souhaita pas regagner de la vitesse. Elle voulait garder cela pour créer un effet de surprise, au bon moment. Malgré le danger, elle était aussi curieuse de découvrir qui commandait cette frégate. La gent féminine et les enfants qui étaient sur le Poing de l’Océan furent mis en cales. Il ne fallait pas en plus donner envie à ces pirates d’attaquer le bâtiment parce qu’il y avait des femmes et des catins à bord.
***
L’attente parut interminable. Les heures passèrent et le pavillon au crabe noir se rapprochait inexorablement. Les sabords n’étaient pas ouverts, ce qui était peut-être bon signe, ou alors un piège. Sylvara était sur ses gardes. La frégate avait cassé progressivement sa vitesse, si bien que son approche finale était encore plus lente. Enfin, elle arriva du côté tribord du Poing de l’Océan, à portée de voix. Un homme, le capitaine sûrement, lança :
— Moi, capitaine du Pince du Crabe, je cherche quelqu’un. Où est Eryndor Klam ? S’il est ici, livrez-le-moi !
Il avait dû voir le pavillon du bateau de Sylvara, qui indiquait son appartenance, une seiche tenant un navire entre ses tentacules.
Sylvara, avec sa plus grande autorité, répondit :
— Il n’est pas ici ! Partez maintenant !
Le capitaine parut surpris et répondit, d’une voix légèrement adoucie :
— Sylvara, c’est toi ?!
La jeune femme en eut le souffle coupé. Altharion ? Il était devenu pirate ?
Voryn remarqua son trouble et lui demanda :
— Cet homme… Tu le connais ?
— C’est… heu… c’est mon grand frère…
— Tu as un frère ?
— C’est une longue histoire. Je te raconterai.
Elle reprit après quelques instants, quand la surprise fut passée, à l’attention d’Altharion :
— Père n’est pas là, va-t’en !
— Sœurette, on ne parle pas comme ça à son grand frère voyons !
— Tu es mort pour moi, quand tu es parti et que tu m’as abandonnée.
La gorge de Sylvara s’était serrée, ses yeux brillaient. Voryn tenta de la consoler en mettant une main sur son épaule. Elle la rejeta immédiatement. C’était elle la capitaine ici. Il ne fallait pas qu’elle montre de faiblesse.
— Que vas-tu faire maintenant ?
— Si je n’arrive pas à avoir Père, alors je vais te couler toi. Vous êtes les mêmes tous les deux de toute manière. Tu te doutes bien que c’est lui qui a tué ma Veslyne, et pourtant tu es restée avec lui.
— C’est faux ! Père n’aurait jamais fait cela, tu le connais non ? répondit Sylvara, la voix tremblante.
— Je croyais le connaître, mais il ne m’a jamais aimé tel que j’étais, tu es sa préférée, et tu le resteras pour toujours. À mon tour de lui prendre quelqu’un qui lui est cher… Adieu ma sœur, on se reverra dans l’au-delà.
Sylvara donna tout de suite les ordres qui allaient les sauver :
— Portez les voiles ! Toutes !
Elle avait prévu la manœuvre et des marins étaient restés dans les mâts, cachés, attendant ses instructions. En quelques secondes, les voiles tombèrent et prirent le vent. Son navire accéléra brusquement. Au même moment, tous les sabords bâbord du Pince du Crabe s’ouvrirent et les canons sortirent, prêts à faire feu. Le second cria :
— Ventre à terre !
Une multitude de détonations éclatèrent. Seul un boulet toucha le gaillard arrière, comme ils avaient déjà pris de la vitesse et avaient presque dépassé la frégate ennemie. Le Pince du Crabe porta ses voiles lui aussi. La chasse était lancée. Sylvara et son équipage eurent quelques minutes de répit puis, la voile de grand hunier, qui était déjà en mauvais état, se fendit sur toute sa longueur. Le Poing de l’Océan perdit un peu de vitesse. Un matelot regarda derrière lui :
— Ils nous rattrapent !
Erik arriva près de Sylvara :
— Maîtresse, je recommande de donner de la bande pour virer et faire feu avec les canons tribord. Nous serons perpendiculaires à eux, ils ne pourront pas nous atteindre.
— Bonne idée, mais attendons un peu, je veux lancer cette manœuvre au bon moment, répondit Sylvara.
— Ils se rapprochent trop vite !
Erik semblait alarmé.
— Attendez, j’ai dit ! Dites aux hommes de se tenir prêts, lança Sylvara avec fermeté.
— Bien maîtresse.
Erik battit en retraite pour aller donner ses instructions. Quand Altharion fut suffisamment proche, Sylvara lança :
— À tribord toutes ! Canonniers, prêts à faire feu !
Le timonier lança alors la barre à tribord. Les poignées tournaient à une vitesse folle. Les voiles furent orientées pour prendre le nouveau sens du vent. Le bois du pont grinça d’un si mauvais traitement. Les membres d’équipage durent s’accrocher au bastingage pour garder leur équilibre. Quand le Poing de l’Océan fut tout à fait de côté, coupant la route du Pince du Crabe, le second donna l’ordre de faire feu. Les bouches des canons éclatèrent en projetant leurs boulets dans la proue de la frégate. C’était la première fois que Voryn était sur un bateau qui tirait avec ses canons. Le bruit était insupportable. Le pont vibrait sous ses pieds. Un sifflement persista dans ses oreilles après les tirs. Les dégâts infligés au navire ennemi étaient importants, une voie d’eau semblait avoir été ouverte, les haubans du mât de misaine pendaient, ce qui donnait de la gîte à ses voiles. Cette action avait été un succès. Les marins crièrent de joie. Le Poing de l’Océan termina son demi-tour et se retrouva à l’envers par rapport au navire ennemi. Ils allaient bientôt se croiser et ils étaient trop proches.
— Chargez une chaînette sur le pont ! hurla Sylvara. Rechargez les batteries tribord !
Un canon de pont fut chargé avec deux boulets reliés par une chaîne d’acier. Le plus grand soin fut donné à son remplissage de poudre. Le maître canonnier lui-même s’occupa de régler l’angle de tir. Déjà les sabords tribords du navire d’Altharion étaient ouverts, les bouches sinistres des canons dépassant. Le prochain passage serait destructeur, pour les deux bâtiments.
Altharion était fièrement debout sur le pont, malgré ses marins blessés et les dégâts qu’avaient subis son navire. Un début d’incendie de faible ampleur mourait, arrosé par l’équipage. Une femme arrivait près de lui. Elle était jolie et semblait provenir de la haute société. Sylvara la vit et se demanda si son frère avait trouvé une nouvelle compagne. Elle était complètement inconsciente de s’aventurer sur le pont, avec sa jolie robe mauve, auréolée de dentelle noire. Elle semblait affolée. D’ailleurs, Altharion gueula à son encontre :
— Espèce de sotte, allez vous réfugier dans les cales !
Mais il était un peu tard. Les deux navires se croisèrent lof contre lof, arrachant des éclats de bois sur les coques et les bastingages. Des canons du pont-batterie se choquèrent et furent arrachés. Quelques marins d’Altharion tentèrent un abordage, repoussés par les sabres des fusiliers de Sylvara. Voryn, mu par un soudain élan d’héroïsme, lança un bout de bois tombé sur le pont en pleine face d’Altharion, à quelques mètres à peine de lui. Il tomba à la renverse, surpris par cette sournoise attaque, en poussant un grognement. Poussant son avantage, il saisit le bras de la femme sur le pont du Pince du Crabe qui était à sa portée et la tira vivement pour la capturer, en la menaçant d’un coutelas qu’il avait dégainé. Cette dernière hurla de surprise, un peu de douleur aussi. Sa robe se déchira et la manche s’arracha du reste des étoffes.
Au même moment, dans la confusion la plus totale, Sylvara ordonna de tirer. Les canons qui étaient encore en état sur le pont-batterie hurlèrent, ainsi que ceux de l’ennemi, et surtout le canon de chaînette, mis à feu à l’instant décisif par le chef canonnier.
Le souffle de la détonation propulsa la pièce d’artillerie en arrière sur plusieurs mètres, les cordages le retenant ayant été rompus lors du choc entre les bateaux. La gueule cracha ses deux boulets reliés en direction du grand mât. Un infortuné matelot ennemi, qui se trouvait dans la trajectoire fut simplement sectionné en deux au niveau de la poitrine. Le grand mât éclata à l’impact, dans un bruit de craquement assourdissant, projetant des morceaux de bois de toutes parts, traversant des marins comme s’ils étaient faits de papier. Les hurlements de douleur déchirèrent l’après-midi, le sang se mit à maculer le pont. Quelques hommes glissèrent dessus et s’affalèrent dans la plus grande panique. Le mât du Pince du Crabe penchait déjà dangereusement vers le Poing de l’Océan, ses haubans cédant sous son poids. Le nid de pie se décrocha, faisant tomber la vigie qui alla plonger dans la mer, plusieurs dizaines de mètres plus bas.
Sylvara fut prise d’effroi :
— Le mât va s’abattre sur nous !
En effet, ils n’avançaient pas assez vite pour empêcher le mât de tomber sur le gaillard arrière. Il s’effondra mais par miracle resta suspendu par un dernier cordage qui ne cédait pas. Soudain, la corde lâcha en émettant un claquement aussi fort qu’un coup de fusil. Le Poing de l’Océan avait avancé pendant cet intervalle et le mât tomba en mer en raclant la poupe du navire, occasionnant des dégâts bien moindres que ce qui aurait pu se produire.
***
Ils avaient survécu. Mieux encore, ils avaient mis hors d’état de naviguer le navire ennemi. Voryn tenait sa prisonnière qui n’opposait pas vraiment de résistance. Comme Altharion s’était relevé, la gueule en sang, il lui lança :
— Rendez-vous ! Nous avons un otage !
Il avait dit cela avec un ton victorieux, plein d’assurance. Le capitaine répondit avec un sourire narquois :
— Vous pouvez la garder, je n’en ai plus besoin !
À ces mots, Voryn fut déçu. Lui qui pensait négocier avec une dame de valeur. Leur captive garda le silence. Il ne fallait trop rien dire pour le moment. Voryn se tourna vers Sylvara :
— Poussons notre avantage ! Abordons-les pendant qu’ils sont faibles !
— Tu es complètement sous le coup de l’adrénaline mon pauvre ! Bravo pour cette capture, mais ils sont deux fois plus nombreux que nous. On a gagné cette bataille avec une certaine chance et un peu d’astuce, mais on ne pourra pas gagner en les abordant. De toute façon ils ne pourront pas nous suivre avant un moment.
Elle se tourna vers l’équipage :
— Repartons vent en poupe, reprenons notre cap ! Mettons un maximum de distance avec eux et restons loin de leurs canons. Bravo à tous !
Un grand hourra retentit sur le pont. Les hommes étaient en liesse.
La jeune captive de Voryn était apeurée. Certes Altharion n’avait que peu d’estime pour elle mais il aurait pu essayer de négocier un peu ! Il ne fallait absolument pas que ses ennemis devinent qui elle était, sinon elle serait jetée en pâture aux marins du bord. La capitaine du navire s’était approchée d’elle. Elle était belle et affichait un grand sourire. Il y avait de quoi en même temps. Elle venait de donner une sacrée leçon à Altharion. Elle enviait déjà cette femme et voulait lui ressembler.
— Comment vous appelez-vous, madame ? s’enquit Sylvara.
— Lyssara, comtesse de Nalmir, des îles du sud, capitaine.
Lyssara avait inventé cela sur l’instant, en espérant faire illusion. Si elle disait appartenir à la noblesse, peut-être qu’elle aurait droit à un traitement de faveur. Sylvara parut un peu surprise, mais continua :
— Eh bien, on dirait que mon frère ne porte pas une grande valeur à la dame que vous êtes ! Néanmoins, bienvenue à bord madame Lyssara. Sachez qu’ici on ne m’appelle pas capitaine, mais maîtresse. Tâchez de vous en souvenir.
— Bien maîtresse.
— C’est mieux. Vous serez traitée en tant que prisonnière, mais selon votre rang. Tenez-vous bien, et les privilèges suivront. Erik, montrez-lui sa cabine. Prenez celle des invités de marque. Et faites-moi un rapport sur les avaries, les blessés et les pertes.
— Tout à fait maîtresse, je m’en occupe.
Lyssara était soulagée. Malgré la légère surprise de Sylvara, il semblerait que son subterfuge fonctionnait. Tant qu’elle ferait profil bas, tout irait bien.
Sylvara alla dans sa cabine voir les dégâts. Même s’ils avaient évité la catastrophe de peu avec le mât, les vitres à l’arrière de sa cabine étaient explosées. Dommage, car c’était de belles mosaïques colorées qui donnaient une lumière particulière à l’intérieur quand le soleil y pénétrait. Elle ramassa quelques-unes de ses affaires, de Voryn aussi, et les rangea dans la malle au pied de son lit. Des éclats de verre constellaient les draps. Elle ferait venir tout à l’heure le menuisier du bord, qu’il fasse une réparation temporaire. Elle s’assit sur le lit et se prit la tête dans les mains.
Altharion…
Elle se doutait qu’il était encore en vie, mais pensait qu’il croupissait dans les îles, rendu fou par son alcoolisme incontrôlable, après la mort de sa femme. Cette petite salope qui lui avait volé son frère ! Ils avaient été très proches quand elle était enfant. De huit ans son aîné, il avait été un grand frère modèle, protecteur, jovial. Sa petite sœur était tout pour lui. Leur relation s’était étiolée à partir du jour où il avait rencontré cette Veslyne. Cette fille de bonne famille, trop parfaite, qui souriait tout le temps et disait oui à tout. Dès le premier jour où il lui présenta sa fiancée, Sylvara eut envie de lui crever les yeux. Elle avait douze ans. D’abord la perte de sa mère, puis son frère qui était parti sur les mers avec cette fille. Elle n’avait pas cherché à la connaître. À quoi bon ? Quand elle mourut, elle s’était dit que son frère reviendrait vers elle, et que la vie serait comme avant. Au lieu de cela, il avait disparu du vieux continent, pour se saouler et noyer son chagrin dans le rhum bon marché des îles. Elle avait fini par se convaincre qu’il était mort, au moins pour elle. Le revoir aujourd’hui avait été inattendu, et pourtant il était si logique qu’il attaque la flotte de son père. Il avait dû finir par comprendre…
***
Le bilan de cette rencontre était léger. Deux morts, quatre blessés graves et une dizaine de blessés légers. Des travaux de réparations étaient à prévoir, qui n’engageaient pas la structure même du navire, une voile à réparer et deux voies d’eau qui avaient été rapidement contenues. La soirée s’annonçait sous le signe de la fête. Les marins avaient eu une amélioration de l’ordinaire et le chef coq, le muet comme il était appelé, avait préparé avec les réserves un repas un peu plus riche que d’habitude. Sylvara et Voryn étaient tous les deux dans la cabine de la capitaine, qui avait été sommairement réparée avec des planches de bois pour fermer les fenêtres arrachées. Quelques lampes à huile diffusaient une lumière douce. On frappa à la porte et Erik entra, suivi par Lyssara.
— Maîtresse, voici votre invitée pour la soirée.
— Merci Erik, vous pouvez nous laisser.
Lyssara avait changé de robe. Sylvara avait pioché dans sa garde-robe personnelle pour lui fournir quelque chose de convenable. Un des marins, habile en couture, réparerait la robe qui avait été abîmée. Les deux femmes avaient une morphologie similaire, si bien que la robe de Sylvara allait à la jeune captive. Cependant, Lyssara avait une poitrine plus volumineuse qui tendait le tissu du corsage et pigeonnait vers le haut. Voryn s’arrêta un instant pour la regarder. Il sentit son entrejambe se contracter. Cette femme était tout à fait appétissante.
— Bonsoir Lyssara, merci de vous joindre à nous pour ce repas.
— C’est tout naturel, maîtresse Sylvara, répondit cette dernière, courtoise.
— Prenez place, je vous en prie.
La jeune femme s’assit à la petite table ronde de la cabine, entre Sylvara et Voryn. Celui-ci la dévorait des yeux et Sylvara s’en aperçut. Elle eut un fugace instant de jalousie, mais celui-ci se dissipa aussitôt. Elle voulait essayer quelque chose de nouveau ce soir. Elle prit un ton de conversation :
— Comment trouvez-vous votre cabine ? Est-elle à votre goût ?
— Oui, merci, c’est tout à fait adapté. Je ne me sens pas votre prisonnière dans ces conditions.
— N’oubliez pas que vous l’êtes, mais tant que vous ne tentez rien, vous serez très bien traitée.
— Merci maîtresse.
— Vous avez déjà tout compris sur comment vous adresser à moi, Lyssara, c’est bien. N’est-ce pas Voryn ?
— Oui, elle semble très docile… maîtresse, répondit celui-ci.
Il avait un peu trop laissé traîner son dernier mot, comme une bravade. Sylvara lança un petit regard inquisiteur à son amant que celui-ci soutint, avant de baisser les yeux. Décidément, ce garçon était de plus en plus insolent. Il faudrait qu’elle le punisse un peu plus tard. Mais ce soir ce n’était pas cela qui était prévu.
— Le chef coq nous a préparé avec les moyens du bord un repas non pas extraordinaire mais satisfaisant compte tenu de la situation. Prendrez-vous un peu de vin, ma chère ?
— Je vous remercie, articula Lyssara.
Elle prit une bouteille qu’elle déboucha et dit d’un regard complice à Voryn :
— C’est du Clitominia, tu te souviens Voryn ?
— Un vin délicieux en effet, reconnu celui-ci en esquissant un grand sourire.
Lyssara semblait gênée par leur petit jeu à tous les deux. Une tension sexuelle les habitait. Elle était presque palpable. Qu’importe, elle était leur prisonnière après tout. Sylvara servit les verres et reprit :
— Alors comme ça vous êtes la nouvelle compagne de mon frère ?
— Oui, nous nous sommes fiancés en début d’année, mentit la jeune femme.
— Drôle de façon de vous traiter, vous ne trouvez pas ? Lança Sylvara. J’aurais pensé que sa fiancée comptait un peu plus que cela, qu’il ne vous abandonnerait pas comme un vulgaire objet dont on peut se passer.
Lyssara marqua un temps d’arrêt avant de répondre, peut-être un peu trop long.
— Altharion est quelqu’un de fier, il ne s’abaisserait pas à céder à des exigences qui compromettraient sa propre sécurité.
— Finalement, votre union ressemble plus à une union de convenance qu’à de l’amour. C’est intéressant. Vous ressemblez énormément à sa défunte femme, vous le saviez ?
— Je… non je l’ignorais. Il en parle très peu. Il a mis beaucoup de temps à faire son deuil.
— Oui, je le sais, je pensais d’ailleurs qu’il ne l’aurait jamais fini…
Le ton de Sylvara était devenu acide. Il y eut un blanc, que Lyssara tenta de meubler :
— C’est assez rare de voir une femme capitaine, je suis impressionnée de vous avoir rencontrée et de discourir ce soir avec vous.
Le compliment semblait sincère à la capitaine. Cette Lyssara avait toutes les qualités requises pour passer un agréable séjour à bord.
— Merci Lyssara, j’espère bien m’accomplir désormais seule, sans mon père pour assurer mes arrières. Je présume que Altharion vous a un peu parlé de notre famille ?
— Oui, en effet.
— Et savez-vous pourquoi nous sommes si loin en mer en ce moment ?
— Je l’ignore, répondit la prisonnière, intéressée.
— Voyez-vous, un nouveau monde a été découvert, à l’ouest, au-delà de nos cartes les plus précises et les plus récentes. Un monde a priori très vaste. Nous allons là-bas pour le conquérir. J’espère bien en devenir l’impératrice et diriger la colonisation de ces nouvelles terres.
Sylvara savoura cette dernière phrase. C’était finalement la première fois qu’elle disait cela à haute voix. Cela ne semblait pas ridicule, c’était même tout à fait concevable. Ils arriveraient les premiers, et pourraient fonder la première ville du nouveau monde. Elle s’y voyait déjà, dirigeant des femmes, et surtout des hommes.
Ils mangèrent le repas concocté avec soin par le chef, burent le vin qui était excellent. Ils discutèrent de banalités. Lyssara était une hôte tout à fait éduquée, civilisée, intelligente. Elle plaisait à Sylvara.
Lyssara avait passé un agréable repas. Même si Sylvara débordait d’ego, c’était une personne intéressante. Elles pourraient peut-être devenir amies. Cela faisait très longtemps que la jeune femme n’avait pas parlé avec des gens cultivés comme ses geôliers. Elle profitait réellement de la soirée. Sylvara la regarda avec insistance, presque comme un prédateur qui regarde une proie avant de la dévorer :
— Lyssara, ma chère, en votre qualité de prisonnière, vous comprendrez qu’il vous faudra faire des choses que vous ne feriez pas d’ordinaire, tant que vous serez avec nous.
— Je… Oui, je comprends. De quoi voulez-vous parler exactement ?
— Je vais parler franchement avec vous. Voryn et moi adorons le sexe, nous sommes très passionnés. Vous me plaisez beaucoup, et j’ai cru voir que vous plaisiez aussi énormément à Voryn.
Ce dernier soutint le regard de Sylvara, en rougissant quelque peu. Alors il était question de cela ? Lyssara était presque déçue. Tout revenait inlassablement au sexe. Elle en avait certes fait son travail, utilisait son corps pour gagner de l’argent, mais n’avait pas imaginé devoir s’en resservir si tôt, à peine capturée. Cependant, si cela était une façon d’être tranquille sur ce navire, pourquoi pas. Aussi, ils étaient beaux, cultivés, propres. Ils étaient surtout jeunes, ce qui changeait pas mal de sa clientèle habituelle et cela ne lui semblait pas être un problème. Au contraire, à la pensée de ce qui allait se produire, elle sentit une tension dans son bas ventre. Oui, elle était excitée. Ce n’était pas si courant dans son métier. Elle décida de jouer cartes sur table :
— Moi aussi, j’aime beaucoup cela. Et je dois dire que je vous trouve très beaux tous les deux. Vous me faites envie, vraiment. J’accepte.
— Oh et bien, je pensais que vous seriez un peu plus récalcitrante ! Voryn, tu vas commencer à caresser les cuisses de notre invitée.
— Bien maîtresse, à vos ordres.
Sylvara adorait le contrôle. Deux personnes à contrôler, dont son amant, c’était exquis. Le jeune homme glissa sa main sous la table et commença à caresser les cuisses de Lyssara, qui avait déjà écarté les jambes. Quelle coquine pensa la capitaine. Sa respiration s’était accélérée alors que Voryn l’avait à peine touchée. Sa poitrine montait et descendait dans son corsage un peu serré. Sylvara se sentait déjà excitée. Elle aimait les hommes, leur sexe, mais elle n’avait jamais été contre avoir des rapports avec de belles femmes. C’était différent, voilà tout. Elle se leva et alla se coucher sur le lit. Elle pouvait les voir tout en étant bien installée. Elle souleva le bas de sa robe et commença à se caresser à travers sa culotte. Voryn était appliqué et s’était relevé pour se placer derrière elle. Il commençait à découvrir l’entrejambe de sa nouvelle partenaire et l’embrassait à pleine bouche. Elle avait le goût du vin, épicé. Elle gémissait déjà, bruits étouffés par la langue du jeune homme, qu’il s’appliquait à lui enfoncer dans la bouche. Voryn entreprit de caresser sa poitrine mais il était gêné par ce corsage. Il commença à en défaire les liens mais cela lui semblait trop long. Il sortit un couteau. Sylvara s’arrêta dans ses caresses, alarmée :
— Non voyons ! Fais ça bien !
Mais Voryn la regarda dans les yeux, avec un air de défi, et, tout doucement, sans cesser de la fixer, enfonça la lame dans le corsage et trancha les liens, un à un. Lyssara gémissait au fur et à mesure que ses seins retrouvaient leur liberté. Sylvara était vivement agacée, et en même temps amusée. Elle dit :
— Tu seras puni Voryn, sois en sûr…
— Bien maîtresse, comme vous voudrez, maîtresse.
Il avait encore ce ton insolent qui l’excitait terriblement. Mais il fallait qu’elle reprenne le contrôle. Elle se leva du lit et dit d’un ton impérieux :
— Cesse ! Mets-toi debout ! Ne bouge plus.
— Oui, maîtresse.
Voryn s’exécuta, amusé.
— Lyssara, déshabille-le, mets le complètement nu.
La jeune femme, qui comprenait qu’ils étaient dans un jeu, se releva, laissant l’humidité entre ses jambes couler contre ses cuisses. Elle déshabilla avec beaucoup de sensualité le jeune homme, et découvrit que c’était vraiment un beau spécimen. Elle ferait ce soir ce qu’on lui dirait de faire, mais elle avait vraiment hâte de le goûter. Son sexe était juste en face de son visage. C’était plus fort qu’elle, elle voulait lécher cette jolie verge. Elle avança la bouche, l’ouvrit et sortit la langue. Alors qu’elle était à quelques centimètres à peine de son gland, Sylvara l’interpella :
— Non non, petite salope, tu n’y goûtes pas maintenant. Il est à moi, tu le suces quand je le dis, on est d’accord toutes les deux ?
— Oui maîtresse, répondit Lyssara, un peu déçue.
— Voryn, assieds-toi sur une chaise, au milieu de la pièce.
Le jeune homme s’assit, nu, vulnérable. Il se doutait de ce qui allait suivre.
Sylvara approcha après avoir récupéré des sangles de cuir dans sa malle.
— Lyssara, aide-moi à lui attacher les mains à la chaise.
Les deux femmes s’employèrent à attacher Voryn, serré, mais suffisamment lâche pour que le sang circule encore. Sylvara avait prévu de jouer longtemps avec son amant ce soir. Une fois fait, elle retira ses vêtements et demanda à Lyssara de faire de même.
— Avant toute chose, je dois te punir Voryn, tu as été un méchant, méchant garçon tout à l’heure, dit Sylvara avec un sourire vorace.
Elle avait gardé avec elle un lien de cuir qui ressemblait à une ceinture. Elle fit le tour de la chaise et assena un coup sur l’épaule de son amant. La sangle claqua et Voryn étouffa un petit grognement de surprise. Il ne s’attendait pas à cette vigueur. Son épaule se zébra d’une ligne rouge qui commençait à s’élargir. Sylvara continuait à tourner autour de la chaise :
— Oui, un très vilain garçon. Schlack !
Cette fois-ci le coup tomba sur une de ses cuisses, manquant sa queue de justesse. C’était une douleur tout à fait supportable, mais c’était cinglant.
— Qu’est-ce que je vais faire de toi ? Hein ? Schlack !
Nouveau coup sur un de ses tétons. Cette fois, Voryn ne put réprimer un petit cri de douleur. Il vit une marque rouge apparaître. Sa maîtresse avait l’air de trouver ce jeu très amusant. Malgré la relative douleur, ce jeu excitait aussi Voryn. Il reçut encore quelques coups. Quand Sylvara en eut assez, elle s’écarta et intima :
— Lyssara, il est bien puni. Désormais tu vas le sucer.
Cette dernière ne répondit pas. Elle attendait cela depuis un moment. Elle arriva à quatre pattes entre les jambes de Voryn et prit son gland dans sa bouche. Il était chaud et avait un goût délicieux. Il y avait déjà un petit méat pré-éjaculatoire qui suintait légèrement. Elle le lapa avec attention. Voryn gémissait de plaisir à ce contact. Lyssara savait y faire, il n’y avait aucun doute. Sa queue était caressée par du velours délicat. Mais Sylvara en voulait plus. Alors qu’elle se touchait sur le lit, elle dit :
— Lyssara, prends-le entièrement dans ta bouche, bien au fond, oui.
La prisonnière fit glisser ses lèvres contre la hampe de ce sexe offert. Quand elle arriva au pubis, que son nez toucha les poils doux du jeune homme, elle fit de petits mouvements de va-et-vient, ponctués de délicats bruits de gorge. Voryn commençait à respirer fort. Sylvara ne voulait pas qu’il jouisse, pas encore.
— Doucement, ma belle, doucement, je veux garder son sperme pour moi.
Lyssara ralentit son mouvement, en profita pour caresser le torse fin mais musclé de cet homme. Elle descendit une de ses mains pour enfoncer deux doigts en elle. Sa toison était fournie. Elle n’avait pas pris le temps dernièrement de s’occuper de son intimité comme elle aurait dû, mais en même temps Altharion s’était remis à la dédaigner, elle qui était pourtant si excitante. Ses poils étaient gorgés d’un nectar abondant qui ruisselait sur ses doigts. Sylvara ne dit rien, semblant profiter du spectacle tout en se masturbant vigoureusement. C’était elle qui devait faire le plus de bruit dans la cabine. D’un coup, n’y tenant plus, elle se releva, attrapa les cheveux de Lyssara et la tira en arrière. Elle gémit de plaisir à cette sensation d’être un peu malmenée. Sylvara s’assit sur le sexe de Voryn, mi-assise, dos à lui. Elle s’empala entièrement dans un râle. Il ne pouvait que regarder le dos de sa maîtresse aller et venir contre lui.
— Lèche-moi ! ordonna-t-elle à sa prisonnière.
Elle approcha son visage des sexes de ses deux partenaires et commença à lécher. Elle avait un goût fort, qui lui renversa les sens. Au bout de quelques minutes, Sylvara avait mal aux jambes, les sentait tétanisées. Elle se releva et se mit à genoux sur le lit, les fesses tournées vers son amant.
— Je crois que tu as été sage Voryn. Viens prendre mon cul. Lyssara, détache-le.
La captive défit les liens et alla s’allonger sur le lit pour continuer à se toucher. Voryn arriva, libéré et fougueux. L’anus de Sylvara était tendu vers lui, offert. Il commença timidement à le caresser avec un doigt et ajouta sa langue pour bien lubrifier son intimité. Il se mit à genoux et fit glisser son gland turgescent à l’intérieur. Il rentra sans effort. Sylvara poussa un cri de plaisir. Lyssara se masturbait de plus en plus vite sur le lit. Ses seins vivaient avec elle. Voryn comprit qu’il allait jouir un peu vite s’il continuait à la regarder. Il ferma les yeux. Sylvara criait son plaisir.
— Oui, oui, oui. Voryn ! Oui ! défonce-moi, vas-y !
Elle était en train de jouir. Elle s’avachit sur le ventre, terrassée par son orgasme, alors que Voryn continuait à aller et venir à vitesse régulière. C’était comme un massage, doux, tendre, chaud, profond. Au bout de quelques instants, elle se reprit :
— Lyssara, viens lécher son cul.
Docile, la prisonnière écarta les fesses du jeune homme et y glissa la langue. Voryn fut quelque peu surpris, c’était la première fois qu’on s’occupait de lui de cette manière. Il adorait prendre celui de Sylvara, pourquoi ne pas jouer avec le sien ? Lyssara glissa sa langue avec maîtrise dans l’intimité de Voryn. C’était agréable, même très agréable. Elle vit que le jeune homme se détendait. Alors, elle tenta de frayer un passage pour un de ses doigts. Il rentra, doucement, et Voryn laissa échapper un petit soupir d’aise. Il était encore serré mais semblait prendre un vif plaisir à cela. Lyssara connaissait l’endroit magique pour les hommes, au fond d’eux-mêmes, et qui permettait de les faire jouir presque sur commande.
Elle voulait lui offrir cela.
Sylvara semblait juste profiter du massage, fatiguée par le violent orgasme qu’elle venait de subir. De ses mains, Lyssara intima à Voryn de se dégager de sa compagne en le saisissant et se mit à le branler doucement. Voryn gémissait et elle sentait qu’il n’était pas loin. D’un coup, elle enfonça son doigt profondément et appuya sur la petite bosse à l’intérieur. Voryn hoqueta, poussa un râle et jouit bruyamment sur les fesses et le dos de sa maîtresse. La quantité était impressionnante. Il sentait bon. De son expérience, tous les spermes n’étaient pas identiques. Ceux qui fumaient ou buvaient beaucoup d’alcool avaient un goût plus fort, plus âcre. Elle baissa la tête et lécha un peu de ce nectar sur le dos de la capitaine du navire. Comme elle s’y attendait, le goût était doux, salé, délicieux. Sylvara sortit de sa torpeur :
— Stop ! C’est mon sperme. Laisse-le-moi.
— Bien maîtresse.
— Merci pour ta présence Lyssara. Rhabille-toi, tu peux disposer et aller dans ta cabine. La soirée est terminée.
La jeune femme remit ses vêtements tant bien que mal, compte tenu du fait que son corset était éventré et sortit de la cabine, laissant le couple seul. C’était un peu rude de partir maintenant.
Sylvara voulait désormais de la tendresse.
— Viens t’allonger contre moi, prends-moi dans tes bras.
Son ton était attendri, le rôle de maîtresse était terminé. Elle ressemblait plutôt à un petit chat qui voulait dormir.
Voryn rabattit la couverture sur eux deux et prit Sylvara dans ses bras. Elle se cala contre lui et ils s’endormirent, calmés, les tensions relâchées.
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