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NORDIC WARRIORS La dernière chanson
Fiction
Drama
calendar Publicado el 12, abr, 2026
calendar Actualizado 12, abr, 2026
time 11 min
18+

NORDIC WARRIORS La dernière chanson

Les pieds nus dans le sable encore tiède, j’admirais les étoiles. Elles scintillaient, radieuses. Je leur souris.

Le groupe Ragnarock entamait l’ultime refrain de sa nouvelle chanson « Nordic warriors ». J’ondulais au rythme de la musique. En chœur avec les autres, je scandais les dernières paroles : « Nordic warriors, keep the light ».


Chaque note m’emplissait d’un vent de liberté. Une détonation éclata. J’aimais tant les feux d’artifice.

La foule aussi étonnée que moi attendait avec ferveur les lumières multicolores dans le ciel. Une odeur âcre envahit nos narines. Une clameur incertaine accompagnait le rugissement de motards brandissant des flambeaux.


J’avais déjà vu un tel spectacle à la montagne, jamais dans le désert !


Soudain, le concert s’arrêta, nous figeant sur place. Les moteurs vrombissaient, les torches lançaient des éclats de feu. J’assistais à la scène sans comprendre.


Des personnes hurlaient, d’autres s’écrasaient sur le sol ou couraient à vive allure. Ragnarock haranguait les gens avec son refrain : « Nordic warriors, stand and fight… ».


Une explosion termina la phrase et réveilla la marée humaine.


Le mouvement incertain rompit ma torpeur. Ma tête tournait, emportée d’abord par un courant, puis par un autre. Je cherchais un point d’attache pour ne pas me perdre.


Une fumée suffocante nous enveloppait. Je ne distinguais plus les silhouettes autour de moi, je les sentais crier « fuyez ».


Seules des lueurs menaçantes m’encerclaient.


J’essayais de m’échapper.


À droite, à gauche, mes pieds se blessaient à force de changer de direction.

Dans ma tentative de fuite, je heurtais un véhicule. Il me sauva quelques instants.


Je repris mon souffle.


Tapie sous mon abri de fortune, j’évitais de respirer. La foudre tonnait dans tous les recoins. Elle se rapprochait. Les muscles de mes épaules se tendaient. Des cris de terreur me déchiraient les tympans. Mon cœur s’emballait.


À travers les nuages de poussière, j’aperçus des corps gisant à terre. Je retins une nausée avec mes mains. Des effluves de sang me brûlaient le nez. Je tremblais. Une douleur subite s’empara de mon ventre.


Je me rassurais en fredonnant le début du refrain de « Nordic warriors » : « Nordic warriors, hear the fear, Nordic warriors, feel the tears… »


Le brouillard de sable se dissipa. L’horreur apparut.


Les larmes roulèrent sur mes joues. Je regardais, sans vraiment les voir, les cadavres mutilés rongés par les rayons du soleil. Je bouchai mes oreilles pour éviter les plaintes des rescapés allongés sur la dépouille d’un proche.


J’errais au milieu de ce tumulte. Des voix m’ordonnaient de me cacher, d’autres de fuir. Que s’était-il passé ? Pourquoi ce champ de ruines et de misère humaine ?


La chanson résonnait encore dans mes pensées, le premier couplet :

« Nordic warriors, écoutez :

Vos frères s’entretuer

L’honneur et la parole se briser

Le cri profond des innocents sacrifiés

Et les familles se déchirer ».

Un crissement de pneus interrompit mon égarement.


À l’affût, je détalai, traquée. Ce geste fut vain, car les prédateurs m’empoignèrent et me lancèrent à l’arrière du véhicule.


Des voix saccadées suppliaient. Des coups de crosse leur répondaient.


Je me recroquevillai au plus profond de moi-même, immobile, comme morte. Tout me semblait irréel. La peur de mourir me tordait les entrailles.


Ma jambe tressaillit quand une main caressa mon entrecuisse. Je me mis en position fœtale.


La vibration sur la route me ballotait d’un côté puis de l’autre. Juste un arrêt, une respiration, puis des bras puissants me déposèrent comme un sac de jute dans un endroit sombre.


Allongée sur un sol dur, je fixais un semblant d’ampoule au plafond.


Des bruits de bête se traînaient autour de moi. Les contacts crasseux sur ma peau me transformèrent en poupée de chiffon. Je ne voulais rien ressentir.


Engourdie, ma chair ne réagissait plus. Mon esprit lévitait et m’observait de l’extérieur. Aucune émotion ne se présentait. Je n’existais plus. Aucune image n’apparaissait sur l’écran de ma mémoire.

Je revins à moi un jour, deux jours, ou peut-être plus.


Un liquide visqueux coulait entre mes cuisses. La charpie de mes vêtements couvrait à peine ma nudité. Les cris des autres femmes s’écorchaient dans l’écho des tunnels. Mes souvenirs se brisaient comme un miroir.


La même mélodie revenait dans ma tête, les mots du deuxième couplet :

« Nordic warriors, entendez :

Le sang n’est plus sacré

Car il a été souillé

Les alliances sont tombées

L’ordre ancien va vaciller ».


Je m’appelais Liv, prénom signifiant vie. Alors, je m’accrochais, inerte, évitant le moindre geste de provocation. Je rassemblais mes idées pour chercher en moi une issue, comme si rien n’avait changé.


Dans la pénombre, j’observais avec angoisse. Quand le gardien à la robe bleue entrait, je reculais par instinct. J’échangeais parfois un geste ou un signe avec lui. Je restais méfiante.


Le sourire illusoire d’une journée devenait la terreur du lendemain. Tenir une heure, un jour devenait une victoire.


Un craquement sourd me faisait sursauter. Un simple courant d’air ou une plus grosse bouchée de viande me donnait de l’espérance. J’oscillais en permanence entre doute et certitude.


Je rajustais ma robe pour préserver ce qui me restait de dignité, et nettoyais les salissures de leur outrage.


Mon geôlier m’apporta une couverture déchirée et une maigre pitance. Je le remerciais et m’asseyais pour manger le peu qui m’était donné. Il évitait de me parler. Son regard me fuyait.


Seul, le sommeil m’évadait de ce tunnel fétide. Je fermais alors les yeux.


La musique reprenait son cours et chantait le refrain :

« Nordic warriors, hear the fear

Nordic warriors, feel the tears

Nordic warriors, stand and fight

Nordic warriors, keep the light ».


Je ne discernais plus le jour de la nuit ni le nombre de repas que le gardien m’apportait. Une minute, son visage exprimait la compassion, celle d’après, l’indifférence. Je le plaignais malgré mon infortune.


La faim qui me tiraillait me ramenait à mon sort. Mon être fonctionnait comme un ours en léthargie sans la fourrure. Le vent glacial du soupirail m’affaiblissait.


Le son des bombes amplifiait mon effroi. Serai-je un jour libérée ou oubliée dans ce tombeau ?


La nourriture se raréfiait. Des crampes me lacéraient le ventre. Le vide du souterrain me dévorait de l’intérieur.


Parfois, des murmures se glissaient à travers les portes blindées. J’y répondais avec des gémissements propres à des petits animaux abandonnés par leur mère.


Je n’arrivais plus à dormir. Des cauchemars gelés me réveillaient. Je subissais, impuissante, la rigidité de mon corps et de mes émotions.


Combien de temps allais-je résister avant de me briser dans cet enfer ?


Je rêvais du contact chaud du sable, vestiges des derniers instants heureux. Seule et abandonnée, ce chant restait le dernier fil qui me reliait au monde d’avant.


J’entamais le troisième couplet :

« Nordic warriors, regardez :

Vient le grand hiver, sans pitié

Avec la famine dans les cités

Et la terreur dans les armées

Le vieux royaume va s’effondrer ».


La terre vibrait, des débris tombaient du plafond. Les plaies à vif me piquaient. Les déflagrations se succédaient.


Je m’endormais entre deux répits. J’essayais d’anticiper les silences. Le moindre sifflement me terrifiait.

Les bruits sourds s’intensifiaient. Aux aguets, mes muscles se tendaient. Mon cœur accélérait.

Le gardien à la robe bleue ne me visitait plus. Le sauvetage approchait-il ?


Le grondement devint encore plus fort. La pression me tenaillait les oreilles. Le souterrain trembla.

L’eau surgit de la paroi fissurée. Une pierre heurta ma tête. Je m’effondrais.


Le sol devenait humide. Ma main chercha le jet. Me redressant avec difficulté, je bus. Une odeur de moisissure me saisit. Je recrachai aussitôt ce poison liquide.


À la recherche d’un endroit sec, je me traînais. Des vertiges me submergeaient. Le mur meurtri me soutenait à peine.


Je frissonnais dans mes vêtements trempés.


Mon passé s’effaçait en même temps que les visages de ma famille.


Que me restait-il ? Cette chanson qui tournait en boucle.


Mes lèvres murmuraient les mots du quatrième couplet :

« Nordic warriors, comprenez :

La force enfouie va s’éveiller

Des abysses va remonter

La mer va se déchaîner

Et la terre sera empoisonnée ».


Ma vision se troublait. Une faiblesse s’emparait de tous mes membres. Allongée, une lourdeur m’empêchait de me mouvoir. Je peinais à me concentrer.


Le fracas des armes me paraissait si lointain. Mon esprit, si vif autrefois, se désagrégeait comme la paroi qui s’effritait.


Un bourdonnement emplit mes oreilles. La voix de mon geôlier me parvenait déformée. Le mur en face de moi se brouillait.


Une envie soudaine de clore les paupières m’emportait. Je luttais. Mes jambes ne répondaient plus. Des points lumineux dansaient devant moi. La confusion régnait dans mes pensées.


J’ouvris les yeux. Je ne vis que du noir. Je hurlais.


Fatigué, mon corps se relâcha d’un coup. La chanson me donna un instant de lucidité :

« Nordic warriors, ressentez :

Courir vers vous les loups affamés

Le soleil et la lune, ils vont dévorer

La lumière s’éteint sous leurs crocs acérés

Disparaissent l’espoir et l’humanité ».


Mes sens s’éteignaient peu à peu. Je glissais vers l’endormissement. Ma respiration devenait irrégulière. Je perdais tout repère dans le temps et dans l’espace.


Mon univers basculait dans le silence. L’obscurité m’encerclait. Était-ce le premier jour où le soleil ne se lèverait plus sur ma vie ?


Les mots jaillirent de ma bouche : « Nordic warriors, keep the light… ».


Une étoile apparut. Je lui souris.


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