Gaëlle-du-matin
Gaëlle-du-matin, la voici qui se confond avec tout ce bleu sombre, ce bleu-marine qui envahit le ciel, se lève de la mer, peint tout dans une seule et unique teinte pareille à une mélancolie heureuse, à une tristesse gaie, à un lumineux désespoir. Car il en est ainsi de toute vie qu’elle se pare, parfois, de l’étrange clair-obscur de l’oxymore : une vive et éclatante lumière que recouvre le dais d’un vague à l’âme, que ternit le gris d’une lointaine réminiscence. Mais c’est précisément parce qu’il y a de l’ennui qu’il y a aussi de la gaieté. Tout ceci joue en duo la belle mélodie de l’exister.
Gaëlle s’assoit sur ses pieds, le dos légèrement cambré, ses yeux sont deux minces fentes par où le monde se donne à elle dans une manière d’étrange beauté. Gaëlle voit les amas de gros rochers, on dirait des animaux antédiluviens, elle voit la longue clôture de pierres sèches, un plateau d’herbe couché sous le vent, une maison de granit au toit qui descend au ras du sol, quelques bâtiments épars moutonnent tout autour. Puis le bord déchiqueté du rivage, une île au loin émergeant de la brume, d’énormes vagues blanches qui se lancent à l’assaut d’un cap, puis explosent en milliers de fines gouttelettes.
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