Mise en scène
Gros plan sur mon visage.
Je déambule dans la ville sans nom. Je marche parmi les passants, au hasard des rues. On me remarque à peine, dans cet océan gris de bitume et de béton. Tant mieux ! Quoi de plus rassurant que de se noyer dans des flots successifs de piétons hagards ? Pas de vagues, pas de bruit, rester discret… Soudain, un frisson inattendu parcourt tout mon corps. Je me sens mal à l’aise et, tenaillé par le froid, paralysé par la gêne, je grimace…
Zoom arrière brusque et vertigineux.
Je me vois de loin, dans une focalisation démiurgique. Mais que se passe-t-il ? Je suis nu ! Là, perdu au milieu de la foule, je me tiens debout en costume d’Adam ! Depuis tout ce temps, je me promène, insouciant, entièrement dénudé, sans même m’en rendre compte !
Trans-trav sur mon visage horrifié.
Je hurle dans ma tête ! Je veux courir ! Je dois cacher mon corps innocent, dissimuler mes rondeurs, soustraire ma nudité au regard profanateur des inconnus qui m’entourent, fuir leur jugement outrageux et les moqueries acerbes…
Panoramique à gauche, panoramique à droite.
Pourtant, personne ne fait attention à moi. En effet, nul ne semble s’émouvoir ou s’offusquer de ma tenue inopportune. Chacun chemine sans me voir, et vaque à ses occupations. La honte fait place à la surprise.
Long travelling avant.
Une main sur les fesses, l’autre sur le sexe, je force le pas sans courir, pour ne pas éveiller les soupçons. Surtout ne pas attirer l’attention ! Je me réfugie derrière les buissons épais d’une propriété inconnue. Je suis déterminé à attendre le crépuscule ici pour rentrer chez moi et couvrir enfin mon corps. Mais où se trouve ma maison exactement ? Je ne sais même pas où je suis !
Fondu au blanc.
Je me suis endormi. Les rires des enfants s’ébattant joyeusement dans la piscine me réveillent. Quel rêve stupide ! Je ressens toujours cette gêne et cette honte qui m’habitaient lorsque je croyais déambuler tout nu au cœur de la grande ville. D’ailleurs, suis-je habillé maintenant ? Et quelle est cette femme qui m’observe en souriant ? Ne suis-je pas encore en train de rêver ?
Qui me rendrait visite avec soif ou dédain :
Pitié, ne rendez pas ma Muse furieuse
En vous appropriant les fruits de mon jardin !
Venez vous imprégner d’une douce atmosphère,
Goûtez sans retenue à mon émotion,
Mais sachez que jamais je ne laisserai faire
Si vous vous en prenez à ma création !
Ne me dérobez rien, soyez sincère, honnête
En respectant toujours le travail du poète.
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Commento (1)
Jackie H 1 giorno fa
Très ingénieux de raconter un rêve en prenant pour fil conducteur des procédés cinématographiques 🙂
Un rêve que beaucoup font... où la nudité, loin d'avoir la première signification à laquelle tout le monde pense, exprime en fait le *dénuement*, la honte reflétant quant à elle le sentiment de ne rien avoir à faire là où l'on est parce qu'on *n'a pas ce qu'il faut* (en termes de *capacités*, de *statut*...) – et le contraste entre sa honte et l'indifférence des gens, le sentiment que *tout le monde doit s'en apercevoir* alors qu'en réalité, soit personne ne s'aperçoit de ce dénuement réel (qu'il ne faut surtout pas révéler en attirant l'attention !), soit tout le monde s'en moque éperdument...
Philippe Marechal 8 ore fa
Merci Jackie 🤗
J'ai dans mes cartons un autre rêve un peu similaire, mais différent 😃
Je le sortirai bientôt, je pense, à la vue de tous. Bonne journée ! 👋