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Emily

Emily

Publicado el 22, mar, 2026 Actualizado 22, mar, 2026 Adventure
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C’est donc avec une passagère à mes côtés que j’ai repris la route 95 vers le nord, en direction de Tonopah, dernière agglomération avant d’attaquer la Sierra et Yosemite. Une heure et demi de route, en respectant les limitations, ce que je m’appliquais à faire scrupuleusement. Rien ni personne ne m’attendait à l’arrivée, pas la peine de provoquer les shérifs pointilleux et désœuvrés de la région. Le premier accroc à ma sérénité intervint moins de cinq minutes après notre départ de Beatty. Alors que la radio diffusait LA Woman, la jeune femme commença à manipuler la radio jusqu’à trouver une chaine country sur Sirius XM[1].


Hey Porter de Johnny Cash envahit l’habitacle. Je visualisais une bande de bouseux du Midwest en train de s’envoyer des bières, comme dans les Blues Brothers. Elle me fournit un semblant d’excuse en m’expliquant qu’elle était du Tennessee, de Clarksville précisément, à la limite du Kentucky et que c’était la seule musique qu’elle aimait. Je lui demandai si elle buvait autre chose que du bourbon et elle me répondit qu’elle préférait la Bud Light. J’aurais pu supporter Johnny Cash dans le silence tout relatif de la Mustang, mais elle a éprouvé le besoin de me raconter sa vie, son père, chauffeur routier à son compte, toujours parti sur les routes du pays, sa mère vendeuse chez Walmart, qui recevait parfois des hommes dans la chambre au-dessus du garage, quand les fins de mois étaient difficiles et surtout sa sœur, mère célibataire qui vivait dans la maison familiale avec son mouflet. Moi, je ne suis pas un mauvais gars, à part quelques pauvres types qui avaient tiré la mauvaise carte dans le désert et qui étaient tombés sur nous, je n’ai jamais tué personne, en tout cas à ce moment là. Cette vie là était à des miles de la mienne, mais je sentais que ça lui faisait du bien, alors je l’ai laissée vider son sac.


Elle m’a dit qu’elle s’appelait Emily Harris, mais que je pouvais l’appeler Emmy si je préférais. Personnellement, Emily ou Emmy, j’en avais rien à foutre. À ce moment-là, je n’avais plus qu’une envie, la larguer à Tonopah et continuer ma route dans le calme en écoutant du bon vieux rock. Il m’a quand même fallu entendre jusqu’au bout l’histoire de sa courte vie, elle n’avait que vingt-six ans. Depuis la maternelle jusqu’au collège, elle n’était pas allée plus loin, les garçons n’avaient pas cessé de lui courir après. Quand elle était petite, ils aimaient ses cheveux et ses joues rondes, qui donnaient envie de faire des bisous, puis ils s’étaient intéressés à ses seins et à ses fesses rondes, qui donnaient envie… bon vous m’avez compris. Il faut dire que dans son jean serré et son chemisier blanc noué à la taille, elle avait une certaine allure de pin-up pour GIs ou camionneurs. Je ne sais pas si elle tenait ça de sa mère, mais cette fille devait attirer les hommes comme le miel attire les mouches.


Dès qu’elle avait eu dix-huit ans, elle était montée dans un Greyhound pour Memphis avec dans la tête l’idée de devenir chanteuse. Avec son physique, elle avait réussi a décrocher des petites prestations de choriste dans des formations de troisième ordre, gagnant juste de quoi vivre, partageant le lit des musiciens avec qui elle tournait.


À vingt-deux ans, elle dansait au Spearmint Rhino[2] de Lexington, Kentucky. Elle avait un numéro de cow-girl, terminant en nu intégral. Je n’avais aucun mal à imaginer le style. À la fin de son numéro, il ne lui restait que ses bottes.


Pour ses vingt-cinq ans, le patron du club avait organisé une soirée spéciale à son attention. Un bellâtre avec des chaines et une montre en or était au premier rang, entouré de quelques seconds couteaux. Après deux danses et quelques verres, elle l’avait suivi à son hôtel. Ils étaient restés ensemble pendant presque un an. Elle vivait dans une belle maison, mais ne pouvait pas sortir sans être accompagnée d’un garde du corps. Un type qui avait eu le malheur de discuter un peu trop avec elle avait eu tous les doigts brisés à coups de marteau. Pour finir, elle avait été donnée en règlement d’une dette de jeu à un caïd de l’ouest qui avait tenté de l’intégrer à son cheptel de gagneuses à Las Vegas.


Je ne sais pas pourquoi le voyant rouge ne s’est pas allumé à ce moment. Pourquoi la sirène n’a pas retenti dans mon cerveau reptilien. Sans doute parce qu’à ce moment là Emily avait les pieds posés sur le tableau de bord et la chemise ouverte jusqu’au nombril. Sans doute parce qu’à ce moment là mon cerveau reptilien avait répondu à un instinct encore plus primaire que la survie, celui de la reproduction. Il avait décodé baise-moi, sans besoin de recourir à un algorithme sophistiqué.


Il était onze heures du matin, il faisait beau. Je me suis engagé sur le premier chemin de traverse et j’ai arrêté la voiture à trois cents mètres de la route principale, derrière un gros rocher. Ce n’était sans doute pas la meilleure chose à faire, mais je n’ai pas trop pensé aux conséquences.




[1] Sirius XM : chaine de radio par satellite, la seule que l’on capte dans le désert.


[2] Chaine d’établissements de strip-tease



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