Vos escarpins cerise brillent dans l’ombre
Vous remontez la rue bordée de maisons basses, la Rue Nevada, celle que j’habite provisoirement. Du fourreau noir de votre unique gant, vous extrayez une clé. Au bout pend un colifichet, peut-être une image de vous dans un médaillon d’argent. Vous ralentissez, je vous suis à distance pour ne nullement être repéré. Vous vous arrêtez tout juste devant ma maison. Un moment, vous faites semblant de regarder autour de vous. Vous introduisez votre clé dans la serrure de la porte qui grince de manière familière. Votre rousseur a disparu, avalée par la tâche d’ombre. Vous êtes entrée dans MA maison, je ne peux en douter. Que me reste-il d’autre à faire que d’emboîter votre pas et, sûrement, de vous demander des comptes ? Je franchis le seuil, les paumes de mes mains légèrement moites. Personne dans l’étroit couloir. Personne dans la pièce qui me sert de bureau.
J’entre dans ma chambre. Juste le rayon d’une demi-clarté. Les persiennes laissent passer le jour avec discrétion. Quelques lignes claires sur les tomettes de tuiles rouges. Votre robe en lamé luit faiblement, abandonnée sur l’unique fauteuil. Vos escarpins cerise brillent dans l’ombre à la manière d’un désir qui n’attendrait que d’être rallumé. Votre corps est un talc avec deux brûlants sémaphores : le rougeoiement de votre chevelure, la toison plus cendrée de votre mont de Vénus. Vous feignez de dormir comme après une harassante épreuve. Je vois la braise de vos aréoles bouger doucement au rythme de votre attente. Mais, qui êtes-vous donc, Vous l’Inconnue pour vous être introduite CHEZ MOI avec tant de désinvolture, de calme assurance ? Qui êtes-vous ? Le saurais-je bientôt ?
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