Quelque chose de Tennessee — vraiment ?
Quelque chose de Tennessee — vraiment ?
« On a tous en nous quelque chose de Tennessee »
M. Berger/J. Hallyday
Au hasard d’un soir, ce vieux tube de 1985 résonne.
Quarante ans plus tard, me voici porté par une conviction bien différente.
On a tous en nous quelque chose... d’animal.
Le lien entre les deux ?
Inutile de chercher, il n’y en a pas directement.
Pas plus qu’entre le Mont-Blanc et le Cadre noir de Saumur.
Même si chacun d’eux a de l’allure.
Non, juste une réflexion soudaine qui mène, on ne sait où.
Bref, revenons à nos moutons…
Je reviendrai peut-être sur ces « beaux vidés » plus tard dans ces pérégrinations animales familières.
Le premier à se pencher sur mon berceau, il y a soixante ans, fut le canard.
À l’instar du plus célèbre de « Hans Christian Andersen, le vilain petit canard ».
Ici, un double rapport direct s’établit concrètement.
Comme lui, je suis né différent de la fratrie. D’aucuns appelaient ça « boiteux ».
Premier effet « Kiss Cool ». Et bingo, un sobriquet « affectueux — canard boiteux » qui colle aux basques de l’enfance comme une crotte de chien sous la semelle d’une godasse.
Double effet « Kiss Cool ».
Sans en dire ou faire plus que nécessaire, il me paraît donc évident que ce palmipède aquatique ouvre le bal.
Peut-être est-ce pour cette raison que, enfant, j’ai tant jubilé devant les aventures de « Daffy Duck... »
D’un premier pas de côté, j’entends bien qu’en abordant l’idée d’avoir en nous quelque chose d’animal, on ne s’attend pas à parler du canard — à colvert ou pas d’ailleurs. Pas plus que du suivant, qui arrive avec ses grandes oreilles.
Pour autant, je ne parle pas du lapin et n’en pose point.
Même si tous deux mangent des carottes, il s’agit ici de l’âne.
Autant préciser de suite, pas de l’âne en culotte de l’île de Ré, mais de celui sous le bonnet.
Aujourd’hui, l’enfant est parfois un peu trop roi, selon moi.
Disons qu’à mon époque — selon la formule qui fait vieux schnock — on savait nous rappeler qu’on ne l’était pas — roi.
Certaines générations se souviennent certainement du fameux bonnet d’âne dont on coiffait le « mauvais » élève qui ne comprenait pas ou qui n’avait pas fait son travail de classe.
Je ne mentirai pas en reconnaissant que je l’ai porté plus souvent qu’à mon tour.
Je n’irai pas non plus jusqu’à dire que j’en tire une quelconque fierté.
Cependant, j’affirme que c’est bien mal connaître l’animal, qui, en réalité, est un faux idiot. Contrairement à l’idée populaire, l’âne n’est pas bête. Bien au contraire.
Tiens, un compliment en passant, ça ne fait pas de mal après tout.
Car l’âne, lui, ne se trompe pas de chemin. Il s’arrête. Il observe. Il refuse.
Et moi, je crois que j’étais déjà un peu comme ça.
Pas pressé d’aller là où ça n’a pas vraiment de sens.
Pour le coup, l’équidé mérite sa place dans mon histoire.
Pause musicale, il n’y a vraiment aucun hasard.
Au moment de parler de l’animal suivant, ma playlist envoie :
« On avance, on avance » du sieur A. Souchon.
Faut pas qu’on réfléchisse ni qu’on pense
Il faut qu’on avance…
Message subliminal, c’est une évidence il faut que ce bestiaire autobiographique avance. Allez en route Cadichon.
Un peu plus noble, sans doute… ou simplement plus discret, arrive le suivant à pattes de velours.
De lui, comme d’un premier mentor, j’ai beaucoup appris. Monsieur Chat.
C’est d’ailleurs ainsi que mon entourage professionnel et familial m’a longtemps surnommé.
Certainement pas pour mon équilibre et ma souplesse physique légendaire que je préfère taire.
Bref, passer de « Hans Christian Andersen » à cette image de félin n’eut rien pour me déplaire, bien au contraire.
Loin de moi, l’idée d’un cours d’histoire.
Mais le chat n’a pas toujours été un simple animal de compagnie. Certains l’ont vénéré, d’autres ont observé avec respect.
Ce que j’ai fait.
Le chat, celui qui ne s’impose pas. Mais qui, mine de rien, finit toujours par retomber sur ses pattes, tout en trouvant discrètement sa place.
Je ne saurais dire exactement quand il est entré dans ma vie.
Ni même si c’est moi qui l’ai adopté, ou l’inverse. Toujours est-il que, très vite, j’ai appris à faire comme lui. Au départ, pas comme une évidence. Plutôt par nécessité de trouver rapidement — un modèle de survie.
Ainsi, tomber certes… mais rarement rester au sol.
Savoir ajuster une trajectoire en plein vol, éviter les angles trop saillants — même si parfois il y en a que l’on n’évite pas. Le chat sait alors faire le gros dos et sortir les griffes…
Mais surtout autant que possible, retomber sur mes pattes. Sans bruit, sans fracas.
Avec en prime le bonus gagnant : cette étrange capacité à disparaître légèrement quand le monde devient trop bruyant. Non, le chat n’est pas fuyant. Il est ailleurs.
Avec lui, je crois que j’ai compris qu’on pouvait être là, sans jamais vraiment se perdre.
Pourtant, me forcer à faire le dos rond ne dura qu’un temps. Je commençais à tourner en rond dans un cercle devenu bien trop carré.
J’étais au bord de l’asphyxie. Un besoin d’air et surtout, d’en changer résonnait fort en moi. Comme ce refrain lancinant repris par le groupe breton :
« Try Yann, la jument de Michao ».
« J’entends le loup, le renard et la belette
J’entends le loup et le renard chanter ».
Un refrain qui l’air de rien, tombe à point nommé.
Pas pour la belette, je n’ai rien contre cette petite bête.
Mais pour le loup et le renard tour à tour présents dans la suite de mon bestiaire.
Parti à la découverte de terrains et d’univers inconnus jusqu’ici.
Au détour d’un chemin qui me mena au Chamanisme, le renard fut le premier à pointer le bout de nez. M’étant attribué comme animal Totem par le Chamane.
Là encore, ça m’allait très bien.
Le renard, plus discret que le loup, mais moins domestique que le chat.
Celui dont on dit qu’il est rusé comme si c’était un défaut.
Pourtant, à bien y regarder, le renard ne triche pas avec le monde — je crois même qu’il le comprend. Il observe, il anticipe et le contourne quand il faut.
Non pas par lâcheté, mais par intelligence du terrain.
Avec le temps, j’ai compris qu’éviter certains murs empêchait surtout de finir la tête dedans.
J’avoue que, chemin faisant, je n’ai pas pour autant trouvé un pauvre corbeau perché dans son arbre pour lui piquer son fromage.
Mais grâce à l’esprit du renard, j’ai appris bien plus.
J’ai appris qu’il n’est pas toujours nécessaire de foncer tête baissée. Qu’il existe d’autres chemins, moins bruyants, mais tout aussi efficaces. Savoir faire un pas de côté, laisser passer l’orage et choisir ses batailles…
Parfois même, juste sourire intérieurement en regardant le monde s’agiter.
Et quand bien même j’y prends part, mais sans m’imposer.
Comme ce canidé à pelage roux.
Car même sans fromage, il s’adapte, et, mine de rien, il s’en sort bien souvent.
C’est en cela que maître renard est nommé ici.
Bien, ayant un peu plus haut éludé la belette, et, laisser le renard chanter, écoutons à présent le dernier membre de ce trio. Le loup.
Pas celui qui souffle sur la maison de paille de nos trois valeureux petits cochons.
Ni celui qu’on agite « bêtement » pour faire peur aux petits enfants turbulents.
Non, mon loup intérieur est celui qui marche seul. Enfin… seul, disons, indépendant de la meute.
Pour rester totalement sincère, cette posture m’a souvent valu quelques regards interrogateurs. Et pas seulement par
« le petit chaperon rouge de monsieur Perrault ».
Car dans un monde qui ne reconnait que ce qui est bien étiqueté, classé, rangé et regroupé autour de la pensée commune, celui qui s’écarte un peu finit toujours par susciter la curiosité, puis l’inquiétude avant de déranger vraiment.
Alors, forcément, chez le loup solitaire, la solitude assumée passe souvent pour un défaut, ou une anomalie à corriger.
Le loup ne fuit pas la meute. Il choisit simplement ses propres distances.
Il sait avancer sans suivre. Exister sans s’excuser, et tracer son chemin, sans obligatoirement emprunter celui des autres.
En mode loup, j’ai découvert et compris que la solitude n’est pas toujours un vide…
Mais parfois une sorte d’espace vital pour respirer. Pour penser et accessoirement, éviter quelques conversations inutiles.
D’ailleurs, j’appelle mon bureau à la maison, « ma tanière ».
J’aime m’y isoler pour lire, analyser, penser et écrire.
Ce qui pour moi relève d’un certain confort, tout autant que d’un besoin.
Et puis non, non, et non… le loup n’est pas comme certains réseaux, asocial !
Il est sélectif. Nuance.
Entre nous, après avoir été canard boiteux, puis âne sous le bonnet, rebondir en chat discret devenu renard malin ; je trouve plutôt logique qu’apparaisse ce loup solitaire. Comme une sorte d’amélioration progressive de ce bestiaire.
Et même s’il existe des CV plus prestigieux, avec ce loup, j’ai appris à ne plus trop me retourner.
Je ne le fais pas pour vérifier si je suis suivi ni pour m’assurer que je ne dérange pas trop.
À pas de loup j’ai avancé, à mon rythme. Mais surtout avancer, toujours.
Avant d’en arriver au dernier animal de ce drôle de zoo, je disais plus haut que je ferais peut-être un détour pour visiter les moutons.
Me voici donc posé dans les vertes prairies.
Côté musique d’accompagnement, une voix un peu plus rugueuse s’invite dans mon esprit.
Celle de « Damien Saez » qui, dans l’élan de sa chanson « J’accuse », glisse cette idée :
« Oh non, l’homme ne descend pas du singe il descend plutôt du mouton »
Bon j’avoue que l’idée me parle fort, mais je n’écris pas ici pour accuser qui que ce soit. Ni même distribuer bons ou mauvais points.
Après tout, suivre un chemin déjà tracé a parfois quelque chose de rassurant.
Il m’est sûrement aussi arrivé, à moi, de marcher dans les mêmes pas que le troupeau, sans vraiment savoir où il allait.
Ceci dit, je n’ai jamais été très habile à bêler. Question de style, peut-être…
Mais plus certainement d’envie et de conviction.
Au confort d’avancer groupés dans une forme d’accord silencieux, je préfère souvent prendre un peu de recul.
Non pas par opposition ni par esprit de contradiction systématique.
Juste par nécessité de comprendre où je mets les pieds, pour ne pas dire les pattes.
Avec du recul, je préfère penser que les moutons ne sont pas à blâmer.
Ils suivent par nature. Y trouvant certainement leur propre confort.
Cependant, disons que je me sens, depuis longtemps, rarement très à l’aise dans un troupeau.
Peut-être ai-je davantage ce côté loup qui sommeille toujours en moi. Et qui, par nature, se fait volontiers péter la panse avec un mouton à l’occasion.
Toujours est-il que je regarde avec empathie, et sans condescendance ceux qui avancent ainsi. Mon chemin, lui, se dessine différemment.
Juste avant de refermer les grilles de mon parc animalier, une dernière chanson joue sur ma playlist.
« Le cimetière des éléphants — Eddy Mitchell »
Sans bruit, presque sans prévenir, quel chouette clin d’œil à l’animal qui me tient le plus à cœur aujourd’hui : l’éléphant.
Là, rien à voir avec les précédents.
Pas plus rapide, pas plus discret, sûrement pas plus rusé non plus.
Et pourtant… probablement le plus marquant de tous pour moi.
De par cette force tranquille qui le caractérise.
Pas celle qui s’impose, ni celle qui cherche à convaincre.
Non…
Celle qui est là — simplement.
Et qui, lorsqu’elle avance, ne demande plus la permission.
Sauf peut-être par bienséance, à la porte d’un magasin de porcelaine.
Mais c’est à vos risques et périls si l’autorisation tarde à venir…
Car sous ses allures paisibles, il porte la puissance dont nul n’ignore qu’elle peut, si nécessaire, se révéler dévastatrice.
Ce que j’aime chez ce pachyderme, c’est qu’il ne montre pas cela en premier.
Mais davantage le calme et cette forme de sagesse. Celle que le temps finit parfois par offrir à ceux qui ont traversé les chemins.
Car oui, l’éléphant traverse les siècles. Tout en venant de très loin déjà.
De ces temps où l’homme lui-même n’était peut-être encore qu’un animal parmi les autres.
Et j’avoue que dans les moments incertains, cela me rassure un peu de voir qu’il est toujours là. Malgré les menaces, malgré le temps, malgré tout.
Est-ce parce que mes soixante et une années viennent me chatouiller, me gratouiller ?
Je lui emprunte volontiers un peu de ces allures. Non pas, par sa taille ou son poids, n’abusons pas tout de même !
Mais dans cette manière d’avancer autrement. Moins vite, plus ancré.
Avec quelque part la conscience d’avoir parcouru un bon bout de chemin.
Et de ne plus avoir grand-chose à prouver.
L’éléphant ne quémande pas sa place. Il est simplement.
Peut-être que moi aussi, quelque part, enfin…
C’est maintenant le moment d’une dernière relecture avant de refermer ce drôle de bestiaire autobiographique et de vous le proposer à découvrir.
Je souris.
Une invitée de dernière minute se colle à ma fenêtre donnant sur le jardin, et semble me crier :
Et moi ! Et moi ! Et moi ! Tiens, une copine de « Jacques Dutronc » peut-être ?
Mais que nenni !
Juste une grosse limace bien baveuse, qui semble demander, ici, une petite place.
Alors chiche, car finalement, un point commun nous lie.
La trace presque transparente qu’elle laisse discrètement sur son passage.
Ce qui n’est peut-être autre que la seule humble ambition de ce texte finalement.
Alors, quelque chose de quoi — vraiment… ?
PascalN ©
« Chronique d’un pas de côté »
Note d’auteur : Pascal Nicod, alias « PascalN », est l’auteur et seul propriétaire de ce texte « humanuscrit » et de tous les droits qui en résultent. Il n’en autorise pas l’utilisation sous quelque forme que ce soit, sans accord préalablement écrit et signé par lui-même, ou via la notice de transparence Panodyssey qui accompagne ce texte. Les IA d’Antidote et de ChatGPT n’ont été utilisées qu’à des fins de corrections d’orthographe, de grammaire et de typographie. crédit photo : Photo de Kat Kelleysur Unsplash
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Moralité : sans le grisbi, vous ne touchez pas à mes écrits !
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