Chapitre 27 - La fuite
Chapitre 27 - La fuite
Avertissement : les événements relatés ici s'inspirent de faits historiques vérifiés, mais les hypothèses proposées sont purement imaginaires.
Lundi 5 octobre
Markus Zimmer avait installé son ordinateur dans la salle de réunion. L’écran était ouvert sur plusieurs fichiers de textes en allemand, une fenêtre affichait un logiciel de traduction automatique.
— Je n’ai pas eu le temps de faire une traduction complète, mais pour comprendre le sens, ce sera suffisant, expliqua l’interprète. J’ai cherché dans la direction que vous m’avez indiquée et j’ai effectivement trouvé plusieurs pistes.
— Vous avez trouvé d’autres traces de ce Georges Prax ? demanda Clarisse.
— En effet, il semble bien que votre homme ait cherché à retrouver comment cet individu avait pu échapper aux résistants à la fin de l’été 1944, alors que plusieurs de ses homologues ou subordonnés avaient été arrêtés, et pour certains exécutés, par les FFI. Les forces militaires allemandes ont progressivement quitté le sud-ouest de la France après le débarquement en Normandie. Certaines ont rapidement rejoint le front Ouest, comme la division SS « Das Reich » qui a laissé sur son passage de nombreux actes de barbarie. Les autres ont fait mouvement vers la Méditerranée, en juillet et août, comme la perspective d’un second débarquement se faisait plus évidente. Bien entendu, les différents mouvements de résistance les ont suivies de très près, reprenant le contrôle des villes, les unes après les autres. Les supplétifs français, miliciens ou membres de la Gestapo, ont fait à peu près le même trajet, en même temps. Certains ont essayé de rejoindre l’Espagne proche, mais Franco n’a pas voulu d’eux. À ce moment, il avait déjà commencé à se rapprocher des Alliés et affichait une attitude de neutralité.
— Prax était dans le contingent qui a fui avec les Allemands ?
— C’est effectivement ce que Kaiser pensait. Certains documents qu’il a pu consulter semblent le confirmer.
Zimmer afficha quelques copies de documents jaunis, où certains noms étaient surlignés. Prax était bien présent sur ces listes.
— Que sont-ils devenus ensuite ? demanda l’adjudante.
— La plupart ont été dirigés vers le sud de l’Allemagne, dans la ville de Sigmaringen, où s’est reconstitué un semblant d’organisation autour de Pétain, Laval, Déat et quelques autres. Darnant, le chef de la Milice faisait également partie du groupe. Kaiser pensait que Prax y était passé aussi.
— Je suppose que ça n’a pas duré longtemps, suggéra Clarisse.
— À la fin de l’hiver 1945, l’armée française, commandée par de Lattre, a atteint le Bade-Wurtemberg, et les collaborateurs exilés se sont dispersés. Les principaux chefs ont été exfiltrés vers la Suisse, Laval, par exemple, a ensuite gagné l’Espagne où il a été arrêté par Franco, qui l’a remis aux Français en gage de bonne volonté.
— Kaiser a réussi à suivre la piste de Prax ?
— À partir de là, c’est un peu moins documenté et Kaiser a fait quelques suppositions. Selon ces notes, Zimmer afficha de nouveaux documents, Prax aurait choisi de remonter vers le nord, ce que très peu de miliciens ont fait. Kaiser écrit que le milicien aurait pu changer d’identité et obtenir de faux papiers, se faisant passer pour un français, évadé d’un camp de travail.
— Comment a-t-il obtenu ces informations ?
— Ce n’est pas très clair, mais on peut imaginer qu’il a eu accès à des archives de la Stasi.
— Mon contact en Allemagne m’a effectivement dit que Kaiser avait été proche de la police politique de RDA.
— Prax, qui se faisait alors appeler Dumergue, s’est retrouvé piégé en zone soviétique où il aurait séjourné quelques années. Divers documents en attestent, sans que l’identité Prax/Dumergue puisse être formellement prouvée.
— Combien de temps est-il resté en Allemagne ? demanda l’adjudante.
— Selon la chronologie établie par Kaiser, ce Dumergue aurait pu regagner la France en 1952.
— C’était après les lois d’amnistie générale.
— Oui, tout à fait, beaucoup d’anciens collaborateurs sont rentrés à ce moment.
— Vous pensez que Kaiser aurait pu venir dans la région pour retrouver Prax ou Dumergue ?
— Le retrouver vivant, c’est très peu probable, mais savoir ce qu’il était devenu, peut-être bien. C’est en tout cas ce qui transparait dans ses notes. Il avait déjà réuni certains indices, son nouvel état-civil, d’abord. Georges Dumergue a bien existé, il avait à peu près le même âge que Prax et il était originaire de la même région. Il était lui aussi parti en Allemagne, mais n’en est jamais revenu. Ce n’était pas le premier voyage de Kaiser en France. Il s’était rendu dans la région d’Agen pour étudier les registres de l’état-civil. J’ai un mémo qui résume cette recherche. Il y a bien un Georges Dumergue né à Lectoure en 1919, qui a fréquenté le lycée d’Agen entre 1936 et 1938. Il a été mobilisé en 1939 et a réussi à échapper à l’emprisonnement en 1940. Il est revenu dans sa région d’origine et on trouve sa trace comme comptable dans une entreprise de chaussures à Moissac. En 1943, il a été réquisitionné et envoyé en Allemagne. Selon Kaiser, c’est Georges Prax qui en est revenu.
— Pourquoi dans ce cas venir dans le Tarn ? remarqua Clarisse.
— On a quelques éléments dans des fichiers récents, je crois que Kaiser voulait approfondir le rôle de Prax pendant la guerre. Peut-être se faire une idée des lieux où il avait sévi.
— Oui, ça pourrait expliquer son circuit dans la montagne ! Avez-vous trouvé dans ses notes des noms de contacts possibles ? Des personnes qu’il voulait rencontrer par ici ?
— Non, il n’y dans cet ordinateur ni agenda ni carnet d’adresses.
— Il avait forcément une autre machine, puisqu’il avait une adresse mail et qu’il publiait sur le web, conclut l’adjudante.
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