chapitre 5: BOMB VERITAS !

Après le repas, quand la table fut débarrassée, l’atmosphère changea doucement.
La tension des conversations laissa place à quelque chose de plus feutré, presque intime.
Chacun avait désormais une tasse de café ou de thé entre les mains. Il y avait aussi de petits cakes suédois aux amandes et à la cardamome, des fruits d’automne… et des mini brioches à la cannelle, les fameux kanelbullar.
Au-dessus de la terrasse, les guirlandes diffusaient une lumière douce. Au loin, le lac murmurait dans la nuit.
Juliette ouvrit la boîte sous les regards curieux du groupe.
À l’intérieur, le jeu était magnifique.
Un design art déco, sombre et doré, élégant jusqu’au moindre détail. Sur le couvercle, en lettres dorées, on lisait :
BOMB VERITAS
Action ou Vérité
Mais ce furent surtout les illustrations centrales qui captèrent aussitôt l’attention. Deux miroirs ovales se faisaient face.
À gauche, une femme des années 20 au regard aigu, coiffée d’un chapeau cloche, avec un grand point d’interrogation doré qui barrait une partie de son visage. Comme une invitation à parler. Comme un défi lancé au secret.
À droite, le second miroir était brisé en étoile, traversé par un éclair doré. Des éclats de verre semblaient s’en détacher, comme si la boîte elle-même refusait de garder le silence.
Arn souffla, impressionné.
— Waouh… elle est vraiment classe. Le point d’interrogation, c’est juste parfait.
Prunille s’inclina légèrement vers la boîte, les yeux brillants.
— J’adore. C’est chic… et un peu dangereux.
Capucine esquissa un sourire.
— Le point d’interrogation sur le visage, c’est exactement ça. Le côté vérité. On va tous finir démasqués ce soir.
Oscar regarda la boîte avec une grimace amusée.
— Je sens déjà que je vais regretter d’avoir accepté.
Élisa eut un petit rire.
— C’est l’édition limitée 1927. J’ai craqué dès que je l’ai vue.
Annita tapa dans ses mains, impatiente.
— Allez, on ouvre ! Je veux voir les cartes !
Juliette mélangea le jeu avec un sourire mystérieux.
— Bon… on commence par qui ?
Elle attrapa le bouchon de la bouteille de vin vide et le fit tourner au centre de la table.
Le groupe suivit sa course avec attention.
Le bouchon ralentit.
Puis s’immobilisa.
Sur Prunille.
Son ventre se serra aussitôt.
Oh non… pas maintenant.
Juliette releva les yeux.
— Action ou vérité ?
Prunille prit une seconde à peine. Juste ce qu’il fallait pour masquer son trouble.
— Vérité.
Juliette tira une carte, puis la lut avant de relever les yeux vers elle.
— As-tu un crush sur quelqu’un dans cette pièce ?
Un petit silence amusé tomba autour de la table.
Oscar sentit sa nuque se tendre.
Pourvu qu’elle ne dise pas mon nom…
Prunille porta calmement sa tasse à ses lèvres. Le temps d’une gorgée pour reprendre contenance.
Puis elle répondit :
— Oui.
Les regards se levèrent aussitôt.
— Il est dans cette pièce, ajouta-t-elle.
Avec seulement deux hommes autour de la table, le doute ne dura pas longtemps. Les yeux du groupe glissèrent naturellement vers Oscar.
Il eut un sourire bref, presque incrédule.
Puis il se tourna vers elle, sans dureté.
— Prunille… ne le prends pas mal, mais mon cœur est déjà attiré par quelqu’un d’autre.
Le silence changea de texture.
Plus lourd.
Plus électrique.
Cette fois, tous les regards se tournèrent vers Élisa.
Elle parut surprise, vraiment surprise. Son expression hésita une fraction de seconde, comme si elle devait choisir entre l’évidence et le déni.
Est-ce qu’il parle de moi ?
Prunille força un sourire.
— Ah oui ? Et on peut savoir qui ? Maintenant je suis curieuse.
Oscar baissa légèrement les yeux.
— Je ne pense pas que ce soit une bonne idée…
— Comment ça, “pas une bonne idée” ? lança Prunille, trop vite. Tu joues ou tu joues pas ?
Oscar inspira lentement.
Puis il releva les yeux, cette fois vers Élisa.
Son regard s’adoucit. Il y avait quelque chose de plus fragile dedans, quelque chose qu’il n’avait peut-être pas voulu montrer si tôt.
— Élisa… je suis désolé. Je ne voulais pas que ça sorte comme ça.
Il marqua une pause.
— Mais depuis la fontaine, puis au café… à chaque fois que je t’ai vue, j’ai senti quelque chose.
Un léger sourire nerveux effleura ses lèvres.
— J’ai eu un vrai coup de cœur. Peut-être même un coup de foudre.
Le silence autour de la table était devenu complet.
— Tu me plais. Et j’ai vraiment envie d’apprendre à te connaître.
Prunille n’avait plus bougé.
Même son souffle semblait suspendu.
Élisa, elle, le regardait avec cette intensité tranquille qui précède souvent les aveux les plus sincères. Puis, doucement, presque avec prudence, elle posa sa main sur la sienne.
— Pour être honnête…
Un sourire discret passa sur ses lèvres.
— J’ai ressenti exactement la même chose.
Oscar resta immobile une seconde, comme s’il avait besoin de vérifier qu’il n’avait pas rêvé.
Élisa serra légèrement sa main.
— Moi aussi, j’ai envie de mieux te connaître.
Autour de la table, plusieurs sourires apparurent.
Mais pas chez Prunille.
Chez elle, quelque chose se referma.
Prunille reprit le bouchon et le fit tourner à son tour.
Le liège décrivit plusieurs cercles lents avant de s’arrêter net sur Oscar.
Un sourire discret, presque trop calme, étira ses lèvres.
Parfait.
Elle tira une carte, la parcourut rapidement, puis leva les yeux vers lui avec une douceur presque fausse.
— Action… ou vérité ?
Oscar hésita. Il connaissait trop bien ce regard.
— Action.
Prunille laissa passer un court silence. Un silence savoureux. Un silence qui lui appartenait déjà un peu.
— Très bien…
Elle se pencha légèrement en avant.
— Oscar, je te défie de danser pendant une minute entière… sur une chanson que je vais choisir, avec la personne que je vais choisir pour toi.
Un “Ooooh” collectif s’éleva autour de la table.
Arn siffla doucement. Capucine se mit à rire, mais nerveusement. Annita détourna les yeux une seconde, partagée entre l’amusement et l’embarras.
Oscar se figea.
Prunille soutint son regard, un sourire presque innocent sur les lèvres.
— Alors ? Tu acceptes… ou tu préfères passer en vérité ?
Il savait très bien ce qu’il y avait derrière cette proposition.
Refuser reviendrait à se dérober.
Accepter, c’était entrer dans le piège.
Il finit par soupirer, avec un rire un peu forcé.
— J’accepte.
Le sourire de Prunille s’accentua, discret, victorieux.
Elle prit son téléphone, fit défiler sa playlist, puis lança Perfect d’Ed Sheeran.
Une chanson lente. Romantique. Trop évidente pour être innocente.
Ensuite, elle tourna la tête vers Élisa.
— Élisa… tu veux bien danser avec Oscar ?
Le silence qui suivit fut presque palpable.
Élisa leva les yeux, surprise, puis se recomposa vite. Son regard alla d’Oscar à Prunille, puis revint sur Oscar.
Elle sourit, sans forcer.
— Avec plaisir.
Oscar se leva, tendit la main. Élisa la prit sans hésiter.
Ils gagnèrent le centre de la terrasse, entre la table et les guirlandes.
Dès les premières notes, il posa une main dans son dos. Elle glissa la sienne sur son épaule. La danse commença un peu maladroitement, puis s’assouplit, comme si leurs corps trouvaient peu à peu une évidence commune.
Prunille les regardait sans bouger.
Le verre entre ses doigts semblait plus lourd qu’avant.
Regarde-la… pensa-t-elle. Regarde comme il la tient.
Le groupe applaudissait doucement, essayant de garder à la scène une légèreté qui ne tenait déjà plus vraiment. Même Arn et Juliette échangèrent un regard, conscients que quelque chose venait de changer autour de cette table.
Oscar et Élisa ne parlaient pas. Ils se contentaient de danser.
Et parfois, leurs yeux se croisaient.
Le sourire qui passa alors sur le visage d’Oscar était doux, sincère, presque vulnérable. Le genre de sourire qu’on ne contrôle pas.
Prunille le vit.
Et cela lui fit plus mal que prévu.
La minute parut interminable.
Quand la chanson s’acheva, quelques applaudissements éclatèrent. Élisa rit doucement, un peu gênée, tandis qu’Oscar relâchait sa taille avec une délicatesse inattendue.
Prunille applaudit aussi.
Mais mécaniquement.
À l’intérieur, quelque chose venait de se fendre.
Il a choisi de danser avec elle… même si c’était moi qui l’ai forcé.
Elle baissa les yeux vers son verre.
Ce n’est pas fini.
Oscar attrapa le bouchon à son tour et le fit tourner.
Le bouchon s’arrêta sur Juliette, qui joua le jeu avant de relancer.
Cette fois, il s’immobilisa sur Capucine.
Juliette leva les yeux, un éclat malicieux au fond du regard.
— À ton tour, Capucine… action ou vérité ?
Capucine avait déjà bu davantage que les autres. Elle eut un sourire léger, presque bravache.
— Action.
Juliette se redressa.
— Très bien. Je te défie d’envoyer un message privé à la personne qui te plaît le plus ici… maintenant.
Un silence surpris traversa la table.
Prunille fronça à peine les sourcils.
Capucine sortit son téléphone sans rien dire. Ses doigts bougèrent vite, trop vite peut-être. Puis elle appuya sur envoyer et posa l’appareil devant elle.
Quelques secondes passèrent.
Puis une sonnerie retentit.
Le téléphone de Prunille vibra.
Elle sursauta si fort que sa tasse trembla presque entre ses doigts.
Son regard tomba sur l’écran.
Puis remonta vers Capucine.
— C’est… c’est à moi que tu as envoyé un message ? demanda-t-elle, incrédule. Tu aurais pu l’envoyer à n’importe qui.
Capucine la fixa sans détourner les yeux.
— Lis-le. À voix haute.
Prunille blanchit.
Ses doigts tremblaient légèrement quand elle déverrouilla le téléphone. Quand elle commença à lire, sa voix avait déjà changé.
Plus basse.
Plus incertaine.
« Tu connais la chanson d’Angèle, Jalousie ?
Je n’ai pas réussi à te le dire avant, mais vu ce qui se passe ce soir… je pense qu’il est temps.
Je sais que tu as un crush pour Oscar depuis la première fois où tu l’as vu.
Mais moi… c’est depuis bien plus longtemps.
J’aime tes blagues nulles, ton rire contagieux, ta façon de toujours tout analyser…
Je suis jalouse, oui. Jalouse d’Oscar.
Je suis navrée de te le dire comme ça, mais je tenais à recadrer les choses.
On en parle sur le chemin du retour ? »
Le silence qui suivit fut presque irréel.
Prunille releva lentement la tête.
— Capucine… tu es sérieuse ?
Capucine ne répondit pas.
Elle se leva.
Fit le tour de la table d’un pas décidé.
Puis elle prit le visage de Prunille entre ses mains et l’embrassa.
Un vrai baiser.
Doux.
Mais pas hésitant.
La terrasse entière se figea.
Prunille resta immobile une seconde, comme pétrifiée. Puis ses mains se posèrent d’elles-mêmes sur les bras de Capucine.
Arn avait la bouche entrouverte. Juliette porta une main à ses lèvres. Annita souffla, abasourdie :
— Oh putain…
Quand Capucine se recula enfin, elle murmura contre les lèvres de Prunille, assez fort pour que tous l’entendent :
— Oui. Je suis sérieuse.
Prunille resta là encore quelques secondes, le visage vidé, les lèvres tremblantes.
Puis elle recula brusquement.
— Putain… Capucine !
Sa voix claqua dans la nuit.
— Je suis hétéro, tu le sais, non ?! Comment t’as pu me faire ça ?
Ses yeux brillaient déjà de larmes contenues.
Capucine vacilla presque sous l’impact des mots.
— Prunille… attends, je…
— Non ! coupa Prunille, la voix cassée. Non, Capu. Là, non. Tu viens de tout foutre en l’air.
Elle attrapa son sac d’un geste brusque. Son téléphone glissa presque de ses mains avant qu’elle ne le récupère. Elle ne regarda personne.
— Je suis désolée… je peux pas rester ici.
Sa voix s’était presque éteinte à la fin.
Puis elle leva brièvement les yeux vers le groupe.
— Bonne fin de soirée…
Et elle partit.
Rapidement d’abord, puis presque en courant.
La porte du chalet claqua dans la nuit.
Le bruit résonna longtemps.
Capucine baissa les yeux. Son visage s’était défait d’un coup. Elle inspira difficilement, rassembla ses affaires à la hâte.
— Je suis désolée… murmura-t-elle, la gorge serrée. Vraiment.
Personne ne répondit.
Alors elle s’éloigna à son tour.
Le silence retomba sur la terrasse, lourd, presque gênant à respirer.
Arn fixait encore la porte, incapable de parler. Juliette avait une main sur sa bouche. Élisa n’osait plus lever les yeux. Oscar passa lentement une main sur son visage.
— Putain… souffla-t-il.
Au-dessus d’eux, les guirlandes continuaient de scintiller doucement.
Comme si la soirée ne venait pas d’exploser.
Au loin, sur le gravier du camping, on entendait encore des pas s’éloigner dans la nuit
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👩🏽💻 Barbara Wonder .
✍🏼09 /05 /26
🖼️ Grok .
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