03 - Craquine la petite Tartine
Je vais vous raconter l'histoire de Craquine la petite Tartine…
Elle avait vu le jour dans le four d'un vieux boulanger : Alphonse. Celui-ci aimait son travail et mettait tellement d'amour à faire ses pains que ces derniers n'avaient qu'une seule hâte : être mangés !
Mais parlons de Craquine. Donc Alphonse avait confectionné ce jour-là un peu plus de pain qu'à son habitude, et comme il ne supportait pas le gâchis il demanda à sa femme Éloïse qu'elle tranche le surplus. Une fois séché, celui-ci deviendrait un excellent pudding dont Alphonse tenait la recette de son arrière-arrière-grand-père ! C'est suite à cette erreur que naquit Craquine, blonde, à la croûte dorée, un matin de printemps, alors que le soleil sortait à peine de son sommeil.
Toutes les tartines furent mises ensemble dans des sacs de papiers, pour qu'elles ne moisissent pas, et furent remisées dans la pièce à côté de la boulangerie. Tous les matins Éloïse les sortait et les déposait délicatement sur de grands plateaux de bois. Plusieurs fois dans la journée, elle les retournait de manière à ce qu'elles sèchent sur toute leur surface. Chaque nuit Éloïse les remettait dans les sacs pour que les souris ne viennent pas s'y attaquer et dévorer tout ce petit trésor.
Depuis trois jours Craquine sentait les mains douces de la boulangère, et elle se demandait pourquoi, cette dame si gentille, la laissait se dessécher alors qu'elle ne souhaitait qu'une chose : être mangée ! Craquine n'aimait pas la sensation de devenir rêche et dure. Elle rêvait, depuis deux jours déjà, d'un autre monde, un monde où plein de tartines se promenaient en liberté, où elles avaient des maisons, des enfants ! Craquine était triste et elle ne parlait même plus avec ses copines de voisinage. Une pensée vint en elle :" J'aimerais tant pouvoir voler, passer par la lucarne de la porte et voir si ce monde auquel je pense existe vraiment."
Elle s'endormit le cœur lourd, une larme au coin de son œil brun. Mais trois charmantes fées avaient entendu sa requête, et comme elles ne supportaient pas la tristesse, elles décidèrent de donner une chance à la petite tartine :" Craquine, réveille-toi. Craquine, réveille-toi, dirent-elles dans l'ombre de la nuit. Nous allons exaucer ton vœu petite tartine."
Craquine regarda avec surprise ses trois petites choses volantes, brillantes :" Qui êtes-vous ? Demanda-t-elle, vous venez du monde des tartines ?"
Les trois fées se mirent à rire de leurs voix légères derrière leurs petites mains en secouant énergiquement leurs petites têtes à longue chevelure. "Non, non. Nous sommes des fées, et on exauce les vœux de ceux et celles qui sont tristes et malheureux." Les yeux bruns de Craquine se mirent à briller intensément. "Oui ! Oui ! Oui ! Je vais aller au pays des tartines !" Pensa-t-elle, sans se douter que les petites fées entendaient toutes ses pensées.
" Ferme les yeux Craquine, nous allons réaliser ton premier vœu : avoir des ailes pour t'envoler. Après il t'appartiendra d'en faire bon usage."
Et C'est ainsi que notre Craquine obtint ses ailes. De jolies petites ailes blanches, brillantes. Les autres tartines la regardaient avec envie, vous vous en doutez bien ! Mais Craquine n'y prêta pas attention, elle s'esquiva de son sac et se lança à travers la pièce, un grand sourire lui traversant le visage. Il faisait très noir et notre petite tartine n'y voyait pas grand-chose. En plus, manier des ailes n'est pas ce qui était le plus aisé ! Elle tournicotait dans la pièce, cherchant péniblement où se trouvait la lucarne vers sa liberté ! Un trait de lumière lui indiqua la bonne direction, toute joyeuse Craquine s'envola avec la plus grande conviction vers l'objet de ses désirs. Et malheureusement heurta la porte de plein fouet, car la petite lumière avait disparu… Craquine glissa le long de la paroi en étant plus qu'étourdie par son impact. Elle se coinça en contrebas, entre la porte et la petite latte qui se trouvait devant. Quand elle reprit ses esprits, Craquine se mit à crier, pleurer, implorer les fées de l'aider, mais ces dernières avaient déjà repris leur route ! Comme personne ne semblait vouloir venir à son secours, elle s'agita en tous sens pour essayer de se dégager, elle fit vrombir ses petites ailes toutes neuves, mais rien n'y fit. Elle se coinça un peu plus dans sa prison de bois.
Elle était là, à attendre, se demandant ce qui allait lui arriver maintenant qu'elle était emprisonnée. Elle avait peur, se sentait seule et frissonnait de tout son petit corps. Petit à petit elle s'enfonçait dans le sommeil. Car elle avait sommeil notre petite tartine, puis elle avait froid aussi. Elle entendait des bruits autour d'elle qui lui faisaient peur. Elle relevait ses paupières de temps à autre et voyait des corps velus qui se déplaçaient à l'autre bout de la pièce. Serait-ce les souris dont parlait Éloïse ? Quoi qu'il en soit, Craquine sombra dans le sommeil d'un seul coup, après tout, que pouvait-elle faire d'autre ?
Le matin s'annonçait doucement, et notre petite tartine dormait à poings fermés, toute recroquevillée entre la porte et la latte de bois. C'est à cet instant que les lutins de la maison décidèrent de rentrer. Comme à leur habitude, à cette époque de l'année, ils avaient passé la nuit dehors en faisant moult bêtises, plus grosses les unes que les autres, et surtout bien plus grosses qu'eux ! Ils étaient là, rigolards, se bousculant l'un l'autre, se tapant sur l'épaule :" Ah la tête de cette bonne femme quand elle m'a vu assise sur son nez !" s'exclama l'un d'eux. Et les autres de partir de plus belle dans leurs histoires respectives. Ils se glissèrent par la lucarne de la porte, pour rejoindre le nid qu'ils s'étaient fait près de la cheminée de la pièce.
En arrivant sur le sol l'un d'eux dit :" Eh ! Regardez cette petite chose avec des ailes ! Encore un tour de magie de nos amies les fées !" Les trois autres s'approchèrent de Craquine et observèrent la petite tartine à l'air si triste. Tous les quatre perdirent leur sourire en la voyant ainsi. "Oh ! Mademoiselle ! Vous faites quoi ici ?" demanda le plus jeune. Craquine ouvrit un œil et se mit à sourire en voyant les petits hommes près d'elle : elle n'était plus seule ! "Je me suis coincée en essayant de passer par la lucarne." Dit-elle avec un petit sanglot dans la voix.
Elle leur raconta alors pourquoi elle voulait passer par-là, elle parla de son rêve, celui du monde des tartines. Elle voulait aller là-bas et découvrir si c'était vrai. Elle ne pouvait plus être mangée dans le monde des hommes. Elle était devenue trop dure, et puis elle n'était plus aussi jolie. Ce à quoi les lutins protestèrent en lui criant que non, qu'elle était une super mignonne petite tartine, avec de jolies joues blondes, de magnifiques yeux bruns, une croûte délicieusement dorée ! Craquine sourit un instant en pensant qu'ils étaient de charmants menteurs mais ça lui faisait du bien. Elle laissa une larme glisser le long de sa face blonde, et les lutins se regardèrent totalement perdus. Ils savaient que la fin était proche pour elle…
" Bon, nous allons t'aider, dit le plus vieux, mais pour ça tu dois nous faire confiance et fermer tes jolis yeux bruns. Et sans poser plus de questions !"Il s'éloigna un peu de Craquine avec ses amis lutins à qui il chuchota ce qui était à faire pour qu'elle puisse entrer dans le monde des tartines. Le plus jeune pleura un peu et les autres se mirent devant lui pour que notre petite tartine ne se doute de rien. "Sèche tes larmes jeune idiot, il ne faut pas l'effrayer. De toute façon elle ne souffrira pas, et elle sera heureuse."
"Prête jeune demoiselle ?"Demanda le plus vieux. " Oui, oui, mille fois oui !" s'exclama Craquine. Elle ferma ses yeux très fort, un grand sourire sur les lèvres. Les quatre lutins s'approchèrent, se tinrent par la main et sautèrent très fort à pieds joints sur la petite tartine. Ils entendirent un craquement, suivi d'un "Pffff", puis plus rien. Le plus jeune éclata en sanglots en voyant la petite tartine écrasée entre la porte et la latte de bois. Il ne subsistait d'elle qu'un petit tas aggloméré de miettes : Craquine avait quitté le monde des hommes.
Le lendemain matin, Éloïse trouva ce morceau de tartine bien écrasé contre le bas de porte, se demandant comment celle-ci avait pu atterrir ici. "Encore un mystère." Se dit-elle. Après avoir jeté la dépouille de Craquine dans la poubelle, elle se dirigea vers les sacs de pain et commença le rituel qu'elle avait entamé depuis quatre jours maintenant.
Ce qu'Éloïse ne savait pas, vous non plus d'ailleurs, c'est que Craquine était peut-être morte dans le monde des humains, mais elle vivait depuis deux heures dans le monde des tartines ! Eh oui ! Le plus vieux des lutins était également un magicien. Il savait que lorsque les tartines se mettent à rêver de leur monde c'est qu'elles sont proches de la mort, de la mort dans le monde des hommes. Il avait donc décidé d'abréger les souffrances inutiles de Craquine pour qu'elle passe de l'autre côté. D'ailleurs Gwenfit (c'est le nom du vieux lutin) pensait aller rendre visite à cette demoiselle dans les jours à venir !
Je vais vous dire un secret : Gwenfit me raconte tous les secrets de Craquine depuis des lustres et des lustres. Normal, je suis sa femme… Maintenant qu'elle est là-bas, et si vous le voulez bien, je vous raconterai (peut-être) les aventures de Craquine dans le monde des tartines !

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